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JEAN DUSSAULT
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Gouvernement minoritaire : à suivre...
Personne au Québec n’a voté pour un gouvernement minoritaire mais tout le monde au Québec se retrouve avec un gouvernement minoritaire. L’usage et l’usure détermineront si cette situation inédite à l’Assemblée nationale donnera des résultats aussi satisfaisants pour la majorité de l’électorat que ne le fait la situation à la Chambre des communes.
En attendant ce verdict du temps, celui d'hier a ceci de clair que l'Action démocratique du Québec est la grande gagnante : ce parti a fait élire 41 députés et est arrivé en deuxième position dans 45 autres circonscriptions. C'est le genre de score qui permettait à M. Dumont de parler d'une étape, d'une autre étape vers le changement. Ce changement, il est déjà évident et les chefs des deux autres principaux partis ont promis d'en prendre acte. Ce n'est pas comme s'ils en avaient le choix : ils ont perdu.  
 
Pour la première fois en six scrutins, la base libérale s'est fractionnée et le premier ministre sortant a rompu une tradition contemporaine en échouant à obtenir un deuxième mandat majoritaire consécutif. C'est plus dramatique au PQ : il a recueilli moins de 30% des voix, sa pire récolte depuis sa première campagne électorale en 1970. 
 
La prudence oblige a une certaine retenue dans l'explication de la formation de ce 61e gouvernement du Québec. Quand aucun parti ni aucune maison de sondages n'avait vu venir l'issue, la modestie aussi exige un minimum de réserve. 
 
Au lendemain de leur frousse référendaire de 1995, les fédéralistes du Québec ont convaincu le chef du Parti progressiste-conservateur du Canada de venir mener la contre-charge aux souverainistes. La tâche accomplie et le prochain référendum reporté très loin, l'utilité politique de M. Charest est réduite et le parti de pouvoir qu'est le PLQ pourrait être tenté de lorgner ailleurs pour contrer la montée du parti de centre-droite qui le rogne.  
 
L'avenir politique du nouveau chef péquiste est encore plus sombre : son parti a déjà fait la vie dure à des leaders qui avaient connu beaucoup plus de succès. Cette fois-ci, il y a plus que la défaite de lundi : depuis l'arrivée du nouveau chef à la direction du PQ il y a 16 mois, la popularité du parti de René Lévesque n'a pas cessé de dégringoler.  
 
Forte de son nouveau statut d'opposition officielle à l'Assemblée nationale, l'ADQ ne fera qu'applaudir son chef. D'ailleurs, même de moins bons résultats n'auraient pas inquiété M. Dumont : personne dans son parti ne peut lui montrer la porte puisqu'il en est aussi le gardien. 
 
VOIR AUSSI
 
24 mars 2007
 
  

Méandres de fin de campagne
Le premier ministre du Canada a amplement le temps d'ici son prochain rendez-vous électoral d'expliquer aux autres provinces l'apparent cadeau fait au Québec. Dans le cas de M. Charest, le temps est compté et le premier ministre sortant n'a pas su saisir une occasion en or de contrer le glissement révélé par des sondages. 
 
Cela illustre bien les difficultés de la campagne libérale. Le budget Flaherty a au départ abasourdi les souverainistes en les obligeant à accepter de nouvelles intrusions fédérales dans des champs de compétence provinciale pour ne pas refuser de l'argent aussi essentiel que réclamé.  
 
 
 
Comme il est toujours risqué pour un premier ministre du Québec de trop remercier un gouvernement canadien, M. Charest n'avait qu'à ne pas trop se réjouir et à embellir son rôle dans l'obtention de la manne fédérale. Il a plutôt choisi d'en allouer une large part à une réduction d'impôts. Il a ainsi rappelé sa principale promesse non tenue en 2003, il a frustré la majorité convaincue que cet argent serait plus utile dans les hôpitaux et les écoles et, plus fondamentalement, il s'est fait accuser de mettre en péril de futures requêtes québécoises. Bien sûr, M. Charest a raison d'invoquer qu'il est maître de ses choix, mais peu croient qu'il a fait le bon. 
 
