Le Canada, un cancre?

  |  Lili Marin  |  Radio-Canada

Parmi les signataires du protocole de Kyoto, le Canada détient l'un des pires bilans en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre (GES). Alors qu'elles devraient avoir diminué, elles ont plutôt augmenté d'au moins 25 % de 1990 à 2006. Il s'agit de la plus importante augmentation dans tout le G8.

Est-ce parce qu'il ne se sent pas menacé par les conséquences du réchauffement que le Canada montre si peu d'empressement à respecter ses engagements? On pourrait le croire, vu qu'il se situe au 163e rang, sur 166, des pays les plus vulnérables aux changements climatiques, selon la société Maplecroft. Or, la Norvège, qui est la moins vulnérable, a été le premier pays développé à s'engager à réduire ses émissions polluantes de 40 % d'ici 2020.

Le Brésil, pourtant un pays émergent, a pris des engagements aussi ambitieux. Et c'est en s'attaquant à la déforestation, qui génère la moitié des émissions du pays, qu'il compte y arriver. Avec 1 milliard de tonnes de CO2 par an, le Brésil est actuellement le quatrième émetteur mondial de GES.

Taux de variation des émissions de gas à effet de serre

Bonnet d'âne

Si le Canada s'illustre toujours par sa mauvaise volonté dans ce dossier, c'est parce que le premier ministre conservateur ne voit pas d'avantage politique immédiat à agir contre les changements climatiques, selon l'analyse du quotidien The Globe and Mail. « Stephen Harper ne souhaite pas se mettre à dos les provinces productrices de pétrole, l'Alberta et la Saskatchewan, où se trouve le noyau dur de son électorat. »

Plusieurs voix s'élèvent, surtout à droite, pour s'opposer au projet de traité, le trouvant injuste et inéquitable. « Comme les objectifs de réduction sont fixés en fonction d'une année de référence, les pays dotés d'industries plus vieilles et moins efficaces bénéficient d'une longueur d'avance sur les autres, écrit Kevin Libin dans le National Post. Si on le compare avec celui des États-Unis par exemple - ou, pire encore, avec ceux des anciens pays du bloc soviétique, autrefois de grands pollueurs - , le secteur industriel canadien est plus récent, et donc plus moderne et plus efficace. Avec leurs vieilles infrastructures, les Américains auront beaucoup plus de facilité à réduire leurs émissions industrielles de 80 % que les Canadiens, dont les usines et les processus d'extraction relâchent déjà relativement peu de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. » Avait-il pris en considération l'exploitation des sables bitumineux avant de faire cette affirmation?

Le ministre de l'Environnement, Jim Prentice Le ministre de l'Environnement, Jim Prentice   © PC/Fred Chartrand

Quoi qu'il en soit, le journaliste, qui a longtemps fait partie de l'équipe du magazine Canadian Business, s'inquiète des conséquences commerciales que pourrait avoir la ratification d'un accord. Un pays qui prouverait que le Canada n'a pas été à la hauteur de ses engagements pourrait imposer des droits de douane sur des importations canadiennes, sans que le Canada puisse en faire autant en retour. Autrement dit, ce serait s'astreindre à des règles plus sévères que celles de l'Organisation mondiale du commerce, sans qu'elles s'appliquent à tous les pays. Cela désavantagerait le Canada face à ses concurrents.

Certains pays d'Asie du Sud n'hésitent d'ailleurs pas à ressortir le discours anticolonial pour revendiquer le droit exclusif de polluer, arguant que les puissances actuelles ont bien saccagé la planète pour s'enrichir. Un raisonnement qui escamote le fait que les populations asiatiques vivant sur des littoraux pâtissent déjà des changements climatiques.

Blanc bonnet, bonnet blanc

Une semaine et demie avant la conférence de Copenhague, le président des États-Unis a présenté son objectif de réduction des gaz à effet de serre: 17 % par rapport à 2005 d'ici 2020, puis 30 % d'ici 2025 et 42 % d'ici 2030. Si l'on reporte ces réductions à l'année de référence internationale de 1990 (établie dans le protocole de Kyoto), les émissions seront réduites de tout au plus 4 %, ce qui demeure très éloigné des propositions des scientifiques pour stabiliser la hausse du climat et des engagements de l'Europe, qui cible une réduction globale de 20 %. La cible américaine se compare davantage à celle du Canada, décriée par les écologistes.

Le premier ministre Harper se félicite de ses engagements, comparables, croit-il, à ceux du président Obama. Or, le plan américain est en fait beaucoup plus ambitieux. Des programmes, déjà en place ou sur le point de l'être, pourraient amener une diminution des émissions américaines de 28 à 34 % sous le niveau de 2005, deux fois plus que ce qu'Obama a annoncé.

Le Québec se distingue

Québec a de plus grandes ambitions en ce qui a trait aux réductions des GES qu'Ottawa. La province vise 20 % par rapport à 1990, la cible la plus élevée des États d'Amérique du Nord, tandis que le Canada s'en tient à 3 %, la cible la plus faible de tous les pays industrialisés, selon Équiterre.

Alors que le Canada attend que les États-Unis imposent leurs normes avant de rejoindre le Western Climate Initiative, le Québec fait partie de ce marché du carbone qui regroupe des États d'Amérique du Nord, dont la Californie.

Un Canadien émet 23 tonnes de CO2 par an. Grâce à l'hydroélectricité, un Québécois n'en émet que 11 tonnes.

Les Canadiens en faveur de l'actionLes changements climatiques constituent une crise déterminante qui pousse à agir, estime une majorité de Canadiens. Seul le tiers des répondants interrogés par la firme Harris Decima ne sont pas d'accord avec cette affirmation. Le sondage montre que c'est au Québec que la nécessité d'agir se fait sentir le plus au Canada. Il est suivi par la région atlantique, alors que c'est en Alberta, au Manitoba et en Saskatchewan que l'on est le moins d'accord avec cette vision des choses. Autre constatation: les femmes croient davantage que les hommes en la nécessité d'agir pour contrer le réchauffement planétaire.