Or noir à vendre

Greenpeace accuse Ottawa et Shell de torpiller les lois environnementales

Raffinerie de sables bitumineux près de Fort McMurray en Alberta Raffinerie de sables bitumineux près de Fort McMurray en Alberta  Photo :  iStockphoto

Le mouvement Greenpeace accuse le gouvernement de Stephen Harper d'avoir conclu une alliance avec la pétrolière Royal Dutch Shell pour affaiblir les lois environnementales au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Greenpeace appuie ses affirmations sur une étude menée par le chercheur en environnement Keith Stewart, qui cite des documents fédéraux obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Selon M. Stewart, cette alliance ferait partie d'une stratégie concertée avec Shell pour que le projet de pipeline Northern Gateway voie le jour. Ce projet acheminerait le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'aux côtes de la Colombie-Britannique.

Les gouvernements des États-Unis et des pays d'Europe se montrant plutôt tièdes à l'idée d'acheter ce pétrole réputé très polluant, Ottawa et Shell auraient entrepris non seulement de faire la promotion des sables bitumineux dans ces États, mais aussi d'y faire taire les critiques et de nuire aux lois qui favorisent des carburants à faible teneur en carbone.

Dans un communiqué publié lundi, Greenpeace met d'ailleurs en garde les premiers ministres des provinces canadiennes, actuellement réunis à Halifax pour discuter d'énergie, contre les « stratégies de coulisses » du gouvernement Harper et de Shell.

Dans son rapport intitulé Harper's Shell Game, Keith Stewart rappelle que la pétrolière Shell, en dépit d'un discours médiatique sensible à l'environnement, « a largement abandonné ses investissements dans les énergies renouvelables au profit d'une expansion importante de ses opérations d'exploitation des sables bitumineux ».

L'auteur de l'étude ajoute que Royal Dutch Shell prépare deux nouveaux projets d'exploitation de sables bitumineux dans le nord de l'Alberta pour alimenter le futur pipeline Northern Gateway, qui fait actuellement l'objet d'évaluations environnementales.

« Absurde », dit le gouvernement Harper

Mardi, le bureau du premier ministre Stephen Harper a rejeté les allégations de Greenpeace par l'entremise de son directeur des communications, Andrew MacDougall.

« C'est absurde », a-t-il dit dans un courriel. « Comme vous le savez, le gouvernement travaille avec l'industrie, les parties intéressées et d'autres groupes en vue de développer les ressources de façon responsable au Canada dans l'intérêt des Canadiens », a poursuivi le porte-parole du premier ministre Harper.

Une proximité « inquiétante »

Greenpeace estime que le gouvernement Harper, qui ambitionne de faire du Canada une superpuissance énergétique, s'est mis à la disposition de la pétrolière anglo-hollandaise pour atteindre son objectif. Dans un communiqué, l'organisation affirme que cette situation est inquiétante non seulement pour l'environnement, mais aussi pour l'économie et surtout pour la démocratie.

« Cette stratégie de pression en coulisse est accompagnée de déclarations publiques et de changements législatifs visant à intimider les groupes environnementaux et autochtones considérés comme des adversaires dans les documents internes du gouvernement », écrit Greenpeace dans un résumé de l'étude de Keith Stewart.

Ce n'est pas la première fois que des documents fédéraux obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information révèlent des rapports étroits entre le gouvernement conservateur et l'industrie pétrolière.

En janvier 2012, Greenpeace révélait notamment qu'un ex-conseiller du premier ministre et le sous-ministre des Ressources naturelles avaient participé à une rencontre organisée par l'Association canadienne des producteurs pétroliers visant à définir une stratégie de relations publiques au service des intérêts de l'industrie.

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