 
Le dépôt du budget fédéral amenait le moment où M. Dumont devait présenter son cadre financier, c'est-à-dire le coût de ses promesses et la provenance de son financement. Le chef adéquiste s'est fait voler la manchette par l'engagement libéral mais il n'en est sans doute pas vraiment déçu. Toutes les analyses faites par d'autres que ses partisans y ont décelé des failles majeures, mais rien n'indique que l'électorat ne s'en formalise, convaincu que l'ADQ ne formera pas le gouvernement. C'est sans doute pour la même raison que d'autres déclarations tonitruantes d'un de ses candidats ne semblent pas non plus avoir éraflé le vernis qui recouvre M. Dumont. 
 
 
 
Le chef du Parti québécois, pour sa part, affirme que cette dernière semaine a été la meilleure de sa campagne. C'est fort possible, aussi en partie parce que les premières ont été très éprouvantes pour M. Boisclair. Il affiche ces jours-ci une confiance difficile à feindre, mais il égratigne sa crédibilité en maintenant qu'il dirigera un gouvernement majoritaire et il risque d'inquiéter en répétant qu'il tiendra un référendum sur la souveraineté le plus tôt possible. 
 
20 mars 2007
 
  

Ottawa entre dans la campagne
Plus personne ne pourra prétendre à la coïncidence: le but du budget fédéral était bel et bien d'influencer le résultat de l'élection québécoise.  
 
Ce qu'on retiendra, c'est que MM. Duceppe et Boisclair reconnaissent qu'il y a progrès dans le règlement du déséquilibre fiscal qui permet à Ottawa d'engranger de faramineux surplus, alors que les provinces peinent à offrir des services de santé et d'éducation appropriés.  
 
Le chef du Bloc québécois est obligé d'appuyer le budget Flaherty parce que voter contre causerait le renversement du gouvernement conservateur minoritaire et le déclenchement d'élections générales dont il ne veut pas.  
 
Le chef du Parti québécois, lui, est bien obligé d'être d'accord avec son frère d'outre-Outaouais et, fardeau additionnel pour les deux leaders souverainistes, ni l'un ni l'autre ne peut lever le nez et priver les Québécois de la manne fédérale même si, dans les faits, le budget de lundi empiète encore plus dans les compétences provinciales. 
 
M. Charest, de son côté, devait éviter de jubiler: un premier ministre du Québec ne doit jamais remercier trop ouvertement le gouvernement canadien. C'est à tort qu'il s'attribue tout le crédit des nouveaux transferts fédéraux, mais il n'y a aucun doute que les intérêts des conservateurs fédéraux et ceux des libéraux provinciaux concordent, et cela contribue grandement à des relations harmonieuses. Quoi qu'en prétendent leurs détracteurs, Stephen Harper et Jean Charest démontrent là une attitude quasi irréprochable et le chef libéral devrait le marteler d'ici le scrutin de lundi prochain. Si le reste du «cadre financier» du PLQ est exact, un gouvernement Charest réélu trouverait dans le dernier budget suffisamment d'argent pour financer ses engagements. Son budget fictif du 20 février, à la veille du déclenchement de l'élection, indiquait un manque à gagner d'environ un milliard de dollars l'an prochain, le chèque d'Ottawa fera l'affaire. 
 
Mario Dumont, lui, avait peu à dire hier puisqu'il n'a joué aucun rôle dans tout le processus; il a dû se limiter à attribuer le crédit du progrès à Stephen Harper plutôt qu'à Jean Charest. Pour le chef de l'ADQ, la publication du budget fédéral sonne l'heure de révéler où il prendra l'argent pour financer des dépenses prévues de 1,7 milliard de dollars par année. 
 
