Manifestations, mesures de sécurité, présence policière, réactions des citoyens, le journaliste Pierre-Mathieu Tremblay prend le pouls de la Ville Reine à l'heure des grands sommets mondiaux.
Le sommet est terminé, le calme retombe peu à peu sur Toronto. Ces derniers jours, les médias traditionnels ont diffusé en boucle les images de casse et d’autopatrouilles en flammes. D’autre part, plusieurs vidéos d’arrestations policières circulent sur Internet. Ces événements se sont produits, mais ils ne reflètent pas la réalité lorsqu’ils sont présentés en rafale. Selon ce que j'ai pu observer, les policiers ont fait preuve de patience avec la foule jusqu'au samedi en début de soirée. Est-ce la casse qui les a menés à changer de stratégie? Possiblement. Par la suite, les arrestations de groupes se sont succédé. Cette façon de faire est maintenant dénoncée par les groupes de défense des libertés civiles. Interrogations Au-delà de cette controverse, plusieurs questions demeurent : Je n'ai évidemment pas les réponses à ces questions. Mais en plus de mettre en lumière les oppositions sur les moyens d’action pour contester les décisions des dirigeants politiques, le Sommet du G20 soulève également l'importante question du maintien de l'équilibre entre la liberté et la sécurité.
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Les dirigeants du G20 partis, il y a un début de retour à la normale à Toronto. La clôture de 6 kilomètres est ouverte, et il est désormais possible d'accéder au centre-ville sans présenter de cartes d'identité et sans devoir vider ses sacs devant les policiers. Ceux-ci demeurent présents en grand nombre, mais ils sont beaucoup plus détendus. Ils savent bien que les manifestants ont quitté les environs en même temps que les Obama, Merkel et Sarkozy. Après des semaines passées à construire la clôture de 6 kilomètres, qui est restée fermée un peu plus de 48 heures, les semaines à venir seront consacrées à son démantèlement. Sur Bay Street, les complets et les cravates sont à nouveau « in », alors que les bandanas sont « out ». Les gens d'affaires avaient reçu la consigne de s'habiller de façon décontractée, par crainte d'être pris à partie par des manifestants. Le retour à la normale n'a pas tardé. Il reste toutefois de nombreuses plaies à panser. Plusieurs rues commerçantes resteront défigurées par les panneaux de contreplaqués pendant plusieurs jours. Il faudra aussi voir à quelle vitesse seront instruites les causes des manifestants accusés. Pour illustrer le changement survenu à Toronto depuis la fin du Sommet du G20, voici deux photos de la rue University. La première a été prise à 11 h 15 dimanche. La seconde a été prise 24 heures plus tard.
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jun
Changement de cap La stratégie policière a visiblement changé après la casse de samedi. Jusqu’alors, ils se montraient d’une patience remarquable devant les manifestants. Lorsque l’antiémeute barrait le chemin, elle restait en position sans broncher et la tension se dissipait peu à peu. Mais après les débordements de samedi et les réactions outrées face aux dégâts matériels causés, l’ordre de procéder à des arrestations de masse est tombé. Coin Queen et Spadina, dimanche à l’heure du souper, la foule se masse. Les policiers viennent de procéder à une cinquantaine d’arrestations de manifestants pacifiques qui participaient à une marche. Ils n’ont pas hésité à embarquer plusieurs journalistes au passage. Des curieux attirés par l’événement se massent près du théâtre des opérations. L’escouade antiémeute est là, la foule est calme. Sans crier gare, les policiers chargent à toute vitesse. Un début de panique s’empare des gens, qui courent tous dans la même direction. Une jeune femme devant moi perd son espadrille, mais poursuit sa course. Lorsqu’ils arrêtent enfin, les policiers ont gagné 50 mètres au prix d’une pagaille qui aurait pu s’avérer dangereuse. Devant moi, un homme rassure une femme apeurée par le mouvement des policiers et la confusion qui a suivi. En regardant autour de moi, je vois des jeunes gens, des résidents du quartier de tout âge, bref, personne qui semble très menaçant. L’homme qui m’accompagne, un ancien soldat qui a été déployé en Afghanistan et qui en connaît un bout en matière d’opérations sur le terrain, se demande pourquoi les policiers n’ont pas simplement marché en direction de la foule, ce qui l’aurait repoussé plus calmement. Les policiers chargeront à la course sans avertissement au moins à deux autres reprises. Ils sont parvenus à disperser les manifestants sans faire de blessés. Pour donner une idée de la scène, je vous invite à regarder la vidéo suivante: il s’agit de la deuxième ou troisième avancée soudaine des policiers. L’image bouge beaucoup, mais ce qui est intéressant, ce sont les secondes qui suivent l’avancée policière. Vous y verrez plus clairement la composition de la foule. Avez-vous entendu l’hymne national chanté par la foule juste avant que les policiers ne foncent? Durant toute la fin de semaine, les manifestants ont revendiqué le droit de circuler librement dans « leurs rues » et ont invité les agents à les appuyer. L'interprétation spontanée de l’Ô Canada visait visiblement à attiser la fibre patriotique de l’escouade antiémeute… qui a quand même attendu la fin de la chanson avant de charger les citoyens. Un mot en terminant au sujet des arrestations. Leur nombre dépasse 900, quasiment toutes effectuées en deux jours. Les prochaines semaines nous apprendrons quelle proportion des personnes interpellées seront formellement accusées et combien d'entre elles seront condamnées. On saura alors si le changement de stratégie des policiers dans la nuit de samedi à dimanche était pertinent ou s'il n'était que de la poudre aux yeux. Coin King et Bay, l’atmosphère est au recueillement. Un peu moins d'une cinquantaine de personnes sont assises et réclament une société plus inclusive. Il y a au moins deux fois plus de policiers qui forment un cordon destiné à empêcher l’accès vers le sud de la rue. Mais l’atmosphère reste détendue, à mille lieues de la tension qui s’est exprimée fréquemment durant la fin de semaine. Devant le centre de détention temporaire, rue Eastern, une camionnette effectue un va-et-vient incessant. Son conducteur, un homme d’une soixantaine d’années, a peint le mot « shame » (honte) de chaque côté de son véhicule. Son manège excède finalement les policiers. Une autopatrouille intercepte le véhicule, un peu à l’est de la prison. Les résidents et les patients se déplacent pour assister à la scène. Après avoir contrôlé son identité, les agents s’éloignent sans l’inquiéter davantage. Une femme interpelle le conducteur : « Eh, m’sieur! » Lorsqu’il croise son regard, elle se met à l’applaudir, imitée par une vingtaine de curieux.
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