![]() Gaz à effet de serre Changement de cap à OttawaMise à jour le vendredi 4 décembre 2009 à 22 h 38
À la surprise générale, le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, a annoncé, pour la première fois, devant le comité parlementaire sur l'environnement que la stratégie des conservateurs comprend la mise en place de plafonds « absolus » d'émissions de gaz à effet de serre (GES). « Nous parlons d'un système continental de plafonnement des émissions [...] qui implique des réductions d'émission absolues, pas des cibles d'intensité », a souligné M. Prentice. Ce qui lève l'ambiguïté sur les intentions du gouvernement. Ainsi, Ottawa envisage de mettre sur pied un système de plafonnement des émissions qui s'intégrerait à un système américain. Les différentes industries polluantes se verraient donc imposer un quota d'émission de GES, que les entreprises ne pourraient dépasser, faute de quoi elles devraient payer. À l'inverse, celles qui présenteront un bon bilan en ne dépassant pas le plafond fixé pourraient vendre leurs crédits aux plus polluantes et être ainsi récompensées pour leurs efforts. Des plafonds dits « d'intensité » auraient pour leur part permis à des entreprises qui auraient augmenté leur production de faire de même avec leurs émissions de GES. Par ailleurs, le ministre a expliqué vendredi à Montréal que le Canada ne pouvait pas être plus exigeant que les États-Unis, car il en souffrira économiquement. « Si nous faisons plus que les États-Unis, nous subirons des conséquences économiques sans tirer de véritables avantages sur le plan environnemental, des conséquences économiques qui pourraient nuire à notre capacité d'investir dans de nouvelles technologies propres ou d'autres solutions innovatrices pour lutter contre les changements climatiques », a-t-il affirmé. Selon M. Prentice, le Canada doit s'aligner les États-Unis, parce que les deux économies sont interreliées. Il a affirmé agir ainsi pour la protection des emplois au Canada. Les actes doivent suivre les paroles Pour Steven Guilbeault, d'Equiterre, il s'agit d'un élément nouveau dans le discours du ministre fédéral de l'Environnement. « Ça veut dire que les entreprises devront réduire leurs émissions de façon absolue. En soi, c'est une chose intéressante, mais ce n'est pas le Pérou tant que le fédéral ira avec 2006 plutôt que 1990 [comme année de référence] », a-t-il noté. Les conservateurs veulent abaisser les émissions de GES du Canada de 20 % d'ici 2020 par rapport au niveau de 2006, même si la plupart des autres pays - et le Québec - ont choisi 1990 comme année de référence. Cependant, cet objectif n'a « aucune valeur », selon M. Guilbeault, tant qu'il ne se traduira pas par des lois ou des règlements pour diminuer dans les faits les émissions. Or, le gouvernement n'a rien dévoilé sur le plan législatif. Matthiew Bramley, de l'Institut Pembina, croit lui aussi qu'il ne faut pas se réjouir trop vite des propos du ministre, qui se sont pas clairs, selon lui. À son avis, il reste à voir à quels niveaux seront fixés les plafonds pour les industries et, par conséquent, quel sera le prix du carbone. L'opposition estime que le ministre Prentice s'est rendu à l'évidence en évoquant des plafonds absolus. « M. Prentice a compris que des cibles d'intensité venaient complexifier un système de marché de crédits d'émission », a indiqué le bloquiste Bernard Bigras. Le chef néo-démocrate Jack Layton y voit malgré tout un pas dans la bonne direction. Pour le porte-parole libéral David McGuinty, M. Prentice était tout simplement acculé au pied du mur. Objectifs de réduction des GESLe Canada vise une réduction de ses émissions de GES de 20 % d'ici 2020, en prenant 2006 comme année de référence. Dans les faits, il s'agit d'une réduction de 3 % de ses émissions si l'on prend l'année 1990 comme référence. Radio-Canada.ca avec Presse canadienne |