Voilà pour les réactions des chefs, reste à déterminer celles de l'électorat. L'hypothèse la plus soutenue veut que la valse des milliards se transforme en menuet d'interprétations.
 
18 mars 2007
 
  

Une patinoire, trois équipes
Ces trois équipes ne sont pas de force égale, loin de là. Le Parti libéral est une sorte d'usine à campagnes électorales et ses coffres débordaient d'argent au coup d'envoi, le Parti québécois a été longtemps le champion du financement populaire et un modèle de militantisme alors que l'Action démocratique est, financièrement, le parent pauvre et a connu, de l'aveu même de son chef, une campagne désastreuse en 2003. L'allure des campagnes respectives et la tendance révélée dans les sondages indiquent clairement que les choses ont changé pour les trois plus grands partis. Les deux qui s'échangent le pouvoir depuis 1970, c'est-à-dire avant la naissance de Mario Dumont, sont l'objet d'un ras-le-bol évident pour le moment. 
 
Le rejet des libéraux est surtout dû à l'exercice de leur mandat dont une forte majorité se dit insatisfaite. Mais l'organisation et le chef ont leur large part de responsabilité. Bouder 150 maires de petites municipalités au lendemain du débat pour aller se faire enguirlander deux jours après dans une circonscription acquise au PQ démontre un amateurisme impardonnable. M. Charest avait invoqué qu'« on ne peut pas être partout en même temps » pour faire faux bond à la Fédération des municipalités du Québec, mais cela ne justifie pas de manquer un rendez-vous important et d'en tenir un qui soit à la fois risqué et inutile. 
 
Les péquistes, eux, se demandent privément et publiquement « pourquoi le chef ne passe pas ». Les difficultés du Parti québécois sont sans doute plus fondamentales que çà : 53% des membres du parti ont appuyé André Boisclair au premier tour de scrutin de la course à la direction il y a 16 mois. Peu de péquistes et guère plus d'analystes ont alors soulevé des critiques sur l'image et le style de l'homme qui seraient soudainement devenus un boulet à la faveur d'une campagne électorale. Il est plus probable que les deux tiers des sondés qui montrent une désaffection à l'endroit du parti sont les mêmes qui ne veulent rien entendre d'un référendum sur la souveraineté. 
 
Encore samedi en Montérégie, le chef de l'ADQ se félicitait devant une foule bruyamment partisane d'avoir « réussi à amener dans la campagne les préoccupations de vie des citoyens du Québec ». Au moment où s'amorce la dernière semaine de campagne, c'est là une réflexion de plus en plus partagée et le reflet d'une perception grandissante. 
 
 
14 mars 2007
 
  

Au tour de la vraie campagne
Le chef libéral a rapidement réalisé qu'un débat à titre de premier ministre sortant est bien différent de ceux auxquels il a déjà pris part en tant qu'aspirant au pouvoir. Une campagne électorale sert en bonne partie à évaluer le mandat qui achève, et M. Charest a dû admettre à nouveau avoir manqué à plusieurs de ses engagements formels de 2003. D'ailleurs, M. Charest semblait refaire la dernière campagne, référant souvent au dernier mandat du PQ; ce à quoi M. Boisclair a répliqué que c'est maintenant au tour des libéraux d'être jugés. 
 
Le chef péquiste, pour sa part, a posé ses questions avec beaucoup d'insistance sur le passé libéral et sur ce que serait un avenir adéquiste. D'entrée de jeu, M. Boisclair a quasiment glissé que son parti tiendrait un référendum sur la souveraineté, la plus grande priorité des membres de son parti. Mais le peu d'efforts, d'arguments et de passion des chefs sur le thème de « l'avenir politique du Québec » indique que le Québec est au dernier droit d'une campagne électorale et non au début d'une campagne référendaire. Rien là pour déplaire à M. Boisclair hier soir à la télévision mais peu pour convaincre les souverainistes non péquistes de voter pour son parti dans deux semaines. 
 
