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PIERRE DUCHESNE
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Un déculottage politique pour les vieux partis
Toute la classe politique et les spécialistes de l’opinion publique, y compris les journalistes, n’avaient pas prévu un tel éclatement de la carte électorale. Hier soir, ce sont les vieux partis qui ont été déculottés. Mario Dumont a assommé ses deux adversaires. Autant Jean Charest qu’André Boisclair prendront quelques jours pour s’en remettre.
Il faudra d'ailleurs voir comment leur leadership en sera affecté. Ce sera plus difficile pour André Boisclair... 
 
 
Quand on essaie de faire croire à toute une population que la situation s'est améliorée dans le domaine de la santé alors que tous attendent des heures et des heures à l'urgence, on s'attire des résultats comme ceux d'hier. 
 
 
Le populisme et la pensée de droite, conservatrice, sont les grands gagnants de cette soirée historique. Mario Dumont a su incarner la colère des électeurs et la révolte de certaines régions. Il faudra maintenant observer comment le Québec se mettra en marche. Des fissures apparaissent dans le paysage politique. D'abord la faible représentativité du Parti libéral hors des îles de Montréal et Laval est inquiétante. Avec quelle proportion du vote francophone le PLQ dirige-t-il un gouvernement minoritaire?  
 
 
Affaibli par la montée de l'ADQ, le Parti québécois disparaît des régions de Chaudière-Appalaches, du Centre-du-Québec et de la Mauricie. Par contre, l'Abitibi-Témiscamingue et le Saguenay-Lac-Saint-Jean redeviennent des royaumes entièrement péquistes.  
 
 
La croissance phénoménale de l'ADQ a plus que déculotté, elle a décoiffé nombre de députés péquistes et libéraux (4 ministres libéraux ont été défaits). Le parti de Mario Dumont a envahi la couronne nord de Montréal (Laurentides-Lanaudière), des terres autrefois péquistes. Si le péquiste François Legault a sauvé son siège, Richard Legendre. Lui, est tombé au champ d'honneur. L'ADQ a aussi fait bonne figure, de l'autre côté, sur la Rive-Sud du fleuve. 
 
 
Mario Dumont va maintenant devoir composer avec une froide réalité, celle d'exercer un certain pouvoir, celui d'être chef de l'opposition officielle, et de composer avec une équipe composée de 40 députés! Il ne pourra plus jouer la victime ni être tenté par une approche démagogique... Les Québécois ne le lui pardonneraient pas. Il se devra d'être rassembleur. 
 
 
Pierre Duchesne 
VOIR AUSSI
 
25 mars 2007
 
  

Le chiffre magique = 63
La mise en place d'un tel gouvernement place le nouveau premier ministre dans une situation inédite et délicate. Celui-ci doit nécessairement composer, chaque fois qu'il présente une loi en chambre, avec l'appui de ses adversaires pour faire passer sa législation. S'il perd trop de votes, le gouvernement tombe et une autre élection est déclenchée. 
 
Le soir du match électoral, il faudra donc surveiller le nombre de sièges que les partis prendront. Pour devenir majoritaire, une formation politique doit atteindre le chiffre magique de 63. Avec 63 députés, tout en confiant la présidence de la Chambre à l'opposition, un parti politique exerce le pouvoir de façon majoritaire. En deçà de ce chiffre, nous sommes en territoire minoritaire. Il peut y avoir alliance ou non entre les partis. 
 
Mais malgré tous les instruments de mesure que nous possédons (sondages, groupes témoins, résultats des élections antérieures, modèles mathématiques, etc.), les pronostics fiables sont difficiles à établir. Le résultat final de cette élection demeure imprévisible en raison des chaudes batailles qui se dérouleront toute la soirée, dans une trentaine de circonscriptions. Du jamais vu!! 
 
Lundi soir, les régions se feront entendre. Si, dans la métropole, à Montréal, le statut quo électoral pourrait perdurer, dans plusieurs régions du Québec (Capitale nationale, Chaudière-Appalaches, Mauricie, Centre du Québec, Saguenay-Lac-St-Jean, Abitibi-Témiscamingue...), des changements importants pourraient survenir. L'insatisfaction à l'égard du gouvernement en place pourrait faire mal à Jean Charest et déstabiliser le Parti québécois. Mario Dumont pourrait en profiter. 
 
