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Étienne Leblanc - les changements climatiques
Étienne Leblanc

La conférence de Copenhague, qui se déroule du 7 au 18 décembre, ne réglera pas le problème des changements climatiques. Mais c'est la date limite que se sont fixés 192 pays pour s'entendre sur un traité qui fera suite au Protocole de Kyoto.

Le Canada freinera-t-il de nouveau les négociations? Les États-Unis d'Obama embarqueront-ils dans le train? Que fera la Chine, devenu le plus grand émetteur de GES au monde? De Barcelone à Copenhague, Étienne Leblanc sera vos yeux et vos oreilles sur place pour tenter de répondre aux nombreuses questions que soulève ce grand enjeu.

Qui est Étienne Leblanc?



Le Courrier International publie aujourd'hui un dossier exceptionnel sur la conférence de Copenhague, avec analyses, opinions, cartes et références. Tous les points de vue y sont présentés.
À lire.


Les biocarburants, c'est-à-dire les carburants d'origine végétale, ne sont pas une idée neuve. Le premier véhicule de Henry Ford était conçu pour rouler à l'éthanol, et Rudolf Diesel s'est servi d'huile d'arachide pour son moteur à allumage par compression créé en 1898. Depuis, comme chacun sait, les produits pétroliers en sont venus à dominer le marché.

Or, la diminution des réserves mondiales de pétrole a remis l'éthanol à l'avant-plan. On pensait qu'il était LA solution pour remplacer le carburant dans nos voitures, mais il a déçu beaucoup de gens.

On s'est aperçu très rapidement qu'il ne suffisait pas que l'éthanol-grain ne génère pas de CO2. Les effets sur l'environnement de la production des biocarburants à base de maïs et de soya sont aujourd'hui largement connus. Les terres se dégradent, les pesticides sont largement déversés, les forêts tropicales sont coupées ou brûlées pour faire place à la culture du grain.

En Indonésie, on décime la troisième plus grande forêt tropicale du monde, celle de Bornéo, pour faire de la place aux gigantesques plantations de palmiers à huile, dont une vaste partie est transformée en carburant.

Les biocarburants sont aussi montrés du doigt par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) dans deux récents rapports (ici et ici), dont celui sur la faim dans le monde qui vient tout juste de paraître. Utiliser d'immenses terres pour cultiver du maïs et du soya afin de faire rouler nos voitures serait, selon l'ONU, en bonne partie responsable de la crise alimentaire mondiale.

À la poubelle, les biocarburants?

Pas nécessairement. On fonde actuellement beaucoup d'espoir sur ce qu'on appelle l'éthanol cellulosique, fabriqué à partir de déchets organiques, comme les résidus forestiers ou agricoles. La technologie existe depuis assez longtemps, mais la production coûte très cher, elle n'est pas rentable.

Du moins, jusqu'à maintenant. Car le plus grand producteur d'éthanol à base de maïs aux États-Unis, la compagnie POET, a réussi à couper de moitié ses coûts de production grâce à une nouvelle technologie. Selon le président de la compagnie, il y aura de l'éthanol à base des restes des épis de maïs sur le marché, à un prix compétitif, d'ici deux ans.

Une bonne nouvelle, certainement. Reste à voir quelle quantité d'énergie sera nécessaire pour produire ce nouveau type d'éthanol.

À suivre.


Dans le débat sur le climat, l'économie prend de plus en plus de place. Et pas nécessairement dans le sens qu'on pourrait croire.

Le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, répète à qui veut l'entendre que la lutte contre les changements climatiques ne peut pas se faire au détriment de notre économie.

Si on en juge par les actions du secteur privé, cet argument est de plus en plus désuet.

À preuve, une lettre du Conseil patronal de l'environnement du Québec qui a été envoyée aux médias mercredi après-midi. Cette organisation regroupe 200 entreprises, qui se joignent au groupe Équiterre pour réclamer du gouvernement québécois qu'il adopte des cibles de réduction d'émissions chiffrées et ambitieuses.

Ailleurs au Canada, d'autres entreprises réclament la même chose (Via Rail, Bell, Rio Tinto-Alcan, Rogers, etc.).

À Washington, la zizanie est prise à la très influente Chambre de commerce des États-Unis, la plus grande organisation d'affaires du continent. Elle représente trois millions d'entreprises. Son président, Thomas J. Donohue, gagne trois millions de dollars par année et voyage en jet privé. Il s'est prononcé contre une éventuelle loi américaine pour lutter contre les changements climatiques.

Il y a quelques années, cette position serait passée totalement inaperçue tellement elle était prévisible. Mais aujourd'hui, les propos de M. Donohue provoquent la colère des plus grandes entreprises des États-Unis.

