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En profondeur

Journaliste:Lili Marin

Mise à jour le lundi 7 décembre 2009 à 13 h 47

Le diagnostic scientifique

En vue de la conférence qui se déroule du 7 au 18 décembre, les Nations unies ont préparé une synthèse de la recherche scientifique portant sur les changements climatiques qui pourrait être pertinente pour parvenir à un accord. Intitulé Le diagnostic de Copenhague, le rapport conclut sans équivoque: « Tout retard dans la prise de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique risque d'entraîner des dégâts irréparables. »

Nous ne pouvons plus tolérer tout débat sur la nécessité d'agir, étant donné que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), que je préside, a confirmé la réalité sans équivoque du changement climatique, au-delà de tout doute scientifique.

— R. K. Pachauri, lauréat du prix Nobel de la paix

Rajendra Pachauri, Nobel de la Paix.

Photo: Carole Graveline

Rajendra Pachauri, Nobel de la Paix.

Des chiffres à retenir

2: Pour garder une planète viable, la température moyenne sur Terre ne doit pas augmenter de plus de deux degrés par rapport à celle de l'ère préindustrielle.
350: Le seuil limite de CO2 dans l'atmosphère toléré par la Terre est de 350 parties par million. Ce concept a inspiré les écologistes pour une campagne de sensibilisation.

Si on ne veut pas franchir cette limite de deux degrés, les émissions de GES devront atteindre leur plus haut niveau avant 2020, puis décroître rapidement, pour ne plus dépasser 1 tonne par an et par habitant en 2050, selon le diagnostic de Copenhague. C'est dix fois moins que ce qu'un Québécois génère actuellement.

Même si les émissions se stabilisaient dès maintenant aux niveaux actuels, il ne serait pas impossible que le réchauffement dépasse deux degrés en 2030. La probabilité en est de 25 %, selon le diagnostic de Copenhague.

Or, la quantité de GES augmente encore plus rapidement que le plus alarmiste des scénarios du GIEC en 2001. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone générées par les combustibles fossiles ont augmenté de presque 40 % de 1990 à 2008.

Devant cet échec de la communauté internationale, certains remettent en question la stratégie actuelle, sans toutefois nier l'urgence d'agir, au contraire. C'est le cas du Danois Bjorn Lomborg, un ancien professeur de statistiques, qui a signé The Skeptical Environmentalist, en 1998, puis Cool it, dix ans plus tard. Devant l'impossibilité évidente d'atteindre les objectifs fixés à Kyoto, celui qui travaille aujourd'hui au Copenhagen Consensus Center prône plutôt de rendre les énergies renouvelables moins chères que les énergies polluantes. Une approche incitative aurait davantage de chances de réussir qu'un discours culpabilisant.

Bjorn Lomborg prétend que la Terre reçoit en une heure suffisamment d'énergie provenant du Soleil pour alimenter le monde toute une année. Selon lui, on devrait investir 50 fois plus dans le développement de nouvelles technologies, parce que cela serait 500 fois plus efficace que de réduire les émissions de GES.

Il croit aussi que l'on devrait repenser l'aménagement des villes, car on prévoit que 80 % de la population mondiale sera urbanisée d'ici 2050. Bjorn Lomborg propose entre autres de peindre les rues avec des couleurs claires, de planter des arbres et d'ajouter des plans d'eau.

Une autre idée issue du protocole de Kyoto fait aussi l'objet de critiques: le Programme d'échange de quotas d'émissions, le premier marché du carbone digne de ce nom, mis en place par l'Union européenne en 2005. D'après le directeur politique du programme sur le changement climatique de la New Economist Foundation, Andrew Simms, les prix sont tellement faibles et imprévisibles qu'ils n'incitent pas à raisonner en termes de « décarbonisation » de l'économie. Il avance l'hypothèse que le rationnement, comme pendant la guerre, serait plus efficace et plus juste que la taxation.

Il rappelle que les droits de polluer ont donné lieu à des scandales, notamment en Europe, où « certains groupes industriels, dotés de quotas trop généreux, ont encaissé des plus-values financières, alors qu'ils étaient censés investir dans la réduction de leurs émissions ».

L'impact humain du changement climatique: anatomie d'une crise silencieuse

Le réchauffement climatique est responsable de 300 000 morts par an et coûte 125 milliards de dollars. C'est ce qu'affirme le premier travail de synthèse sur le sujet, réalisé par le Forum humanitaire mondial, que dirige Kofi Annan, rendu public en mai dernier. Selon l'étude, la majorité des morts est due à la dégradation progressive de l'environnement, qui cause des problèmes comme la malnutrition, plutôt qu'aux catastrophes naturelles. Elle prévoit également que, vers 2030, le réchauffement climatique entraînera près d'un demi-million de morts. Son coût s'élèvera à environ 300 milliards de dollars chaque année. Les 325 millions de personnes les plus pauvres du monde sont les plus touchés par ces changements.

Émission
Inquiétudes climatiques: trop ou trop peu?

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