Barack Obama lors d'une réunion de travail à Copenhague
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AFP/Jewel Samad
Le sommet de l'ONU sur le climat accouche d'un projet d'entente non contraignant qui vise notamment à limiter le réchauffement planétaire à 2° C. Le texte, non encore adopté en plénière, est jugé « insuffisant » par les grandes puissances et « irrespectueux » par des pays en développement.
Réunis à Copenhague pour la conférence de l'ONU sur le climat, les dirigeants politiques mondiaux ont réussi, vendredi soir, « une percée significative sans précédent », mais « insuffisante ». C'est en ces termes que le président Obama a qualifié un projet d'accord conclu in extremis pour combattre la menace du réchauffement planétaire
L'entente, non contraignante, se résume à une déclaration politique qui n'a pas été encore adoptée en plénière. Elle vise notamment à limiter la hausse des températures à 2° C par rapport à l'ère pré-industrielle, soit le milieu du 19e siècle. Chaque pays s'engage en outre à formuler d'ici janvier 2010 des objectifs de baisse d'émission de gaz à effet de serre (GES) pour l'horizon 2015-2020.
Les pays industrialisés ont de leur côté accepté de consacrer, à compter de 2020, une aide annuelle de 100 milliards de dollars américains aux pays en développement. Un groupe de travail sera créé au début de 2010 pour trouver des financements innovants, qui pourraient comprendre la taxation des transactions financières ou du mazout maritime.
D'ici là, un fonds de 10 milliards de dollars par an sera créé pour 2010, 2011 et 2012. Les États-Unis se sont de leur côté engagés à verser 3,6 milliards de dollars aux pays en développement d'ici 2012 afin de les aider à faire face aux effets du changement climatique.
Pas de réduction de 50 % des GES
L'ambitieuse cible d'une réduction de 50 % des émissions de GES d'ici 2050 a été évacuée du projet de déclaration, tout comme la création de l'Organisation mondiale de l'environnement, une instance internationale qui aurait été chargée de vérifier la mise en oeuvre des engagements des États. L'Union européenne (UE) a pourtant milité jusqu'au bout pour l'acceptation de ces objectifs.
Le projet d'entente, qui n'a pas encore été ratifié, a été obtenu après une rencontre multilatérale entre les présidents américain, brésilien et sud-africain ainsi que les premiers ministres chinois et indien. L'UE, qui militait pour une entente contraignante de plus grande envergure, a donné son appui, mais du bout des lèvres.
En attendant le vote en plénière
Fait à noter, le président Obama et son homologue français, Nicolas Sarkozy, ont annoncé la conclusion d'un accord sur le projet en début de soirée, alors qu'il n'était pas entièrement finalisé et que, surtout, il n'avait pas encore été adopté par l'ensemble des pays en conférence plénière.
Plusieurs délégués de pays du Sud ont vivement protesté contre le projet d'accord, qu'ils jugent « irrespectueux » du processus onusien. Les protestations sont venues notamment des délégués de l'archipel de Tuvalu, dans le Pacifique, de la Bolivie, du Venezuela et de Cuba.
Les petits États insulaires, gravement menacés par le réchauffement climatique, plus particulièrement par la montée du niveau des eaux, continuaient à s'opposer à la limite des 2° C, privilégiant une limite de 1,5° C par rapport à l'ère pré-industrielle.
Jugé insatisfaisant par ses propres auteurs, l'accord devrait toutefois servir de tremplin aux négociations futures. L'Union européenne et les États-Unis souhaitent tous deux que la déclaration de Copenhague soit transformée en traité, un instrument juridique contraignant, au cours de 2010.
Le président Sarkozy a par ailleurs indiqué que la chancelière allemande, Angela Merkel, organiserait dans six mois, à Bonn, une conférence visant à préparer la prochaine conférence internationale sur le climat, qui se tiendra dans un an, à Mexico. Le chef d'État français a en outre ajouté qu'une révision des décisions de Copenhague était prévue en 2015.
Joie, résignation et déception
Les Chinois ont été parmi les plus enthousiastes quant aux résultats obtenus à ce sommet. Un porte-parole de la délégation chinoise a affirmé que la rencontre avait eu une « issue heureuse ».
Si les autres pays ont souligné qu'il valait mieux un accord minimal que pas d'accord du tout, ils n'affichaient cependant pas autant d'optimisme.
Le président Obama, lors d'un point de presse donné à l'issue du projet d'entente obtenu.
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AFP/Jewel Samad
Pour la première fois, toutes les économies majeures se sont engagées à agir contre les changements climatiques, a fait valoir le président Obama, mais il ne s'agit que d'une étape. « Il nous faut aller beaucoup plus loin », a-t-il ajouté. « Le monde doit travailler à la mise en oeuvre d'un accord juridiquement contraignant qu'il n'a pas été possible de trouver à Copenhague », a poursuivi le président américain, précisant que cela « sera très dur et prendra du temps ».
Son homologue français, Nicolas Sarkozy a de son côté parlé d'un accord « positif », mais « pas parfait ». « Pour emmener tout le monde, il faut accepter des compromis », a-t-il ajouté. « On n'est pas passé loin d'une absence d'accord », selon lui. Malgré le pragmatisme qu'il a affichait, il a tout de même reconnu sa « déception » quant à l'abandon de l'objectif visant à réduire de 50 % les émissions de GES d'ici 40 ans.
La chancelière allemande a dit donner son aval à l'accord, tout en précisant que « cette décision était difficile ». « Nous avons franchi une étape, mais nous espérions en franchir plusieurs autres », a-t-elle ajouté. Elle a spécifié que, d'ici la conclusion d'un traité contraignant, l'UE s'en tiendrait, d'ici 2020, à un objectif de réduction de 20 % des émissions de CO2.
L'issue de la rencontre a semblé satisfaire le premier ministre canadien, Stephen Harper. Le fait que l'entente implique à la fois les pays industrialisés et les pays en développement, contrairement au protocole de Kyoto, correspond aux revendications qu'il formule depuis plusieurs années. Il a en outre martelé lors d'un point de presse que les cibles de réduction des GES du Canada seraient harmonisées avec celles des États-Unis.
Consternation chez les écologistes
Pour les écologistes réunis dans la capitale danoise, la consternation était totale. Déplorant l'absence de cibles, un porte-parole de Greenpeace Royaume-Uni est allé jusqu'à qualifier la ville de Copenhague de « scène de crime » que fuyaient les dirigeants politiques, dont certains sont déjà en route vers l'aéroport.
Un dirigeant des Amis de la terre a pour sa part parlé d'un « échec abject » qui incombe aux pays industrialisés. « En tardant à agir, les pays riches condamnent des millions de personnes des pays les plus pauvres à avoir faim, à souffrir et à mourir au fur et à mesure que s'accélèrent les changements climatiques », a-t-il dit.
Négociations laborieuses
Les négociations visant à conclure un nouvel accord de réduction des GES, appelé à succéder au protocole de Kyoto à compter du 1er janvier 2013, ont dû être prolongées faute de compromis.
Différentes réunions de chefs d'État et de gouvernement ont eu lieu après 18 h, heure locale à laquelle les travaux de la conférence devaient prendre fin. Le président Obama et le premier ministre chinois, Wen Jiabao, se sont notamment rencontrés pour une seconde fois vendredi.
Les discussions ont achoppé notamment sur l'adoption de cibles contraignantes de réduction des GES, la reconduction ou non du protocole de Kyoto ainsi que sur les efforts auxquels devraient consentir les pays industrialisés et les pays en développement.