La philosophie fondamentale de M. Dumont a transparu tout au long du débat. Quand il parle de la famille, des aînés, des enfants, des étudiants, des petits entrepreneurs, il réitère son credo dans la personne trop encadrée par des quasi-monopoles de l'État, selon lui. Il l'avait laissé entendre la veille : il a voulu désamorcer les attaques prévisibles de ses adversaires sur le coût de ses engagements et la provenance de leur financement mais son succès a été mitigé puisque cela n'a en rien freiné la vigueur des questions de M. Boisclair et la sévérité des accusations de M. Charest en la matière. 
 
Pour le mieux, l'exercice d'hier n'a pas été que le combat de lutte ou la guerre des images qui titillent les faiseurs d'images et les faiseurs de manchettes. À celles et ceux qui auront trouvé le processus long et fastidieux, il faut rappeler que la démocratie a des exigences d'assiduité. Il est vain et futile de reprocher aux élus et aux aspirants de ne s'exprimer qu'en « clips » de 15 secondes pour ensuite refuser de les entendre et de les écouter plus sérieusement. 
 
 
12 mars 2007
 
  

Désabusement et désaffection
À traiter la campagne comme une course de chevaux ou une partie de hockey, trop de médias fixent l'attention sur l'issue plus ou moins prévisible et convainquent une majorité qu'il est plus important de deviner qui va gagner que de comprendre pourquoi le résultat sera ce qu'il sera. 
 
D'un autre côté, cette désaffection évidente devrait inquiéter grandement l'establishment politique du Québec, c'est-à-dire le PLQ et le PQ qui s'échangent le pouvoir depuis 1970. Il ne faut pas s'attarder aux variations minimes et ponctuelles des sondages, toujours dans les limites de la marge d'erreur, mais y observer la constante: plus du tiers des sondés qui s'expriment affirment vouloir loger à l'enseigne de partis autres que les deux plus grands. Rien ne garantit que ce sera encore le cas le 26 mars mais il y a jusqu'ici un message clair de ras-le-bol des vieux partis. 
 
À la veille du débat crucial du 13 mars, donc, peu reconnaîtront de faits marquants dans les vingt premiers jours de la campagne. M. Charest semble se forcer à faire oublier la réputation selon laquelle il est le meilleur et à son meilleur en campagne, et le chef péquiste ne déçoit pas tout simplement parce que les attentes à son endroit étaient minimes. Quant à M. Dumont, qui rappelait dimanche qu'il a passé plus de la moitié de sa vie à faire de la politique, il continue d'en faire sans avoir à rendre de compte puisque son parti et lui ne forment qu'un. 
 
En trois semaines, l'opinion n'a pas vraiment changé, pas plus qu'elle ne le fait d'habitude entre le début de la campagne et le débat des chefs. C'est qu'au-delà de l'allure des discours, les données fondamentales n'ont pas changé depuis le déclenchement du 20 février. Le taux de satisfaction à l'égard du gouvernement sortant est toujours dangereusement bas pour lui ; un éventuel, et rapide, référendum sur la souveraineté pèse encore plus sur le Parti québécois que la personnalité de son chef ; et M. Dumont semble en bonne posture du simple fait qu'il partait d'une position de faiblesse. La stabilité des intentions exprimées jusqu'à maintenant constitue la preuve répétée que les manchettes émeuvent surtout les militants et les journalistes, mais ne durent essentiellement que le temps d'une manchette. Et puisqu'elles vont dans toutes les directions à la fois, elles ne permettent en rien de créer une tendance.
 