En quelques semaines, les bonzes du « Corporate America » ont claqué la porte de la Chambre de commerce. General Electric, le plus grand conglomérat américain, l'a fait de façon spectaculaire cet automne. Son président, Peter O'Toole, a déclaré: « Nous avons besoin d'une loi sur le climat maintenant! ». L'ont suivi dans ce mouvement de protestation: Cisco Sytems, le plus grand fabricant d'équipement de télécommunications au monde, Apple, Nike, Levi Strauss, Johnson & Johnson, Pacific Gas and Electric, bref, de gros joueurs.

Leur logique est pourtant implacable. Ces entreprises investissent des milliards de dollars sur quinze, vingt, vingt-cinq ans. Elles veulent donc avoir une idée des paramètres dont elles devront tenir compte dans les années à venir. Et comme elles savent que, tôt ou tard, il y aura des lois pour diminuer les gaz à effet de serre, ces piliers de l'économie mondiale demandent qu'on établisse les règles aujourd'hui.

Même les écolos disent que peu de gouvernements agissent pour des questions purement environnementales.

C'est l'économie qui va les convaincre.


Se basant, j'imagine, sur les données qui montrent que l'augmentation de la population est une menace pour le climat (voir texte précédent), deux députés suisses — des verts! — ont publié ce qu'ils appellent un « document de travail » pour le moins controversé.

Le texte élaboré par les deux élus écolos présente différentes mesures pour limiter l'immigration. Car, selon eux, si la population continue à augmenter en Suisse au rythme de l'année dernière, elle aura doublé d'ici 50 ans, entraînant toute une série d'effets négatifs sur l'environnement, dont le réchauffement climatique. Pour éviter la catastrophe, il faut donc restreindre l'entrée des nouveaux arrivants!

Ouf!

Déjà, les sites d'extrême droite en font leurs choux gras.

Un article du quotidien Le Matin rapporte en partie l'affaire.

La Radio-Suisse Romande a fait un bon débat sur la question.

L'immigration, une cause du réchauffement?

Peut-être en Suisse, où déménagent des « immigrants » très fortunés. Ils y déposent leur argent, payent moins d'impôt, ce qui leur permet de s'acheter une ou plusieurs maisons beaucoup trop grandes pour leurs besoins, des voitures rutilantes et un jet privé pour se déplacer plus rapidement.

Visiblement, être vert ne veut pas nécessairement dire être ouvert.


Selon les Nations unies, le contrôle des naissances permet de lutter contre les changements climatiques. Les programmes de planification familiale devraient-ils recevoir des fonds au même titre que les projets d'énergie verte?

Pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut absolument permettre aux femmes de faire moins d'enfants. C'est la principale conclusion du rapport 2009 du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), publié ce matin.

L'équation est simple: la natalité galopante de certains pays en voie de développement est un des principaux moteurs du réchauffement.

Foule

La planète compte actuellement 6,8 milliards d'habitants. Nous serons de 8 à 10 milliards en 2050, une croissance réalisée à 98 % dans les pays en développement.

Ainsi, la majorité des nouvelles émissions de GES proviennent de ces pays, et des économies émergentes (Chine, Brésil, Inde, etc). Une étude publiée mardi dans la revue scientifique Nature Geoscience montre en effet qu'en 2008, malgré la récession, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2 % sur la planète par rapport à l'année précédente. Or les trois quarts de cette croissance sont la responsabilité de la seule Chine.

Selon le FNUAP, un dollar investi dans la planification familiale et l'éducation des filles réduirait les émissions de gaz à effet de serre au moins autant qu'un dollar dépensé dans l'énergie éolienne!

C'est aussi l'opinion du très influent physicien américain Lawrence K. Krauss, qui s'exprime dans les pages du dernier numéro du Scientific American.

Le rapport donne l'exemple du Niger, un pays qui subit déjà les effets des changements climatiques. Sa population devrait quadrupler d'ici 2050, passant de 15 millions à 58 millions. Les femmes y ont en moyenne sept enfants.

L'argument démographique peut paraître évident. Mais serait-il trop simple?

Il faut le rappeler: chaque Américain émet 21 tonnes de CO2 par année, quatre fois plus que les Chinois (5,5 tonnes), et cinq fois plus que le terrien moyen (4,8 tonnes).

Qu'à cela ne tienne, le FNUAP souhaite obtenir à Copenhague le mois prochain que l'émancipation des femmes et la planification familiale soient reconnues parmi les mécanismes d'adaptation aux changements climatiques susceptibles de recevoir des financements internationaux.

Les condoms seront-ils admissibles aux crédits de carbone?

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