Reste maintenant à voir si la colère des électeurs se rendra jusque dans l'urne le jour de l'élection. Au moment de voter, l'électeur en colère fera-t-il appel à sa raison et choisira-t-il plutôt de reconduire ce gouvernement? Les insatisfaits iront-ils voter? Décidément, le soir de l'élection, c'est la démocratie et la nation qui donneront le meilleur des spectacles. 
 
Allez voter! Plus que jamais, chaque vote compte. 
 
22 mars 2007
 
  

La colère des électeurs
À quelques jours du vote, la colère des électeurs risque de faire éclater le paysage politique québécois en trois morceaux. Il sortira des urnes, ce lundi 26 mars, un Parti libéral et un Parti québécois vraisemblablement affaiblis. L'ADQ prendra enfin sa place à l'Assemblée nationale. Mario Dumont ne pourra plus jouer les victimes. Son populisme qui cherche à profiter de la montée de lait des Québécois donnera des résultats et plusieurs sièges de députés.  
 
 
Mais le cynisme aura-t-il été atténué par cette campagne? On peut en douter. Le dernier geste de Jean Charest, promettant à la dernière minute une baisse d'impôt avec l'argent d'Ottawa aura probablement fait grimacer bien des gens. Oui à une baisse d'impôt, mais pas conditionnelle à un vote libéral... 
 
 
Autre geste alimentant le cynisme : le Parti québécois qui, pendant des années, fait du déséquilibre fiscal un nouvel argument pour aller vers la souveraineté. Or, quand le fédéral s'y attaque de façon notable, André Boisclair dira que c'est avec cet argent qu'il fera la souveraineté... Cela étant dit, le budget fédéral à une semaine des élections provinciales était aussi une opération politique visant à faire élire Jean Charest. Encore des sommes d'argent conditionnel à un vote... 
 
Et puis il y a l'ADQ. Mario Dumont, qui se positionne comme celui qui va harnacher toute cette colère et garantir aux Québécois « une nouvelle phase de changement ». Celui qui parle vrai et de façon simple, dit-on. Celui qui se dit gratteux, qui veut réduire la taille de l'État et retourner chaque année 25 000 assistés sociaux au travail. Si c'était aussi simple... À trop dépeindre ses adversaires comme des menteurs ne se souciant pas du vrai monde, Mario Dumont se positionne comme le détenteur d'une nouvelle vérité auprès de certains groupes sociaux. Au delà de la colère de l'électorat, un chef politique sait qu'il doit diriger, rassembler et réunir. Que le meilleur gagne! 
 
Pierre Duchesne 
 
20 mars 2007
 
  

Budget fédéral : les affiches étaient prêtes...
Alors que la bataille des chiffres sévissait quelques minutes seulement après le discours du ministre des Finances du Canada, on apprenait que déjà, les nouvelles affiches électorales du Parti libéral du Québec étaient imprimées et prêtes à être installées. Jean Charest savait déjà que ce budget lui servirait d'arme électorale : ses affiches allaient le dire à tous les électeurs.  
 
La veille, la présence du sénateur conservateur Michael Fortier - un non-élu en passant - paradant avec Jean Charest lors du défilé de la Saint-Patrick, nous avait également donné des indications sur la manoeuvre électorale à venir. Ne t'en fais pas Jean, tu auras une belle journée demain, jour de budget, disait en substance le sénateur conservateur à un Jean Charest souriant, ex-chef du Parti conservateur il y a dix ans.  
 
Comme on peut le constater, un budget, c'est un exercice financier qui peut parfois se transformer en une opération politique d'envergure. 
 
Cela dit, pendant que Jean Charest triomphait, André Boisclair était obligé de reconnaître que ce budget amenait beaucoup d'argent dans les coffres du Québec. Qu'à cela ne tienne, a-t-il dit, nous ramasserons l'argent sur la table si nous sommes élus et nous serons mieux placés pour faire la souveraineté par la suite . N'empêche... il était étonnant de voir que le seul parti à Ottawa qui appuyait le budget conservateur de Stephen Harper, c'était un parti souverainiste, soit le Bloc québécois. Ni le Parti libéral du Canada, ni le NPD, deux partis fédéralistes, n'ont voulu de ce budget.  
 
