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Procès Khadr: le blogue de Frédéric Arnould

Le journaliste Frédéric Arnould couvre la reprise des audiences du procès controversé d'Omar Khadr à Guantanamo.

Le Canadien de 23 ans est emprisonné au centre de détention américain depuis 2002. Il est accusé d'avoir tué un soldat américain avec une grenade lors d'un combat dans le sud-ouest de l'Afghanistan. Omar Khadr avait 15 ans lors de son arrestation.

Le procès devant un tribunal militaire d'exception devait commencer pendant l'hiver 2009. Il a été reporté à plusieurs reprises.

Qui est Frédéric Arnould



Le Canadien Omar Khadr, seul Occidental toujours détenu à la prison de Guantanamo, est condamné à 40 ans de prison pour des crimes commis alors qu'il avait 15 ans. Il en purgera huit, en vertu d'une entente conclue avant qu'il plaide coupable.

Ma collègue Emmanuelle Latraverse et moi en discutons avec Pascale Nadeau au Téléjournal.



Alors qu'on s'attendait à une décision en cours de journée, le jury chargé de décider de la peine d'Omar Khadr a suspendu ses délibérations jusqu'à dimanche.

Après avoir entendu les dernières plaidoiries de la poursuite et de la défense, le jury doit déterminer la peine que devra purger celui qui a plaidé coupable de meurtre et crimes de guerre devant un tribunal militaire à Guantanamo.

L'accusation réclame 25 ans de prison supplémentaires alors que la défense demande 10 ans, comprenant les huit années qu'il a déjà purgées.

Il ne purgera la peine prononcée par le jury que si elle est plus courte que celle prévue dans l'entente qu'il a signée avec les États-Unis en échange de sa reconnaissance de culpabilité. J'en ai parlé avec Pascale Nadeau au Téléjournal.



Après le passage du psychiatre aux références mises en doute par la poursuite et des trois collègues du soldat qui a perdu la vie après que Khadr, comme mentionné dans sa reconnaissance de culpabilité, eut lancé la grenade fatale, c'est maintenant au tour de Tabitha Speer d'être appelée à la barre.

Depuis le moment où Khadr a plaidé coupable pour le meurtre de Christopher Speer, la jeune femme ne peut réprimer ses sanglots chaque fois que le nom de son mari retentit dans la salle.

Les mouchoirs risquent d'être de mises lorsqu'elle sera questionnée par l'avocat de la poursuite. Elle décrira, comme elle l'a fait par le passé, les effets de sa douloureuse perte du 27 juillet 2002.

Les jours suivant l'annonce de la mort de son époux, elle a dû chaque fois expliquer à ses deux enfants que leur papa ne reviendrait plus à la maison. Chaque fois qu'ils voulaient parler à leur daddy, Tabitha gonflait des ballons à l'hélium et les envoyait dans le ciel pour communiquer avec Christopher Speer. Chaque soir, avant de se coucher, les deux enfants Speer regardaient vers les étoiles dans l'espoir d'être entendus ou d'avoir une réponse du disparu.

C’est le genre de témoignage qui fera vibrer la corde sensible des sept membres du jury militaire de Khadr. Ces derniers devront prononcer leur sentence une fois que tous les témoignages auront défilé à la barre d'ici la fin de la semaine.

Au-delà du témoignage de la veuve du soldat Chris Speer, ce sont les excuses d'Omar Khadr qui ont marqué la journée, comme je le rapporte dans ce reportage préparé pour le Téléjournal.



Les témoins de la poursuite qui se succèdent à la barre lors des audiences de recommandations sur la peine constituent un véritable réquisitoire contre Omar Khadr. Des agents spéciaux du FBI qui démontrent les effets meurtriers du type d’explosifs concoctés par Khadr, un interrogateur qui le présente comme quelqu'un d'insensible qui est heureux d'avoir réussi à tuer un soldat américain…

Bref, tout pour marquer des points auprès du jury. Mais le plus coloré des témoignages provient du Dr Michael Wellner, le psychiatre qui a plusieurs fois évalué le Canadien à Guantanamo pour la poursuite.

D'emblée, il l'a décrit comme quelqu'un qui a rendu Cuba plus populaire que ne l'a jamais fait Fidel Castro! Selon lui, Khadr est perçu comme une star du rock qui impressionne ses codétenus parce qu'il a tué un soldat américain - le prix ultime d'un bon djihadiste - et parce qu'il est capable de réciter le Coran par cœur.

Le plus intéressant, c'est lorsqu'il estime que Khadr est en fait devenu plus dangereux qu'avant son incarcération à Guantanamo parce que depuis plusieurs années, il « marine » dans l'islamisme radical qui règne au sein des prisonniers, qui sont pour la plupart musulmans.

