![]() Réchauffement climatique Le Canada montré du doigtMise à jour le mardi 8 décembre 2009 à 11 h 11
En ce premier jour de négociations sur les changements climatiques, à Copenhague, le Canada s'est vu décerner le prix de « Fossile du jour ». Un tel prix sera remis chaque jour de la conférence par le Réseau action climat international, un regroupement de plus de 400 organismes environnementaux, à un pays qui bloque l'avancée des pourparlers des Nations unies sur le climat. Le Réseau action climat du Canada affirme que le pays a reçu ce prix parce qu'il est « reconnu et craint pour son inébranlable engagement à ne rien faire et à maintenir son attitude de blocage dans ces négociations ». L'organisme blâme le ministre canadien de l'Environnement, Jim Prentice, pour sa position. Il rapporte que, lors d'un discours prononcé à Montréal, vendredi dernier, le ministre a affirmé que le Canada ne « se laisserait pas influencer par la vague Copenhague ». « Non seulement le Canada a les pires performances de tous les pays industrialisés, mais en plus ils nous disent qu'ils vont s'en tenir à ce piètre bilan », affirme de son côté Steven Guilbeault, d'Équiterre. Ce n'est pas la première fois que le Canada se voit ainsi « récompensé ». Il a remporté le « Fossile de l'année » en 2007 et en 2008. Nouvelles pressions de l'ONU La conférence des Nations unies sur le climat s'est mise en branle, plus tôt lundi, avec des invitations claires à la conclusion d'une entente à Copenhague. L'objectif des délégués des 192 pays participants est de parvenir à un accord qui limitera les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère (GES). Ce dernier doit succéder au protocole de Kyoto, qui prendra fin le 31 décembre 2012. D'entrée de jeu, le responsable du dossier à l'ONU, Yvo de Boer, a sommé les pays membres d'agir de façon décisive, tandis que le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) a rappelé les preuves scientifiques qui sont à l'origine de cette recherche de consensus à l'échelle de la planète. « Le compteur est à zéro. Après deux ans de négociations, le temps est venu de livrer » la marchandise, a déclaré le secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques aux délégués venus entendre son discours d'ouverture. « Copenhague ne sera un succès que si elle débouche sur des actions significatives immédiates ». Le GIEC a pour sa part profité de la cérémonie d'ouverture pour réitérer haut et fort que le réchauffement climatique constituait une réalité scientifique incontestable et que le monde devait agir sans plus attendre pour le freiner s'il veut éviter des conséquences dramatiques.
Le président du groupe, Rajendra Pachauri, s'en est pris à ce qui a été baptisé le Climategate, qu'il assimile à une tentative destinée à discréditer le GIEC, un groupe de scientifiques provenant de partout sur la planète et dont les travaux sur le réchauffement climatique ont été récompensés du prix Nobel de la paix en 2007. Le Climategate fait référence à cette histoire de courriels échangés entre des professeurs de l'université britannique d'East Anglia, qui ont récemment été publiés sur Internet après que les serveurs de l'institution eurent été piratés. Certains y ont vu un complot de la communauté scientifique, accusée de manipuler des données de manière à éliminer celles qui ne correspondent pas à la thèse du réchauffement climatique. « Étant donné la nature étendue des changements qui devront vraisemblablement être mis en oeuvre, certains jugent qu'il est fâcheux d'accepter l'inévitabilité » d'agir, a déclaré M. Pachauri. Le vol de courriels à l'université d'East Anglia, a-t-il ajouté, « démontre que certains sont prêts à aller jusqu'à commettre des gestes illégaux, peut-être dans une tentative pour discréditer le GIEC ». Tous ne sont pas convaincus par ce plaidoyer. L'Arabie saoudite a affirmé que le « niveau de confiance » en la science sur le réchauffement climatique avait été affecté. « Le Climategate va clairement affecter la nature de ce en quoi nous pouvons croire [...] et les orientations qui seront prises dans les jours qui viennent », a déclaré le chef de la délégation saoudienne Mohammed Al-Sabban. L'Arabie saoudite est le plus important producteur de pétrole au monde. Le GIEC affirme que les conclusions de ses précédents rapports ne sont pas remises en cause par la controverse qui secoue l'Université East Anglia. Le GIEC estime que la température augmentera de 1,8 à 4 degrés Celsius d'ici 100 ans, ce qui entraînera une quantité d'effets négatifs pour la planète. Parmi ces effets, mentionnons les perturbations des écosystèmes, l'augmentation des urgences climatiques (inondations, sécheresse, etc.), la hausse des taux de mortalité, les villes côtières menacées