Point de presse de Nathalie Normandeau jeudi
Le Québec se donne 10 ans pour que le gaz devienne une source d'énergie plus importante que le pétrole.
La ministre des Ressources naturelles se donne 10 ans pour que le gaz de schiste devienne une source d'énergie plus importante que le pétrole. De leur côté, des spécialistes remettent en question le mandat du BAPE sur le gaz de schiste au Québec.
C'est ce qu'a déclaré la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, jeudi, en marge du Congrès mondial de l'énergie qui vient de prendre fin à Montréal.
« Ce qu'on veut faire comme société [...] c'est de se donner 10 ans pour opérer une reconversion du pétrole vers le gaz naturel. C'est-à-dire que dans notre portefeuille de consommation, on souhaite que le gaz naturel prenne davantage de place que le pétrole », a-t-elle dit.
Pour défendre son approche, la ministre précise que cette reconversion serait bénéfique à l'environnement, puisqu'elle réduirait les émissions de gaz à effet de serre.
Actuellement, l'hydroélectricité comble 40 % des besoins énergiques du Québec, le pétrole 38 % et le gaz 12 %. La ministre aimerait diminuer la dépendance au pétrole à 33 % d'ici quelques années.
Selon elle, le potentiel québécois d'extraction du gaz permettrait de combler les besoins gaziers du Québec pour les 100 ou 200 prochaines années.
La résistance populaire au développement tous azimuts du gaz de schiste est toutefois très forte.
Pour faire passer son message, Québec rendra bientôt public un document d'orientation et mettra en ligne un site Internet qui contiendra des fiches d'information et une foire aux questions.
La ministre et des experts gouvernementaux participeront aussi à une offensive de relations publiques pour répondre aux questions des élus locaux et des citoyens.
Des experts dénoncent le mandat du BAPE
Le travail s'annonce toutefois ardu. Au moment où Québec annonce ses intentions, des experts dénoncent le mandat du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE).
Détail de la lettre ouverte
Dans une lettre ouverte publiée dans les journaux vendredi, et dont Radio-Canada avait obtenu copie la veille, des spécialistes remettent en question le mandat qui a été donné au BAPE en ce qui concerne le dossier des gaz de schiste au Québec. Elle est titrée Un test pour l'indépendance du BAPE.
Une dizaine de personnes, notamment issues du milieu universitaire et de l'environnement, considèrent que le mandat « impose des contraintes telles que le BAPE ne dispose ni du temps, ni des ressources nécessaires pour susciter un débat public rigoureux et crédible ».
Le groupe, qui comprend d'anciens membres du BAPE, considère que le mandat de cinq mois est trop court pour respecter les conditions d'une « véritable consultation ». Les signataires de la lettre rappellent que le BAPE n'a pas entre les mains une « étude indépendante ou [une] évaluation préalable pouvant servir à informer les participants et à questionner les promoteurs ».
Ils ajoutent « avec l'obligation de proposer un cadre de développement, ainsi qu'un encadrement légal et réglementaire de la filière des gaz de schiste sans en questionner la justification, le BAPE peut-il raisonnablement s'acquitter de ce mandat? ». Les auteurs de la lettre répondent : « certainement pas dans les délais accordés ».
« Pour les citoyens et les organismes participants de bonne foi aux audiences publiques du BAPE, ce mandat constitue un test de l'indépendance, de la rigueur et de l'intégrité des commissions, même dans les cas où les autorités gouvernementales ont déjà exprimé leurs positions dans les dossiers. »
En entrevue à Radio-Canada, André Delisle, un ancien vice-président du BAPE, a précisé qu'il faudrait au moins un an pour mener une véritable enquête. Il a indiqué qu'en comparaison avec d'autres audiences qui ont déjà été tenues, « la durée qui était donnée au BAPE pour faire son exercice complet d'information, de consultation et d'analyse du dossier pouvait prendre jusqu'à 18 mois » lorsque l'information de base n'avait pas été produite au départ.
Pour sa part, l'attaché de presse de Pierre Arcand, ministre de l'Environnement du Québec, rappelle que le gouvernement a déjà donné des mandats similaires au BAPE et qu'ils se sont avérés concluants.