8 mars 2007
 
  

Quand la question nationale domine
Le cas du premier ministre sortant est le plus patent. Selon M. Boisclair, M. Charest s'est brûlé les doigts sur la question de l'intégrité territoriale du Québec advenant l'indépendance. Avec ses menaces de la fin des transferts fédéraux au lendemain d'une éventuelle victoire péquiste, ce serait la deuxième fois que le premier ministre sortant se trompe sur cette question essentielle. Or, le chef libéral sait très bien que sa meilleure arme, la souveraineté, se trouve dans l'arsenal du PQ; c'est avec celle-là qu'il a gagné le débat et l'élection de 2003. Il serait très étonnant qu'il abandonne une recette éprouvée. Même qu'à Québec, mercredi, il a invité les journalistes à soulever quotidiennement ce qui est selon lui le principal enjeu du scrutin du 26 mars : « s'embarquer encore dans toutes ces affaires ou faire autre chose ». 
 
André Boisclair aussi a tout intérêt à beaucoup insister sur la démarche vers l'accession à la souveraineté. C'est son seul espoir de rallier les souverainistes, beaucoup plus nombreux que les péquistes. En 2003, son prédécesseur Bernard Landry martelait qu'il menait une campagne électorale et non référendaire : des centaines de milliers de personnes ont déserté le PQ le jour du vote et les Libéraux sont passés de l'opposition officielle à gouvernement fortement majoritaire en augmentant à peine leur nombre de voix. M. Boisclair et son entourage s'en souviennent et vont continuer d'afficher ouvertement leur option fondamentale. 
 
Mario Dumont, lui, parie que sa position ni fédéraliste ni souverainiste suscitera des appuis chez ceux, nombreux, qui, comme lui, sont ni l'un ni l'autre et les deux à la fois. Être fermement assis entre deux chaises lui permet d'attaquer les deux autres bien campés sur leurs positions constitutionnelles : c'est une position trop confortable pour qu'il la change. 
 
Plusieurs voudraient que d'autres enjeux soient être abordés, surtout dans les points de presse où des journalistes ne se concentreraient que sur ce qui fait de gros titres. Soit, mais la « question nationale » transcende les autres. À preuve, le PLQ a son aile plus progressiste, mais libérale parce que fédéraliste; le PQ attire aussi des plus conservateurs, mais péquistes parce que souverainistes. Ce sera encore le cas le 27 mars. 
 
 
 
 
7 mars 2007
 
  

Le ronronnement de la campagne de Jean Charest est terminé
Mais, bien souvent par sa propre faute, M. Charest s'est retrouvé ces derniers jours sur la défensive. La candidate libérale dans Pontiac déclare maladroitement que « tout le monde n'a pas besoin d'un médecin de famille ». C'est certes un manque de finesse de la part de la secrétaire parlementaire du ministre de la Santé, mais c'est plus la réaction embourbée de M. Charest qui a mal paru. 
 
Plus ennuyeuse pour les libéraux, la charge de leur chef contre le crypto-séparatisme du chef de l'Action démocratique qui a voté oui au référendum sur la souveraineté québécoise en 1995. Réponse cinglante de Mario Dumont : « c'est aussi le cas de la présidente de la campagne du PLQ, Line Beauchamp, comme d'ailleurs de 60 % des francophones. » Plutôt ratée comme attaque! 
 
Puis, mal informé ou intentionnellement, le chef du Parti libéral du Québec a affirmé que « le parti de Mario Dumont est opposé au registre canadien des armes à feu ». Embarrassé de se faire rappeler qu'il avait fait campagne contre ledit registre quand il dirigeait le Parti progressiste-conservateur du Canada, M. Charest a attribué sa conversion au registre à la tuerie du Collège Dawson à Montréal l'automne dernier. Comme s'il y avait eu là une preuve que l'enregistrement des armes est utile. 
 
Autre faux pas du politicien pourtant aguerri : le candidat de 2003 qui invitait les Québécois à le juger sur l'achalandage des salles d'urgence n'a pas trouvé mieux que d'invoquer cette semaine une demande qui augmente avec le vieillissement de la population pour expliquer le triste bilan en la matière. Comme si cela avait été imprévisible quand M. Charest a pris ses engagements formels il y a quatre ans. 
 