C'est un psychiatre qui est sceptique quant à la « déprogrammation » de Khadr au Canada, car selon lui ce genre de programme n'existe pas au Canada! Bref, ce docteur payé par le Pentagone pour évaluer Khadr, à l'emploi du gouvernement américain qui a accepté l'entente à l'amiable prévoyant un rapatriement de Khadr au Canada, estime que celui-ci est plus dangereux, plus populaire que Fidel Castro et qu'il n'y a pas vraiment de rédemption possible en sol canadien. « Only in Guantanamo », comme disent les Anglais…



La déclaration écrite d'Omar Khadr , dans laquelle il admet avoir tué un militaire américain avec une grenade, a été présentée aujourd'hui aux sept jurés militaires lors des recommandations sur la peine de son procès.

Dans les neuf pages du document, Omar Khadr admet avoir tué le militaire américain Christopher Speer avec une grenade lors d'une attaque des troupes américaines du complexe en Afghanistan où il se trouvait.



Voilà, c'est fait, Omar Khadr a plaidé coupable. La fébrilité qui a précédé cette annonce à la commission militaire de Guantanamo était vraiment à son comble. Tous les médias présents ont retenu leur souffle jusqu'au prononcé du plaidoyer.

Une reconnaissance de culpabilité qui en a étonné certains, mais d'autres pas du tout. Omar Khadr a en tout cas répondu aux nombreuses questions du juge qui voulait s'assurer que le Canadien comprenait la portée de ce choix. Ce à quoi a répondu Khadr cinq fois par l'affirmative. Cinq fois pour cinq chefs d'accusation.

Au sortir de la cour, le procureur en chef de la commission militaire en a profité pour marteler le message : Omar Khadr a enfin avoué qu'il était un meurtrier, un terroriste d'Al-Qaïda et qu'il n'était pas du tout une victime et encore moins un enfant-soldat.

De son côté, Dennis Edney, l'avocat canadien de Khadr, avait une tout autre vision de la chose. Il parle de fiction et surtout réitère qu'Omar Khadr est innocent.

En choisissant de plaider coupable, a dit son avocat, Khadr obtient ainsi une sentence plus légère que ce qu'il risquait vraiment, la prison à perpétuité. Ce dont il aurait écopé, selon la défense, puisque Khadr aurait été déclaré coupable.

Et la sentence dans tout ça? Il a plaidé coupable en vertu d'une entente conclue entre la défense et la poursuite. Elle sera dévoilée dans les prochains jours par le Pentagone. Sera-ce huit ans, dont sept purgés en prison canadienne?

On sent bien que même s'il dit avoir vu des notes diplomatiques canadiennes indiquant que le Canada pourrait autoriser le rapatriement de Khadr au Canada après un an, Dennis Edney ne fait pas trop confiance au gouvernement conservateur. Mais c'est la seule façon, dit-il, d'éviter de croupir pendant des années dans la prison de Guantanamo.

Mardi, Khadr le coupable retournera en cour devant son jury militaire qui prononcera sa sentence. Pour l'aider, défense et poursuite vont présenter leurs témoins et documents dans l’espoir de faire pencher le jury de leur côté. La poursuite fera d'ailleurs témoigner Tabitha Speer, la veuve du soldat tué par une grenade en Afghanistan en 2002.

Si jamais cette sentence est plus légère que celle prévue dans l'entente à l'amiable, ce sera la peine infligée par le jury qui prévaudra. Mais beaucoup doutent que ce soit le cas...

Les quatre prochains jours seront décisifs pour Omar Khadr.

Je vous laisse en vous invitant à regarder mon intervention à 24 heures en 60 minutes avec Anne-Marie Dussault :



Au moment où vous lirez ces lignes, le sort d'Omar Khadr sera déjà peut-être scellé. Nous sommes dimanche après-midi et à l'heure où j'écris ce texte, son avocat civil canadien, Dennis Edney, le rencontre une fois de plus dans sa prison.

Ils parlent de cette fameuse négociation qui le pousserait à plaider coupable en échange d'une sentence qui serait, selon lui, moins lourde que celle que l'accusé canadien risque : la prison à perpétuité.

L'entente permettrait, au conditionnel, de purger une peine de prison d'un an en sol américain et de sept au Canada. Un moindre mal selon Dennis Edney, qui est convaincu que son client sera déclaré coupable, peu importe les plaidoiries, parce que c'est un tribunal militaire d'exception composé d'un juge et d'un jury militaires.

Les difficultés sont multiples pour en arriver à cette décision. D'abord, il faut qu'Omar Khadr accepte de reconnaître sa culpabilité, ce qu'il a toujours refusé de faire parce qu'il dit ne pas être coupable des faits qu'on lui reproche. Rappelons qu'il fait face à cinq chefs d'accusation, dont celui, le plus grave, de meurtre d'un soldat américain, Chris Speer, en 2002, en Afghanistan.

Si aucun témoin visuel ne peut attester qu'il a bel et bien lancé la grenade mortelle, la poursuite a bien d'autres arguments dans son sac pour le faire condamner, comme les déclarations et « aveux » du jeune Khadr après sa capture. Le juge du tribunal militaire a décidé d'accepter ses déclarations comme éléments de preuve à charge.

Bien sûr, nous ne saurons probablement jamais ce qui s'est réellement passé et s'il est coupable ou innocent. Lui seul le sait.