Mario Dumont veut aussi s'attribuer le mérite de ces milliards tombant sur le Québec. C'est Harper qui a donné tout cet argent aux Québécois, clamait-t-il, ce n'est pas Jean Charest. Il a aussi précisé qu'André Boisclair s'est trouvé avec « les culottes aux genoux » parce que Stephen Harper prouve que le fédéralisme d'ouverture fonctionne. Dans quelques heures, ce sera toutefois à Mario Dumont de mettre ses culottes et de présenter ses propres chiffres. À six jours de l'élection, le chef de l'ADQ laisse bien peu de temps aux Québécois pour analyser son cadre financier qu'il présentera enfin. 
 
Tout ces chiffres influenceront-ils la campagne en cours? Jean Charest pourra-t-il profiter politiquement de ce budget? Aux Québécois de juger.  
 
16 mars 2007
 
  

Triple égalité en tête : Du jamais vu!!
Ces résultats devraient permettre à la population de bien saisir l'importance de leur vote. Dans un match aussi serré, la participation d'un seul individu le jour du vote peut être déterminante. Souhaitons que cette situation inédite et fort excitante amène plus de Québécois à voter afin d'augmenter le taux de participation, qui a tendance à diminuer depuis quelques années. 
 
 
Pour le Parti libéral du Québec actuellement au pouvoir, ces chiffres sont terriblement inquiétants. Alors que la tradition québécoise veut qu'un parti puisse normalement exercer le pouvoir pendant deux mandats, Jean Charest et son équipe font face à une double opposition qui pourrait faire perdre la direction du gouvernement aux libéraux après seulement quatre ans. On a beaucoup dit que la campagne libérale et la performance de son chef semblaient ternes. À dix jours du scrutin, on doit s'interroger plus que jamais sur la stratégie de cette solide machine politique. Doté de moyens démesurés en termes financiers par rapport au PQ et à l'ADQ, le Parti libéral du Québec semble être incapable de se rapprocher des Québécois et de répondre à leurs besoins. 
 
Celui qui ne cesse de prendre du galon, Mario Dumont, va maintenant constater que le regard de la population à son endroit va changer. La possibilité de voir l'ADQ gouverner le Québec est dorénavant envisageable. Aujourd'hui, plus qu'hier, les questions sur son équipe, son cadre financier et son programme politique prennent de l'importance et sont plus que pertinentes. Les Québécois ont souvent l'habitude de bouger tous ensemble dans une même direction et parfois très rapidement. Si la montée adéquiste continuait, Mario Dumont deviendrait à 36 ans l'un des plus jeunes premiers ministres du Québec, aux côtés de Robert Bourassa qui avait également pris le pouvoir à 36 ans; c'était en 1970. La prudence est toutefois de mise, nous n'en sommes pas encore là. L'ADQ doit encore faire des gains, et 36 % des Québécois peuvent changer d'idée d'ici le 26 mars et retourner vers les deux grands partis. 
 
André Boisclair, qui a démontré depuis le début de cette campagne une certaine endurance et une tolérance surprenante à l'égard de la pression, pourra peut-être utiliser ces armes dans le dernier droit de cette course. Celui qui a réussi à stabiliser son vote, évitant ainsi au Parti québécois une descente aux enfers, doit maintenant amener vers lui plus de Québécois. S'il peut convaincre une grande majorité de souverainistes de voter pour le PQ, il pourrait surprendre. Par contre, s'il est incapable de prendre sa place, Mario Dumont prendra rapidement la sienne comme chef de l'opposition.  
 
Décidément, tout est possible! 
 
 
Pierre Duchesne, 16 mars 2007 
 
 
14 mars 2007
 
  

L’attaquant gagne toujours
En politique, en tout temps, la meilleure défensive c'est l'attaque, et lors de ce débat, Jean Charest, qui est à son meilleur lorsqu'il se place à l'offensive, a trop attendu avant de porter des coups, trop occupé à défendre son bilan et à donner l'impression qu'il avait la situation bien en main.  
 
