À peine 1 % du territoire du Québec était protégé à la fin des années 90. Aujourd'hui, la province se vante d'avoir atteint son objectif de 8 %, bien qu'elle l'ait fait trois ans plus tard que ce qu'elle avait initialement prévu. Quoi qu'il en soit, elle a quitté le peloton de queue des États cancres de la conservation du territoire, pour maintenant occuper une position médiane parmi les autres provinces et les autres pays.
La moyenne mondiale de conservation du territoire se situe autour de 13 %, conformément aux objectifs fixés en 1992, dans le cadre de la déclaration de Rio sur l'environnement et le développement.
Vue satellite de l'île René-Levasseur, revendiquée à la fois par les écologistes et par les Autochtones
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Québec planche sur le portrait du réseau actuel des aires protégées, avant de mettre en avant de nouvelles orientations au cours de l'automne. « Nous ne voulons pas perdre le momentum », indique la chef par intérim des aires protégées au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Christiane Bernard.
Le gouvernement libéral affirme ne pas débattre de projets particuliers, comme celui de classer aire protégée l'île René-Levasseur, qui fait l'objet de revendications tant de la part des écologistes que de celle des Autochtones. Il vient néanmoins de verser une compensation de plus de 7 millions de dollars à la compagnie Kruger pour qu'elle abandonne son contrat d'approvisionnement forestier dans ce lieu éloigné de la Côte-Nord. Aux yeux du directeur général de Nature Québec, Christian Simard, il s'agit d'une aide financière à une entreprise en temps de crise plutôt que d'un pas vers la préservation de vieux écosystèmes.
L'environnementaliste craint par ailleurs qu'un éventuel classement de l'île René-Levasseur ne vise à faire « avaler la couleuvre de la rivière Magpie ». Ce cours d'eau devrait bénéficier, selon le Bureau d'audiences publiques en environnement, d'un « statut de protection qui permette d'en préserver intégralement le caractère sauvage et son potentiel récréotouristique reconnu internationalement », mais il demeure dans la ligne de mire d'Hydro-Québec qui souhaite y construire un barrage.
Au-delà du nombre de kilomètres carrés protégés, il faut voir le découpage des aires, critiqué par plusieurs, notamment des pourvoyeurs. « La façon de [dessiner], en gruyère, demeure problématique », pense Christian Simard, qui trouve la logique du gouvernement dangereuse. De son côté, le ministère de l'Environnement défend les tracés qu'il définit comme étant le fruit d'un consensus socioéconomique avec les différents acteurs locaux, y compris les compagnies forestières.
Il faut aussi voir ce qui signifie concrètement la protection, nuance Patrick Nadeau, biologiste pour la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP). Il cite l'exemple du parc Algonquin, en Ontario, où on a autorisé la récolte forestière sur une grande superficie...
Le Rapport Coulombe sur la gestion de la forêt publique recommandait de protéger 12 % du territoire québécois d'ici 2010, un pourcentage que le premier ministre souhaite atteindre seulement d'ici 2015. Dans le cadre du Plan Nord, qui touche la grande majorité de la forêt boréale commerciale, il cible 50 %. « C'est plus facile parce qu'il y a moins de compétition pour l'utilisation du territoire », remarque Patrick Nadeau.
Le sud du Québec devrait cependant obtenir aussi l'attention des autorités. « Autour de Montréal, il y a une perte énorme, qui va jusqu'à 10 % du territoire chaque année », s'inquiète le directeur général de Nature Québec. Il souligne l'importance de connecter les différentes aires protégées, notamment dans le corridor appalachien, afin de permettre la migration des écosystèmes, nécessaire avec les changements climatiques. L'habitat naturel du caribou forestier devrait constituer une priorité, fait-il valoir.