Doutes à propos des biocarburants

Une pompe de biocarburant en Europe Une pompe de biocarburant en Europe   © AFP/JEAN AYISSI

Une bonne intention, celle de prendre le plus rapidement possible le virage vert, pourrait prochainement endommager la biodiversité, nuire à l'approvisionnement alimentaire et fragiliser davantage l'économie des pays pauvres.

Devant les mises en garde des scientifiques et des environnementalistes, l'Union européenne reconnaît qu'elle a sous-estimé les impacts négatifs de sa politique de promotion des biocarburants.

En effet, le commissaire à l'Environnement de l'Union européenne, Stavros Dimas, s'est inquiété, lundi, de l'impact négatif de la politique européenne d'approvisionnement en biocarburant.

Selon le commissaire Dimas, lorsque l'Union européenne a décrété en mars dernier qu'elle comptait accroître la part des biocarburants dans les transports à 10 % d'ici 2020, elle n'a apparemment pas tenu compte de certains des principaux impacts d'une telle politique sur les régions productrices.

Les BiocarburantsLes biocarburants sont des carburants liquides issus de la transformation de matières végétales produites par l'agriculture. La combustion de biocarburants ne produit que du CO2 et de la vapeur d'eau, contrairement aux carburants fossiles qui, eux, produisent en plus des oxydes de soufre.

De plus en plus de scientifiques et d'environnementalistes constatent que les biocarburants, naguère vus comme une véritable panacée dans la lutte contre le réchauffement climatique, créent plus de problèmes qu'ils n'en résolvent.

Le 9 janvier dernier, plusieurs ONG, dont Greenpeace et Oxfam, ont appelé dans une lettre ouverte l'Union européenne à réévaluer ses intentions à l'égard des biocarburants.

Selon les signataires de la lettre, la production à grande échelle de biocarburants pourrait faire augmenter le prix des denrées alimentaires, favoriser la pénurie d'eau, accentuer des déplacements forcés de population pour permettre l'établissement de nouvelles plantations et, ainsi, conduire au déplacement dans des zones sensibles écologiquement d'autres activités agricoles.

Même son de cloche du côté de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pour celle-ci, qui partage les craintes des environnementalistes pour les hausses de prix des denrées et pour les menaces sur la biodiversité, l'usage croissant des biocarburants n'aura même pas d'impact significatif sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Pour l'OCDE, si les biocarburants occupent 13 % de tous les carburants d'ici 2050, cela représenterait une réduction des émissions de gaz à effet de serre de seulement 3 %. Cette réduction serait rapidement annulée par la hausse attendue des besoins en carburant pour les transports.

La Commission européenne doit déposer la semaine prochaine ses nouvelles directives sur les énergies renouvelables.

En complément