André Boisclair, par contre, a su attaquer très tôt Jean Charest sur son bilan de santé. Dressant une lancinante liste du taux d'engorgement des urgences, il a demandé à Jean Charest de s'expliquer alors que le chef libéral avait promis en 2003 « d'éliminer l'attente ». André Boisclair a même indiqué que les patients de l'hôpital de la circonscription de Jean Charest attendaient plus longtemps aujourd'hui qu'au moment de l'arrivée des libéraux au pouvoir. 
 
Mario Dumont, de son côté, a sorti de sa poche un document laissant croire que des fonctionnaires du ministère des Transport avaient cherché à alerter leur patron sur le triste état du viaduc de Laval qui s'est effondré par la suite, causant la mort de 5 personnes. Bien qu'il soit impossible pour l'instant de mesurer avec précision la valeur réelle de ce document, le fait de présenter ce papier devant Jean Charest l'a déstabilisé. La stratégie est audacieuse, sera-t-elle payante? Une chose est certaine, Jean Charest est mal placé pour dénoncer cette approche alors qu'il avait lui même utilisé une telle tactique lors du précédant débat en 2003. Jean Charest avait brandi un article sur Jacques Parizeau cité hors contexte pour ébranler Bernard Landry. Cela avait fonctionné. 
 
Mario Dumont semble profiter d'un courant de sympathie auprès d'une bonne partie du public. Cette bienveillance proviendrait de son jeune âge et serait aussi alimentée par son style direct et populiste. Le fait qu'il n'a jamais été au pouvoir, donnant ainsi l'impression à plusieurs qu'il n'a pas été « contaminé » par la gestion des affaires de l'État, semble également jouer en sa faveur pour l'instant. Toutefois, André Boisclair - encore lui - a réussi à le faire mal paraître lors du débat. Le chef du Parti québécois a insisté pour que Mario Dumont fasse part de son évaluation de la « marge de manoeuvre financière du gouvernement », c'est-à-dire de combien de centaines de millions le gouvernement dispose, après le bilan des revenus et des dépenses prévus. Mario Dumont, refusant encore de rendre public son cadre financier, a été incapable de répondre à la question.  
 
Quel impact aura ce débat? Le public décidera, mais on savait déjà que le Parti libéral, toujours en première place dans les intentions de vote, est incapable de se distancier de ses deux autres adversaires péquiste et adéquiste qui le suivent de trop près. La performance de Jean Charest à ce débat ne permet pas d'écarter la possibilité d'un gouvernement minoritaire, ce qui en soi, est inquiétant du point de vue libéral. Il reste 12 jours... 
 
7 mars 2007
 
  

Quand Jean Charest sort de son plan de campagne
Fédéraliste, et fier de l'être, le chef libéral a d'abord déclaré que le Québec était divisible s'il s'engageait vers la souveraineté. Il reprenait en quelque sorte la position de Pierre Elliott Trudeau qui affirmait, lors du référendum de 1980: « Si le Canada est divisible, le Québec l'est aussi. » Puis, Jean Charest est revenu sur ses propos le jour même, en publiant un communiqué dans lequel il déclarait que le territoire du Québec est indivisible. Il annulait toutefois la force de cette déclaration en ajoutant « qu'au lendemain d'une hypothétique séparation du Québec », la probabilité que la question de la partition soit soulevée ne pouvait être exclue.  
 
En tant que fédéraliste, Jean Charest joue franc, mais joue dangereusement. S'il reste sur sa position, il sera le premier parmi les premiers ministres du Québec à ne pas se porter sans ambiguïté à la défense de l'intégrité du territoire. Avant lui, les libéraux Robert Bourassa, puis Daniel Johnson, comme chefs de gouvernement à l'Assemblée nationale, ont reconnu et défendu le territoire québécois, s'opposant au morcellement du Québec.  
 
