Le débat sur le gaz de schiste

Malgré quelques réserves, le rapport du BAPE est reçu positivement

Les premières réactions aux recommandations du BAPE pour un encadrement plus strict de l'industrie du gaz de schiste au Québec sont favorables, malgré quelques réserves.

Même s'il est encore trop tôt pour saisir les subtilités du rapport de 323 pages qui a été publié mardi après-midi, certains organismes ont fait part de leur réaction à ce document qu'ils attendaient impatiemment.

Site de forage de Talisman Energy à Bécancour

C'est le cas de Daniel Breton du groupe Maîtres chez nous 21e siècle. Il croit que la tenue d'une évaluation environnementale stratégique (EES) est une bonne nouvelle. Toutefois, il voit d'un plus mauvais oeil le fait que « l'on va continuer à faire du forage et de la fracturation ».

Même si tout nouveau forage devra dorénavant faire l'objet d'une étude scientifique, Daniel Breton se demande ce qui se passera avec les 31 puits qui sont déjà en forage ou en fracturation. Il ne comprend pas que le ministre ait répondu à cette question comme si cela ne comptait pas et considère sa réponse comme « pas claire ».

Pour Maîtres chez nous 21e siècle, il est clair que les commissaires du BAPE reconnaissent que « la charrue a été mise devant les boeufs » avec notamment une Loi sur les mines qui n'était pas adaptée à la réalité contemporaine.

De plus, Daniel Breton considère que les droits d'exploration ont été cédés « pour des pinottes » et dit avoir hâte de lire le rapport pour savoir « ce qui en est ».

« On ne peut pas continuer de la façon dont on a fait avec certaines compagnies qui débarquaient dans les cours, les arrières-cours de certaines personnes. » — Daniel Breton

Pierre Bluteau, du Comité de vigilance sur les gaz de schiste de Lotbinière-Bécancour, considère que le rapport correspond aux deux demandes de son groupe, soit la tenue d'un moratoire et la tenue d'études scientifiques. Se disant rassuré, il croit que le BAPE a compris « le message des citoyens ».

Pour sa part, Sébastien Turgeon du Mouvement d'appui aux gaz de shale croit que les intentions du ministre correspondent à leurs valeurs que sont « le partage, l'éthique, la transparence et l'excellence ». Ils veulent obtenir de l'information en toute transparence, ce que permettra l'EES, en souhaitant que tout se déroule dans un cadre de « développement responsable ». Il croit que les gens de l'industrie « vont devoir se plier et vont collaborer à la nouvelle démarche ».

Pierre Brazeau, coordonnateur de Mobilisation gaz de schiste Mont-Saint-Hilaire, déplore que même si plusieurs scientifiques et anciens présidents du BAPE ont dit que c'était impossible d'arriver à des conclusions, il aura fallu des millions de dollars pour renouveler le mandat du BAPE. Il parle d'argent « qui va être dépensé inutilement », alors qu'il aurait été possible de « procéder au départ comme il faut ».

Le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, se réjouit que le BAPE ait proposé la tenue d'une EES. Selon lui, la promesse du ministre de l'Environnement de donner suite au rapport est un pas dans la bonne direction parce que l'ampleur des problèmes n'est pas connue. Il ajoute qu'il faut « savoir quels sont les problèmes et surtout comment on peut les régler » en évitant « d'en créer d'autres ».

Par ailleurs, même s'il avait milité en faveur d'un moratoire, le metteur en scène Dominique Champagne n'a pas hésité à parler d'un « pas fait dans la bonne direction » en saluant le « courage du ministre Arcand et le courage de tous les citoyens qui ont tenu un esprit critique souvent à l'encontre [...] des signaux qu'on recevait du gouvernement depuis des mois ». Il ajoute que « tout n'est pas gagné » et qu'il y a encore des risques qui sont pris.

« Même si, sous observation, on va pratiquer la fracturation hydraulique, [...] c'est une opération qui risque de toucher les nappes phréatiques. » — Dominique Champagne

Pour sa part, le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, rappelle que le gouvernement a notamment le mandat de favoriser « un environnement qui permet [...] le développement économique ». Il reconnaît néanmoins que le BAPE est « un intervenant neutre, très crédible » qui a bien fait son travail, et que le gouvernement a tout de même tenté de « ménager la chèvre et le chou ».

« Pour favoriser un développement durable, il faut que l'industrie puisse avoir des signaux très clairs. » — Yves-Thomas Dorval

D'autres réactions suivront

Dans un communiqué, l'Association pétrolière et gazière du Québec a dit préférer analyser le rapport du BAPE avant d'émettre ses commentaires. Son porte-parole, l'ex-premier ministre Lucien Bouchard, avait récemment affirmé sur les ondes de RDI que le dossier du gaz de schiste avait dérapé et que l'industrie gazière devrait changer afin de vendre le projet aux Québécois.

Pour sa part, le Parti québécois commentera mercredi matin les conclusions du rapport.

Le président et les commissaires du BAPE ne feront pas de déclaration conformément à leur code de déontologie qui prévoit un droit de réserve à cet égard.