Ensuite, l'autre grande inconnue, ce sont les véritables tenants et aboutissants de cette négociation avérée ou non entre défense, poursuite et le troisième partenaire, le Canada. Depuis que les rumeurs d'entente à l'amiable ont fait surface il y a une dizaine de jours, le gouvernement de Stephen Harper maintient qu'il n'a pas été approché par la Maison-Blanche pour participer à cette négociation, alors que certaines sources du côté américain disent le contraire à demi-mot.

Bref, il reste bien des choses à régler. Et lorsque Dennis Edney affirme, dimanche après-midi, qu'il n'y a toujours pas d'entente, on ne peut s'empêcher de penser que s'il y en a une, il ne peut probablement pas le mentionner avant d'aller en cour demain, lundi, avec Omar Khadr, pour des raisons multiples.

Et que, s'il n'y en a vraiment pas, l'ensemble des membres du tribunal militaire de Guantanamo, les témoins de la défense et de la poursuite ainsi que les 25 représentants des médias présents sont encore sur la base militaire pour quatre autres semaines de procès.

D'ici lundi matin, un étrange compte à rebours est enclenché et bien malin celui qui pourra en prédire l'issue.

Lorsque le Pentagone autorise la mise sur pied d'une visite guidée des centres de détention de Guantanamo, il faut s'attendre à un encadrement maximal des journalistes et à une sélection très serrée des moments et des endroits qui se prêtent, selon les États-Unis, à des prises de vues.



Ce qu'on a pu filmer ou photographier, ce sont des images qui démontrent que les détenus peuvent se divertir, sont bien encadrés, ou encore ont accès à d'excellents soins de santé…

Et même si certains d'entre eux font la grève de la faim, ils sont malgré tout nourris par intubation. Pour leur bien, dit-on…

La nourriture liquide « offerte » par intubation pour les détenus qui font la grève de la faimLa nourriture liquide « offerte » par intubation pour les détenus qui font la grève de la faim


Bref, j'ai effectué une visite du camp 4, où se trouve Omar Khadr, et où 20 heures sur 24 peuvent être passés à l'extérieur, et une visite du camp 6 où 90 détenus passent le plus clair de leur temps entre quatre murs.

Une cellule du camp 6Une cellule du camp 6


Un journaliste a d'ailleurs aperçu Omar Khadr, accompagné d'un garde. Un look plutôt « Hollywood » selon la journaliste du Miami Herald, puisque le Canadien portait des lunettes de soleil et ne semblait pas trop se soucier des négociations en cours qui pourraient déterminer l'endroit où il passera les prochaines années.

Les journalistes encadrés par les militaires.


Même si l'armée américaine a offert aux journalistes cette visite guidée, nos photos et nos tournages vidéo ont été soumis à la censure… Bref, ce que l'on peut montrer reste une version très épurée de ce que nous avons vu.

Nous y revoici.

Samedi, dans la fraîcheur du petit matin, 26 membres de médias se sont envolés d'Andrews Air Base au Maryland vers la base militaire américaine de Guantanamo. Une fois de plus, pour assister à la suite d'un procès qui n'en finit pas de rebondir, celui d'Omar Khadr, accusé notamment du meurtre d'un soldat américain en Afghanistan. Il risque la prison à vie s'il est déclaré coupable.

Avant d'arriver à la base, il faut bien sûr montrer patte blanche. Ceux qui voyagent de temps à autre aux États-Unis savent de quoi je parle. Même si tous vos papiers sont en règle et que vous n'avez rien à cacher, le passage aux douanes américaines vous fait toujours sentir comme si vous étiez un criminel recherché. L'attitude des gardiens de frontières américaines et leurs protocoles de vérification souvent arbitraire n'aident pas vraiment la réputation américaine.

Même après être passés par moult contrôles de sécurité dans les divers aéroports visités avant même d'arriver à l'aéroport d'Andrews, les représentants des médias ont dû, une fois encore, se soumettre à un autre contrôle de sécurité à la sortie du tarmac de Guantanamo. Et même si nous sommes tous partis d'Andrews, le même aéroport utilisé par les présidents américains puisque c'est de là qu’Air Force One s’envole. Ce qui pourtant supposerait un gage de qualité en matière de sécurité.

Bref, une autre vérification superfétatoire diront certains, ou obligatoire selon d'autres, pour tester les recrues militaires qui passent quelques mois sur cette base américaine en terre cubaine et qui doivent de temps à autre exercer leur protocole de surveillance.

 Traversée en ferry dans la baie pour se rendre ensuite à un autre contrôle et une remise de « badge » d'identification aux journalistes.


Je vous passe les détails sur la traversée en ferry dans la baie pour me rendre ensuite à un autre contrôle et à une remise de « badge » d'identification aux journalistes et de toutes les escortes militaires que nous devons subir pour nous rendre aux moindres endroits aux alentours du centre des médias.

Anachronisme pour certains, endroit de violations des droits humains pour d'autres, Guantanamo reste en tout cas empêtré dans ses protocoles militaires américains. Comme si la réalité ne perçait pas les murs de cette curieuse forteresse.

Dans les prochaines heures, je vous relaterai ma visite guidée des centres de détention, images à l'appui.

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