Sa position a aussi pour effet de réveiller les nationalistes. André Boisclair en a bien besoin. Mario Dumont l'a aussi bien compris en s'empressant de dénoncer le comportement de Jean Charest. Le premier ministre, a-t-il précisé, se doit d'être « le premier gardien de notre territoire national, de nos pouvoirs et de notre identité. Jean Charest a commis une erreur par rapport à ses plus hautes responsabilités ». Voulant incarner le grand leader nationaliste, il a rappelé que Jean Charest a manqué à « son devoir suprême devant tout le peuple ». 
 
En laissant planer le fantôme de la partition, Jean Charest recevra sûrement l'appui des fédéralistes convaincus et de ceux qui craignent l'instabilité politique, mais il risque aussi de mobiliser une bonne partie de l'électorat nationaliste qui, sans cette controverse, ne serait peut-être pas allée voter.  
 
Jean Charest espère sûrement pouvoir retourner à son plan de campagne au plus tôt. 
 
5 mars 2007
 
  

Mario Dumont: des chiffres et des hommes
Il ne se comporte donc pas comme celui qui deviendra premier ministre, cette attitude présomptueuse lui avait fait du tort en 2003. Mais bien qu'il vise à être avant tout reconnu officiellement comme un parti à l'Assemblée nationale en recueillant 20 % des suffrages ou 12 députés, cet homme de devoir a des engagements à prendre devant l'électorat. Il doit offrir aux Québécois son programme et ses politiques. Il a l'obligation de les expliquer et de les chiffrer. 
 
Voilà près de deux semaines que la campagne est déclenchée et l'ADQ n'a toujours pas présenté de cadre financier. Le PLQ l'a fait, de même que le PQ. Même Québec solidaire, pourtant un tiers parti qui ne prendra pas le pouvoir, a fait preuve de courage en présentant la colonne des revenus et dépenses des 1000 jours d'un « gouvernement solidaire ». L'ADQ promet cependant de déposer ses chiffres après le budget fédéral de Stephen Harper, le 19 mars prochain. Il ne restera alors qu'une semaine avant le scrutin.  
 
Voilà quelques jours, Mario Dumont accusait Jean Charest de « Charestisme », en rappelant que le chef libéral attendait béatement les milliards du fédéral et accrochait en quelque sorte sa charrette derrière Stephen Harper. En attendant le budget fédéral pour déposer ses chiffres, le chef de l'ADQ semble faire ce qu'il reproche à Jean Charest. Mario Dumont embarquera-t-il donc dans la même charrette que Jean Charest? 
 
Présenter un état financier de ses promesses demeure un outil incontournable en campagne électorale. Ce document n'explique pas tout et ne met pas fin au débat, mais il permet aux électeurs de discipliner un peu plus les politiciens et les partis politiques, trop tentés en campagne électorale de se transformer en père Noël ou en bonhomme sept heures. 
 
Bien que son parti n'aspire pas à former le prochain gouvernement, ce n'est pas non plus une raison pour ne pas rassembler une solide équipe de candidats sous la bannière de l'ADQ. Or, la brochette de candidats adéquistes semblent de qualité fort inégale. Certains commencent à faire parler d'eux, mais pour de mauvaises raisons. À trop évoquer la fragilité du leadership d'André Boisclair, peut-être a-t-on oublié de poser la question suivante à Mario Dumont : comment se fait-il, qu'après 13 années à diriger le même parti, on cherche encore l'équipe de Mario Dumont? Un leader ne doit-il pas avoir la capacité d'attirer autour de lui des hommes et des femmes de talent?  
 
27 février 2007
 
  

Le chèque de M. Harper
Annoncer que le budget fédéral sera déposé une semaine avant la tenue du scrutin provincial en amène plusieurs à parler d'une intervention dans le processus électoral. Si Stephen Harper répète que ce n'est pas son intention, on sent bien, à son large sourire, qu'il espère donner un coup de pouce à son ami Jean Charest.  
 
Mario Dumont, qui compte pourtant beaucoup d'amis chez les conservateurs, n'apprécie pas la manoeuvre. Si jamais les milliards tombent sur le Québec, il faudra que « le mérite revienne au bon gars », dit-il. Le chef de l'ADQ préfère effectivement remercier le signataire du chèque qu'est Stephen Harper et critiquer celui qui le reçoit, soit son adversaire Jean Charest. Le fameux « chèque » pourrait dépasser les deux milliards de dollars. 
 
