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Environnement

Réchauffement

Le facteur méthane sous-estimé

Mise à jour le vendredi 19 mars 2010 à 12 h 20

pergelisol-toundra-arctique

Photo: Centre d'études nordiques

Un phénomène particulier inquiète depuis peu les experts du réchauffement climatique : des fonds de l'océan Arctique, qui contiennent d'énormes quantités de méthane congelé, sont instables et suintent.

L'implication de ce gaz à effet de serre dans le réchauffement du climat est reconnue.

Les chercheurs s'entendent aussi pour affirmer qu'une libération de méthane, si faible soit-elle, aggravera le réchauffement climatique.

Le phénomène

Les travaux d'équipes russes, suédoises et américaines ont permis de constater des perforations du pergélisol sous-marin dans le plateau arctique de Sibérie orientale.

Ce plateau est considéré comme la principale source de méthane de l'hémisphère nord. Les résultats de leur recherche montrent qu'il émet 7 téragrammes (1 téragramme équivaut à 1,1 million de tonnes) de méthane annuellement.

Cette quantité avoisine les émissions totales des autres océans de la planète.

Les scientifiques s'inquiètent donc de voir le pergélisol sous-marin perdre ses caractéristiques de couvercle imperméable et se déstabiliser.

Si cette déstabilisation s'accroît, les émissions de méthane pourraient ne pas être de l'ordre du million de tonnes, mais beaucoup plus important.

— Natalia Shakhova, IARC

Actuellement, les concentrations moyennes de méthane dans l'Arctique s'élèvent à près de 1,85 ppm, un record pour ces 400 000 dernières années.

Imprévu climatique

Le plateau de Sibérie orientale ne fait que 50 mètres de profondeur et ne libère pas de méthane l'hiver.

Toutefois, plus la planète se réchauffe, plus le niveau de la mer augmente et risque d'ensevelir le plateau sous l'eau de mer.

Or, cette eau est de 12 à 15 °C plus chaude que la température de l'air moyenne, ce qui contribuera à dégeler le pergélisol du plateau, une réalité dont personne n'avait tenu compte.

La libération dans l'atmosphère de seulement 1 % du méthane que l'on suppose stocké dans les dépôts d'hydrate de faible profondeur pourrait multiplier l'effet actuel du méthane atmosphérique par trois ou quatre.

— Natalia Shakhova, IARC

Les retombées d'un tel phénomène sur le climat sont difficiles à prévoir, estiment les auteurs des travaux.

Le détail de ces travaux est publié dans le magazine Science.