Site d'exploitation de sables bitumineux à Fort McMurray (archives)
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AFP/Mark Ralston
Le Canada ne dispose actuellement d'aucun système de suivi environnemental efficace pour encadrer l'industrie des sables bitumineux.
C'est la conclusion à laquelle arrive le groupe de scientifiques mandaté par Ottawa pour évaluer les systèmes de gestion environnementaux reliés à cette industrie.
Selon Elizabeth Dowdeswell, présidente du groupe composé de scientifiques indépendants, il est prioritaire de doter cette industrie d'un « système de contrôle de classe mondiale ».
Actuellement, souligne-t-elle, le contrôle des activités de l'industrie des sables bitumineux se fait de façon disparate et désordonnée.
Les chercheurs évoquent un manque de coordination et de leadership important dans ce domaine. Ce qui prive les gouvernements et les décideurs d'informations fiables et d'une vue d'ensemble des impacts réels de cette industrie sur l'environnement.
Un organisme de contrôle national
Les auteurs du rapport pressent Ottawa de mettre sur pied un organisme national de surveillance de l'industrie des sables bitumineux qui sont, rappelons-le, une importante source de revenus pour l'Alberta et le gouvernement fédéral.
Elizabeth Dowdeswell
Mais c'est aussi le procédé d'extraction du pétrole le plus polluant dans le monde et une de plus importantes sources d'émission de gaz à effet de serre.
Selon les experts, cet organisme de contrôle devrait être composé de représentants du gouvernement fédéral, de celui de l'Alberta, des Premières Nations, des communautés locales et de représentants de l'industrie.
Tous ces gens seraient appelés à partager les informations dont ils disposent et des données scientifiques fiables pour exercer la surveillance et mener les études scientifiques qui s'imposent.
Pas de contrôle efficaces de la contamination des eaux
Outre l'absence de mécanisme efficace de contrôle de l'industrie, le rapport du comité consultatif souligne aussi l'absence de cadre et de suivi environnemental au sujet de la contamination de l'eau.
En ce qui a trait à la pollution de la rivière Athabaska, souvent dénoncée par les groupes environnementalistes, le comité souligne le manque de cohésion dans la récolte des données qui permettent d'évaluer les niveaux de contamination de la rivière dans laquelle s'abreuvent et se nourrissent des communautés locales.
Ici aussi, l'établissement d'un système d'évaluation régulière et formelle de la qualité des eaux de la rivière est recommandé.
Des millions de litres d'eau douce chaque jour
L'utilisation et la contamination de l'eau par l'industrie des sables bitumineux est l'un des aspects les plus importants de ce rapport note le coordonnateur général adjoint d'Équiterre, Steven Guilbault.
Pour séparer le pétrole du sable, cette industrie utilise d'énormes quantités d'eau douce qu'elle puise dans les cours d'eau et la nappe phréatique. Or, une partie importante de cette eau est rejetée dans des étangs hautement contaminés.
Des installations pétrolières à Fort McMurray, en Alberta.
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AFP/David BOILY
Or, l'Alberta produit actuellement plus d'un million de barils de pétrole par jour à partir des sables bitumineux. Et l'industrie prévoit doubler et même tripler sa capacité d'extraction, prévient M. Guilbaut. « Bientôt on va consommer chaque jour autant d'eau dans les sables bitumineux de l'Alberta, pour quelques entreprises, qu'une grande ville comme Montréal », prévient Steven Guilbault.
La facture aux industries, mais aucune contraintes
Le financement de l'ensemble de ces mesures doit revenir aux industries qui exploitent la ressource, plaident les auteurs du rapport. Quant au ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, qui a assisté à la présentation des conclusions du rapport du comité consultatif, il reconnaît d'emblée les lacunes soulignées par les experts.
S'il promet d'agir promptement pour corriger le tir, le ministre souligne du même souffle que son gouvernement n'a pas l'intention de restreindre ou de freiner l'exploitation des gisements de sables bitumineux. Il entend toutefois veiller à ce que l'exploitation de cette ressource se fasse dans le respect de l'environnement.
Steven Guilbault déplore pour sa part l'absence de toute contrainte ou obligation imposée par Ottawa à l'industrie pétrolière qui demeure entièrement maître du jeu dans les gisements du nord de l'Alberta.
Le discours rassurant du ministre Baird n'a cependant pas convaincu l'organisme de défense de l'environnement Sierre Club, qui a réclamé mardi un moratoire sur le développement de l'industrie des sables bitumineux jusqu'à ce que le système national de contrôle proposé par le comité consultatif soit effectif.
Un rapport qui fait réagir
les pétrolières reconnaissent à demi-mot leur responsabilité, en réaction au rapport. Le porte-parole de l'Association canadienne des producteurs pétroliers, Travis Davis, indique que les instruments de mesure de la pollution ne sont peut-être pas aussi efficaces qu'ils pourraient l'être.
L'association se dit prête à collaborer avec le gouvernement fédéral et l'Alberta dans ce dossier, en plus de financer de nouvelles mesures de surveillance environnementale.
De son côté, le ministre albertain de l'Environnement, Rob Renner, s'est dit d'accord avec le rapport et la mise en place d'un système de surveillance de calibre international. Rappelons que lundi, il a annoncé la création d'un comité d'experts sur le sujet.
L'analyste Nathan Lemphers de l'Institut Pembina, groupe de recherche en développement durable, a du mal à croire les promesses d'action de l'Alberta. Il précise que le gouvernement albertain a rarement appliqué les recommandations de rapports précédents.