Enfin, l'essentielle question du développement des régions constitue le dernier sable mouvant sur le chemin libéral. M. Charest s'en prend aux propositions de M. Dumont de remettre une partie des redevances tirées des ressources naturelles aux régions, un engagement écrit en toutes lettres dans le programme libéral de 2003. Quatre ans plus tard, M. Charest justifie le manquement à son engagement en expliquant que les revenus des ressources, particulièrement forestières, sont trop aléatoires pour assurer un financement stable. C'était aussi le cas quand les libéraux ont fait leur promesse maintenant reniée. 
 
C'est parce que c'est plus confortable pour lui qu'à moins de trois semaines du vote M. Charest parle beaucoup de souveraineté ces jours-ci. 
 
 
 
2 mars 2007
 
  

Des sondages et de la loi de la moyenne
Un sondage, c'est une photo et trois sondages en une semaine, cela constitue le début d'un film. À ce moment-ci, le scénario montre des gains de l'ADQ dans certaines régions mais, fondamentalement, les opinions exprimées cette semaine n'ont pas évolué depuis la dernière. En termes de mouvement, des hausses ou des baisses d'un point ne sont pas significatives. 
 
Il est inutile d'essayer de prévoir les résultats du 26 mars prochain, mieux vaut chercher pourquoi de tels résultats. 
 
Un appui de 36 % au PLQ signifie qu'une très grande majorité ne croit pas au bilan positif dont se vante M. Charest. D'ailleurs, ces données concordent tout à fait avec un bas taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement sortant et cela explique pourquoi les principaux gains présumés de Mario Dumont se font surtout ux dépens des Libéraux. 
 
Avec 29 % des intentions de vote exprimées cette semaine, il est clair que le PQ a des problème de chef. Il y a 45% d'appui à la souveraineté au Québec et le parti d'André Boisclair est le seul véhicule qui puisse y conduire. Or, il ne recueille même pas ces adhésions naturelles. De plus, M. Boisclair se classe personnellement troisième même dans les régions où son parti arrive premier. 
 
Du côté de l'ADQ, la plate-forme propose «des solutions pleines de bon sens». À ce moment-ci, le quart des Québécois sondés pensent que c'est vrai. Il faut par ailleurs tenir compte de deux inconnues qui peuvent changer la donne. La première relève de la fermeté des 11 % d'intentions affirmées à l'endroit de Québec solidaire et du Parti Vert.  
 
Souvent, de telles allégeances à des tiers partis ont été plus solides entre les élections qu'au jour du scrutin. L'autre, plus importante, est exceptionnelle, selon Léger Marketing: près de la moitié des 3101 personnes sondées se sont dites prêtes à changer d'idée et, peut-être source d'inquiétude pour M. Dumont, c'est plus de la moitié qui vacille dans l'électorat qui s'est prononcé cette semaine en faveur de son parti. 
 
Sans compter que la campagne ne fait que commencer et que l'intérêt restera tiède d'ici le débat à Québec le 13 mars prochain. Les derniers jours ont été faciles pour Mario Dumont et difficiles pour ses adversaires: Jean Charest a dû admettre qu'en santé et qu'à l'endroit des régions, il n'a pas rempli ses engagements de 2003. André Boisclair, lui, a été éprouvé par des attaques homophobes, et l'obligation d'y répondre. La loi de la moyenne veut que les difficultés rejoignent bientôt le chef adéquiste.
 
28 février 2007
 
  

Première semaine de campagne
Pour, le reste, pas de surprises : les chefs des trois principaux partis ont dressé la liste des éléments déjà connus de leur programme et passé plus de temps à attaquer les propositions de leurs adversaires qu'à expliquer les leurs. 
 