par la hausse du niveau de l'eau consécutif à la fonte des glaces, un déficit hydrique accru, notamment en Afrique, et une diminution des récoltes agricoles. Lourde tâche Au cours des six premiers jours, les négociations seront effectuées par les fonctionnaires des pays membres. Les ministres responsables entreront ensuite dans la danse, avant que les chefs d'État et de gouvernement n'arrivent pour les quatre derniers jours de la conférence. Une centaine de chefs d'État et de gouvernement, dont le président américain Barack Obama, sont attendus. La tâche s'annonce ardue. Le fossé demeure profond entre les pays riches et les pays en développement sur les objectifs de réduction des GES et sur l'aide financière qui sera fournie à ces derniers pour qu'ils puissent faire face au réchauffement climatique et adapter leurs économies. L'objectif est de rassembler 10 milliards de dollars par année pendant trios ans. Le protocole de Kyoto, adopté en 1997 et entré en vigueur en 2005, prévoit que 37 pays industrialisés réduisent leurs émissions de GES de 5,2 % en moyenne d'ici 2012, par rapport aux niveaux de 1990. Chaque pays avait ses propres objectifs, établis selon leur contribution historique au problème. Les États-Unis, plus importants pollueurs par habitant de la planète, n'ont cependant jamais ratifié le protocole. Les Américains insistent sur le fait qu'une entente ne peut être conclue sans que les Chinois et les Indiens, qui comptent ensemble un tiers de la population mondiale, en fassent partie d'une manière ou d'une autre. Au cours des derniers jours, l'implication du président américain Barack Obama dans le dossier et les engagements annoncés par la Chine et l'Inde ont ravivé l'espoir qu'un accord politique puisse être conclu. Il est d'ores et déjà convenu qu'un accord contraignant sur le plan juridique ne pourra être finalisé à Copenhague. De nouveaux pouvoirs pour l'administration ObamaAux États-Unis, l'Agence de protection environnementale procédera à une annonce importante lundi après-midi. Il semble que l'agence, dont les pouvoirs sont similaires à ceux d'un ministère de l'Environnement, annoncera que le dioxyde de carbone est un « polluant dangereux ». L'optimisme de Ban Ki-moon Dimanche, le secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-Moon, s'est dit persuadé de voir la conférence déboucher sur un accord politique signé par tous les pays membres de l'ONU. Lors d'un entretien avec la chaîne de télévision TV5, M. Ban a soutenu que l'accord devra prévoir des cibles ambitieuses, à la fois pour les pays développés et pour les pays émergents.
Les négociations qui ont lieu à Copenhague seront suivies avec intérêt partout sur la planète. Samedi des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de plusieurs villes du monde pour réclamer un accord ambitieux à Copenhague. De nombreuses manifestations ont d'ailleurs encore lieu lundi. À Ottawa, des militants du groupe écologiste Greenpeace ont escaladé un édifice du Parlement, l'édifice de l'Ouest, pour vilipender l'industrie très polluante des sables bitumineux et les positions des chefs conservateur et libéral à ce sujet. GES: les objectifs du CanadaLe Canada vise une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20 % d'ici 2020 en prenant 2006 comme année de référence. Dans les faits, il s'agit d'une réduction de 3 % de ses émissions si l'on prend plutôt comme référence 1990, ce qui avait été convenu par la communauté internationale à Kyoto.
articles
Carnet : Gérald Fillion se demande à quoi va servir la conférence de Copenhague.
Sur le web : Vincent Grou nous parle de la conférence de Copenhague, vue d'Internet.
audio-vidéo
Dans Alerte - Changement climatique: la menace de guerre, l'auteur canadien Gwynne Dyer avance sept scénarios qui pourraient bouleverser l'équilibre mondial écologique et politique, si la lutte contre les changements climatiques échoue. Michel Labrecque a rencontré l'auteur.
Gérald Fillion s'entretient avec Melissa Filion de Greenpeace et Hélène Lauzon du Conseil patronal de l'environnement.
Patrice Roy s'entretient avec l'ex-ministre de l'Environnement Stéphane Dion et la directrice intérimaire de Greenpeace Melissa Filion sur les enjeux du sommet de Copenhague.
Etienne Leblanc fait le compte-rendu de cette première journée.
Maxence Bilodeau est à Copenhague.
De Copenhague, Étienne Leblanc résume le contenu des discours d'ouverture de la conférence.
L'entrevue avec le député conservateur Steven Blaney
Simon Durivage discute de la conférence de Copenhague avec Louis-Gilles Francoeur, chroniqueur en environnement du Devoir.
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Conférence des Nations unies sur le climat
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