L'état de la planète se dégrade à grande vitesse

Radio-Canada avec Agence France-Presse
La Terre  Photo :  NASA

Selon un rapport publié mercredi par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), les changements observés actuellement dans le système terrestre sont sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

Les efforts déployés pour ralentir le rythme ou l'étendue de ces changements, que le PNUE juge modérément couronnés de succès, n'ont « pas réussi à inverser des changements néfastes pour l'environnement », peut-on lire dans le rapport. Le PNUE souligne que ni l'ampleur ni le rythme de ceux-ci n'ont diminué au cours des cinq dernières années.

Ainsi, à moins que l'humanité ne change immédiatement de cap, des seuils critiques seront bientôt atteints, souligne le rapport. « Si cette situation perdure, si les structures actuelles de production et de consommation des ressources naturelles continuent à prévaloir et que rien n'est fait pour inverser la tendance, les gouvernements devront assumer la responsabilité d'un niveau de dégradation et de répercussions sans précédent », souligne Achim Steiner, directeur général du PNUE.

Préambule à la rencontre de Rio

Ce 5e rapport intitulé Geo-5, L'avenir de l'environnement mondial paraît mercredi en préambule au Sommet sur le développement durable Rio+20, qui se tiendra du 20 au 22 juin à Rio. Le rapport précédent datait de 2007.

Le rapport établit que, sur 90 objectifs considérés comme prioritaires par les États membres du Programme, seulement quatre ont connu des progrès notables.

Parmi ceux-ci, on retrouve la suppression du plomb dans les carburants et l'élimination des substances qui appauvrissent la couche d'ozone. Ce dernier objectif avait été fixé dans le cadre du Protocole de Montréal, ratifié en 1987. Selon le rapport, les progrès dans ce domaine devraient permettre d'éviter des dizaines de millions de cas de cataracte d'ici 2100 et des millions de cancers de la peau d'ici 2050.

Le PNUE constate que l'accès à l'eau potable s'est amélioré, mais qu'encore environ 800 millions de personnes ne devraient pas en bénéficier en 2015. Actuellement, plus de 2,5 milliards de personnes n'ont toujours pas accès à des services d'assainissement de base.

Enfin, la recherche a progressé pour réduire la pollution marine, qui reste cependant dramatique. Le rapport indique que l'acidification de la mer a entraîné une forte dégradation des récifs coralliens qui ont décliné de 38 % depuis 1980, et dont la survie est menacée à l'horizon 2050. Les fuites de pétrole en mer ont de leur côté diminué depuis 20 ans.

Le PNUE évalue que certains progrès ont été réalisés pour 40 objectifs, tels que l'expansion des espaces protégés comme les parcs nationaux, qui représentent 13 % de la superficie terrestre globale. La déforestation a quant à elle décru de 16 millions d'hectares de pertes par an dans les années 1990 à 13 millions d'hectares dans les années 2000-2010.

Pas de progrès pour 24 objectifs, dégradation pour 8 autres

Le rapport des Nations unies indique que peu de progrès, voire aucun, a été réalisé pour 24 objectifs.

Ainsi, les émissions de gaz à effet de serre (GES) pourraient bien doubler au cours des 50 prochaines années, avec des hausses de la température moyenne d'au moins 3 degrés Celsius. Pour une hausse de 2,5 degrés, le coût économique est estimé à 1 à 2 % du PIB. Cependant, il y a eu des gains dans l'efficacité énergétique, et certains pays signataires du Protocole de Kyoto ont quelque peu réduit leurs émissions de GES.

En outre, la situation des stocks de poisson se détériore, même si dans les zones marines protégées ceux-ci se reconstituent. Le PNUE souligne aussi que le nombre des inondations a augmenté de 230 % entre 1980 et 2000, et celui des sécheresses de 38 %.

Enfin, huit objectifs ont enregistré une dégradation supplémentaire. Par exemple, les atteintes à la biodiversité, déterminante pour la vie de l'homme, ont augmenté, et environ 20 % des espèces de vertébrés sont menacées.

Aucun résultat n'a pu être établi pour 14 objectifs, faute de données. Le PNUE estime d'ailleurs que tous les pays devraient « s'engager à surveiller et évaluer leur propre environnement et à intégrer les informations sociales, économiques et environnementales pour éclairer les processus décisionnels ».

Quelques autres statistiques issues du rapport

  • Le rythme auquel les réserves mondiales d'eau souterraine diminuent a plus que doublé entre 1960 et 2000;
  • 80 % de la population mondiale vit dans des régions où de lourdes menaces pèsent sur la sécurité de l'approvisionnement en eau, les menaces les plus graves touchant 3,4 milliards de personnes qui vivent presque toutes dans des pays en développement;
  • Moins de 1,5 % de la superficie marine totale est actuellement protégée, alors que l'objectif d'Aichi pour la biodiversité convenu au niveau international dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB) vise à protéger 10 % des zones côtières et marines d'ici à 2020;
  • Les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont produit en 2007 environ 650 millions de tonnes de déchets municipaux, dont le volume s'accroissait d'environ 0,5 à 0,7 % par an et qui comportaient de 5 à 15 % de déchets électroniques.

Un certain espoir

Le rapport du Programme des Nations unies souligne toutefois qu'on peut atteindre des objectifs ambitieux d'ici 2050, pour autant qu'on « renforce les stratégies actuelles », et souligne également l'impact d'objectifs quantifiés.

« Des solutions sont à portée de la main, mais une action urgente, ambitieuse et coopérative est indispensable pour atteindre les cibles et objectifs internationalement convenus et pour éviter des changements irréversibles dans les fonctions de la planète nécessaires à la vie et la poursuite de la hausse des coûts pour l'économie, l'environnement et le bien-être humain. » — Rapport du PNUE

Le PNUE présente des initiatives réussies en matière de commerce durable et d'innovations technologiques. Il suggère de cibler davantage les facteurs responsables du changement climatique, comme la croissance de la population, les modes non durables de consommation ou encore les transports.

« Geo-5 rappelle aux dirigeants mondiaux et aux nations réunis à la conférence de Rio+20 que la transition définitive vers une économie verte émettant peu de CO2 et utilisant efficacement les ressources doit absolument être amorcée en urgence », conclut M. Steiner.

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