Comme d'habitude dans cette société distincte, la « question nationale » a occupé le plus de place. La meilleure arme de M. Charest se trouve dans l'arsenal de M. Boisclair : un référendum sur la souveraineté du Québec. Étant donné le faible taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement sortant, le chef libéral a plus d'intérêt à montrer l'épouvantail de la séparation que son bilan. Mais il ne remportera pas de prix pour la clarté de ses propos. Lundi, il lui a fallu plusieurs tentatives avant de se limiter aux faits, à savoir que si le Québec devient un pays, il ne recevra plus d'argent du pays voisin. Voilà qui est évident, mais au début de ses tirades en la matière, le premier ministre sortant brandissait les effets dévastateurs d'une simple victoire électorale du PQ. M. Charest possède une très grande expérience politique et d'immenses talents oratoires; il est difficile de croire qu'il n'est pas capable de dire ce qu'il veut dire. 
 
D'un autre côté, le chef péquiste n'est pas sans reproches. Il est vrai que tant que les Québécois paient des impôts à Ottawa, ils en recevront des services et des programmes. Mais la péréquation, ce n'est pas l'argent des Québécois, c'est l'équivalent d'une subvention des provinces riches aux provinces pauvres du Canada, une subvention qui se terminerait avec le lien fédéral. Ce n'est pas seulement par engagement fondamental que M. Boisclair joue à fond la carte de la souveraineté. Il sait qu'à environ 45 %, l'appui à la souveraineté est plus grand que celui à son parti et encore plus grand que sa cote personnelle. Des dizaines de milliers de souverainistes sont restés chez eux le 14 avril 2003; le PQ aura besoin d'eux le 26 mars prochain. 
 
Mario Dumont, lui, est le mieux placé dans le débat constitutionnel en ce qu'il est, comme la majorité, résolument assis entre deux chaises. Et, dans une de ses formules-chocs dont il a le talent (« ceux qui ne sont pas dans l'aquarium ne voient que les bulles »), le chef adéquiste reflète un autre sentiment très largement répandu : la question nationale n'est pas le principal enjeu de la campagne. 
 
Mais comme c'est le premier argument des chefs des deux principaux partis politiques du Québec, c'est celui qui sera martelé tout au long de la campagne qui entreprend aujourd'hui sa deuxième semaine. 
 
24 février 2007
 
  

Des plateformes et des cultures
En ce début de campagne électorale, les deux principaux partis politiques du Québec montrent, encore une fois, d'immenses différences de culture.  
 
L'illustration la plus percutante provient des lancements respectifs des plate-formes ces deux derniers samedis. 
 
Sans mordre à l'appât d'une mise en scène bien rodée comme celle des Libéraux avant le déclenchement des élections, le fait est qu'au-delà du nombre de personnes et de décibels, les perceptions comptent en politique. Or les deux événements ont fait entendre des pouls qui ne battent pas à la même vitesse et qui ne réagissent pas aux mêmes stimulants.  
 
Les 2500 Libéraux réunis à Québec étaient survoltés à l'idée de la bataille électorale alors attendue, chacun jouant son rôle dans un grand ballet de séduction. Les 1000 Péquistes présents à Laval, eux, ont surtout frémi à chacune des nombreuses mentions de souveraineté et ont studieusement suivi leur cours de formation électorale. 
 
Une question d'âge 
 
Autre différence frappante, démographique celle-là : l'âge apparent des délégués péquistes est plus grand que celui du parti fondé en 1968 pendant que, dans le parti gouvernemental, les statuts exigent que le tiers des délégués soient âgés de moins de trente ans.  
 
Aussi, et les dirigeants du parti de M. Charest aiment le marteler, il y a 44 femmes parmi ses 125 candidats; c'est quelques-unes de plus que chez son principal adversaire. Tous ces jeunes mis à contribution à Québec et toutes ces femmes entourant le chef pour son discours télévisé sont autant de symboles qui contribuent à l'image d'un parti capable de s'adapter aux nouvelles réalités. Il y a beaucoup de marketing là-dedans mais il y a aussi passablement de vérité. 
 
