![]() L'Afghanistan vu d'iciL'Afghanistan vit ses deuxièmes élections présidentielles depuis la chute des talibans en 2001. Pays en guerre, pays d'ethnies, pays complexe; Radio-Canada.ca réunit des Afghans émigrés au Canada et les meilleurs experts pour le décrypter et vous offrir l'occasion d'en discuter.
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La difficile lutte contre l'opium, par Guillermo AureanoChercheur associé au Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale de l'Université de Montréal, Guillermo Aureano se penche sur les questions de sécurité internationale. Fin observateur du trafic d'opium, il dresse un constat sombre et brutal de la situation en Afghanistan.
« Une baisse majeure [de la production d’opium] est à notre portée », déclarait Kai Eide, le représentant spécial de l’ONU en Afghanistan au début de l’année 2009. La raison de cette réjouissance? Le dernier rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) faisait état d’une réduction de 6 % de la production d’opium en Afghanistan. Mince lueur d’espoir, alors que les champs de pavot avaient poussé à vue d’œil depuis la chute des talibans – au point où l’Afghanistan est devenu le producteur de 90 % de l’opium illicite mondial. Mais cette réduction est avant tout attribuable à la sécheresse et à une chute du prix de l'opium. Viennent ensuite les pressions gouvernementales. Une quasi-éradication sous les talibans Des chiffres qui font tache pour l’intervention étrangère, alors que les talibans ont beau jeu de rappeler qu’ils avaient quasiment éradiqué cette culture à travers le pays – sous couvert de religion. Guillermo Aureano note toutefois que leurs motivations concrètes demeurent floues. « Il y a différentes théories. Certains disent que les talibans voulaient redorer leur image auprès des États-Unis. D’autres estiment qu’il y avait un stock tellement important que, devant la perspective d’une chute des prix, les talibans ont forcé la prohibition pour des raisons soi-disant religieuses ». Du même souffle, il note que les sources d’information fiables s’avèrent presque inexistantes dans ce pays. « Le fiasco total de l'occupation » Mais au-delà des raisons de cette éradication, comment expliquer que la culture du pavot ait repris de plus belle après 2001, alors que des soldats du monde entier se sont déployés sur le territoire? Devant cette question, Guillermo Aureano répond par une analyse brutale : « C’est le fiasco total de l’occupation ». Résurgence des seigneurs de guerre et des talibans, et pauvreté persistante chez les Afghans; autant d’éléments qui ont ramené les paysans vers « une culture sûre au niveau des revenus », estime le chercheur. (Regardez la vidéo) Marché complexe, profits morcelés Néanmoins, les paysans représentent le dernier maillon de la longue chaîne du trafic de drogue et ne touchent qu’environ 1 % des revenus qui en sont tirés, évalue Guillermo Aureano. Et pour cause, il évoque la nécessaire transformation de l’opium et son exportation vers les marchés consommateurs, Amérique du Nord et Europe en tête des plus lucratifs. C’est précisément à ces étapes, qui « ajoutent de la valeur », que se fait le gros des profits. Militaires, fonctionnaires corrompus et autres capables d’agir là où le marché se concentre. Et les talibans? « Ils peuvent éventuellement taxer les paysans, les laboratoires et les premières étapes d’exportation, mais le gros de l’argent n’est pas récolté par eux. Cela dit, ce trafic constitue une source d’argent importante pour eux », répond-il. Chercher à qui profite le crime exige une approche consciencieuse, note au passage M. Aureano, car le marché de la consommation s’avère « très fragmenté et extrêmement stable, où tout se règle par la violence». La fumigation, une solution inefficace et coûteuse Et les solutions sont loin d’être légion. La fumigation, qui consiste à épandre des produits chimiques pour éliminer les plants de pavot, ne constitue pas une option viable, selon le spécialiste des drogues. «Le problème majeur de tous ces programmes de contrôle, ce sont les coûts humains et écologiques énormes », note-t-il. Et de citer l’exemple de la Colombie, où des quantités « énormes » de défoliants ont été utilisées, notamment l’agent orange. Le coût sanitaire et social s’est révélé cher, et « les surfaces cultivées [de plants de coca] ont augmenté, et cela, de façon assez importante ». (Regardez la vidéo) Notons que le gouvernement afghan s’oppose avec force au recours à des produits chimiques. Le mirage des cultures de substitution D’autres préconisent d’inciter les paysans à se tourner vers d’autres cultures ou des produits de substitution. Là encore, Guillermo Aureano n’y croit pas. « Dans tous ces programmes, on croît que les paysans vont devenir du jour au lendemain, par une sorte de miracle, des petits capitalistes accomplis », note-t-il pour critiquer cette éventualité. Il ajoute que la communauté internationale promet parfois monts et merveilles aux paysans pour les inciter à changer de type de culture, mais que le financement subséquent ne suit pas toujours ou finit par se tarir après quelques années. (Regardez la vidéo) Pour étayer son point de vue, il note qu’aucun gouvernement ne peut garantir le cours d’un autre produit sur les marchés mondiaux, encore moins le gouvernement afghan en piètre état. Le problème se montre complexe et les solutions restent à trouver, estime donc Guillermo Aureano. Plus encore, il rappelle que l’humanité consomme de l’opium depuis des millénaires et que celui-ci n’est devenu illicite que récemment. Et le terrain est miné du côté de l’opinion publique, étant donné la menace perçue. Autant d’éléments qui compliquent la tâche des politiciens et qui font douter le chercheur de voir une solution efficace émerger à court terme. Un texte de Florent Daudens À lire et à voir: Article de Radio-Canada.ca - 1er février 2009 Article de Radio-Canada.ca - 10 octobre 2008 Reportage de Jean-François Bélanger - 8 novembre 2007 Catégorie : L'opium
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