Jean Charest, de son côté, laisse entendre que le chèque pourrait ne pas être totalement versé au Québec si un gouvernement souverainiste remportait les élections. Questionné par des journalistes à ce sujet, le matin du 26 février, ce n'est qu'à la sixième question que le chef libéral a finalement concédé, mollement, que le lendemain de l'élection, « les choses continuent comme la veille ». Il s'est toutefois empressé de dire que cet argent ne serait plus versé lors du référendum péquiste sur la souveraineté. C'est un peu comme si le chef libéral indiquait à son électorat que c'est en votant pour un parti fédéraliste que l'on reçoit tout l'argent du fédéral. Votez PQ et vous n'en aurez pas pour votre argent. 
 
André Boisclair n'a pas pris de temps à réagir. Il a dénoncé ce chantage et a expliqué que l'argent d'Ottawa n'est pas un cadeau de Stephen Harper destiné à Jean Charest. Ces milliards, a-t-il ajouté, proviennent de la poche des Québécois qui ont payé leurs dus à Ottawa, sous forme d'impôts.  
 
À la Chambre des communes, le Bloc québécois a posé la question suivante au ministre des Finances du Canada: En prévision de votre budget, avez-vous préparé deux scénarios, l'un en cas de victoire libérale et l'autre en cas de victoire péquiste? Le ministre Flaherty a finalement répondu non. Heureusement, parce que si c'était le cas, et que cela se savait, la dernière semaine de la campagne prendrait une tout autre tournure. Les contours de la silhouette fédérale apparaîtraient alors de façon plus évidente, avec un impact favorable plus difficile à prévoir pour le parti de Jean Charest. 
 
22 février 2007
 
  

L’audace de Jean Charest?
« Nous sommes fiers de notre bilan. Nous avons fait ce que nous avons dit », clamait samedi dernier le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, lors du Conseil général du Parti libéral, devenu pour l'occasion un grand spectacle pré-électoral. Si les militants applaudissent à tout rompre leur ministre, il faudra voir comment les électeurs évalueront cette dernière affirmation. 
 
À quelques heures d'une nouvelle joute électorale, l'audace de Jean Charest consiste à dire aux électeurs : « J'avais promis une baisse d'impôt de 5 milliards dans le premier mandat, je n'y suis pas arrivé. J'avais promis de réduire les listes d'attente, il nous faut encore travailler là-dessus. Je vous demande donc un deuxième mandat pour réussir. Faites-moi confiance. » 
 
Quant au bilan plus complet de ces quatre années libérales au pouvoir, certains parleront abondamment de la position pro-Kyoto de ce gouvernement, une attitude que l'électorat salue. Sur le plan économique, il y a bien sûr le taux de chômage qui diminue et la cote de crédit du Québec qui prend du galon, mais pour deux bonnes nouvelles économiques, vous en trouverez deux mauvaises : la crise dans la forêt et la situation déplorable dans le monde de l'agriculture (l'industrie porcine, notamment). D'ailleurs, on peut se demander quelle influence réelle peut avoir un gouvernement élu sur la direction générale d'une économie mondialisée, dominée par de grandes transnationales qui comptent sur des revenus souvent supérieurs au PIB de bien des États.  
 
Dans le domaine de l'Éducation, il est vrai que les libéraux ont injecté plus d'argent que l'ancien gouvernement péquiste. N'empêche, les universités continuent à crier famine, victimes d'un sous-financement selon tous les recteurs consultés.  
 
À bien y penser, l'audace présumée de Jean Charest n'en est pas une. À part son engagement de mettre fin au gel des droits de scolarité qui pourrait donner lieu à quelques manifestations étudiantes dérangeantes pour lui, solliciter auprès des électeurs un deuxième mandat pour terminer l'ouvrage c'est faire appel à une vieille tradition au Québec. En effet, depuis quelques décennies, les électeurs ont souvent confié deux mandats à un même parti avant de le déloger. Jean Charest doit tout de même convaincre les Québécois, lui qui demeure le moins populaire des chefs politiques au Québec selon les derniers sondages.  

 

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