Même si M. Charest est le plus aguerri des deux chefs, ce n'est pas grâce à lui que çà tourne rondement dans son parti; et ce n'est pas parce que M. Boisclair n'a pas fait ses preuves comme chef en campagne que cela roule plus carré dans le sien. Les Libéraux laissent traditionnellement plus de marge de manoeuvre à leur leader vers le but ultime de la victoire, alors que la majorité des Péquistes considère plus important de débattre de ce que devrait faire un gouvernement issu de ses rangs, quitte à semer des embûches sur le chemin du grand soir.  
 
Mais, imminence électorale oblige, les militants du PQ ont cette fois suivi les admonestations servies par leur ancien chef et ont adopté dans une irréelle unanimité la plate-forme de leur parti. Comme l'a dit Jacques Parizeau jeudi, ils pourront toujours recommencer à se chicaner au lendemain de l'élection.
 
22 février 2007
 
  

Quelles priorités pour le prochain gouvernement?
Les partis politiques québécois diffèrent évidemment sur les solutions à apporter à tel ou tel problème. Ils ne s'entendent pas plus sur ce qui doit constituer la priorité du gouvernement qui sera élu le 26 mars prochain. 
 
Les Québécois, eux, veulent que le prochain gouvernement s'occupe en priorité des soins de santé. Le Parti Libéral du Québec déclare d'emblée que « le premier devoir du gouvernement est la saine gestion des fonds publics ». Se disant par ailleurs à l'écoute de la population, il identifie la santé comme sa plus grande priorité et il accuse le Parti Québécois d'avoir une tout autre priorité : « l'obsession de la séparation ». 
 
Au Parti Québécois d'André Boisclair, l'éducation est en haut de la liste des priorités. Le point de mire est sur les droits de scolarité que Libéraux et Adéquistes veulent augmenter alors que les Péquistes veulent que se prolonge le gel instauré en 1994 « parce que jamais notre parti ne taxera l'intelligence ». Plus généralement, la tenue d'un référendum sur la souveraineté constitue encore la principale priorité du PQ. 
 
L'Action Démocratique du Québec de Mario Dumont ne donne pas de rang à ses priorités. Mais, en promettant une allocation hebdomadaire de $100 par enfant d'âge pré-scolaire, le parti de Mario Dumont veut dénoncer le « quasi-monopole d'État en matière de garde ». Il s'agit là de l'illustration de l'option fondamentale du parti en opposition à l'intervention du gouvernement. 
 
Deux autres partis, Québec Solidaire et le Parti vert, envisagent présenter des candidats dans chacune des 125 circonscriptions. Le premier se définit comme « progressiste, écologiste, féministe et souverainiste ». Le nom du deuxième montre sa seule priorité. 
 
Au-delà des programmes, la confiance... 
 
Donc, et les options et les priorités varient. Par ailleurs, au-delà des programmes, plate-formes et promesses, le réel enjeu du scrutin est, comme d'habitude, la confiance de la population envers un parti et, surtout, son chef. L'orientation générale, le ton, la perception et, oui, l'image sont ce qui détermine le choix de l'électorat. 
 
En ce début de campagne, et malgré un taux de satisfaction dangereusement bas pour lui à 40%, le PLQ part avec une longueur d'avance. Il profite d'un chef redoutable en campagne et d'une organisation inégalée. Sans compter l'aide probable qui lui viendra du budget fédéral du 19 mars prochain, à six jours de l'élection québécoise. Jusqu'ici, le chef du PQ a dû consacrer beaucoup d'énergies à faire l'unité derrière lui et André Boisclair n'a pas encore prouvé qu'il peut mener à bien la lutte qui s'engage. Quant à Mario Dumont, le vétéran, il entreprend sa cinquième campagne électorale comme chef avec aussi peu d'organisation que lors des précédentes. Québec Solidaire et le Parti Vert, pour leur part, ont peu de chances de faire élire des députés à l'Assemblée nationale. Ce qu'il faudra surveiller, c'est à quel parti ils raviront le plus de votes.

 

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