Promesses non tenues et accusations

André Boisclair

En matière de gestion de l'État et d'économie, d'entrée de jeu, M. Boisclair rappelle la promesse non tenue du gouvernement Charest de baisser les impôts. Il s'attarde aussi sur les 33 000 emplois perdus dans le domaine manufacturier.

Cette portion du débat a vu des accusations émerger, y compris au sujet du pont de la Concorde de Laval.

Jean Charest rejette en bloc les critiques de son adversaire. Il rappelle que son gouvernement a réduit de 5 % le personnel de la fonction publique, qu'il a adopté une stratégie énergétique qui crée des emplois et qu'il a mis en place un plan d'aide aux travailleurs forestiers.

M. Charest estime aussi que c'est sous son gouvernement que 180 000 emplois ont été créés et que l'innovation a été encouragée, ainsi que l'industrie manufacturière, qui est soulagée avec des crédits d'impôt.

Mario Dumont estime, lui, qu'il y a un réel problème de dette. Il s'est moqué des libéraux et des péquistes qui se gargarisent du déficit zéro. Le chef adéquiste accuse le gouvernement Charest d'avoir contribué à une augmentation de 11 milliards de dollars de la dette. « Ce n'est pas ça, gérer en bon père de famille », a-t-il lancé.

André Boisclair a écorché également la politique économique des libéraux qui conduit, selon lui, à un ralentissement économique. « Vous avez négligé les régions, vous n'avez rien fait pour empêcher la fermeture d'entreprises », a-t-il déclaré à l'endroit de M. Charest.

Celui-ci tente de se défendre en citant les investissements de son Cabinet, comme celui d'Alcan au Saguenay.

Il a été toutefois rapidement interrompu par M. Boisclair qui lui reproche de vouloir abolir la taxe sur le capital pour accorder 350 millions de dollars aux banques et aux compagnies d'assurances, alors que les systèmes de santé et d'éducation ont terriblement besoin d'argent

Le chef péquiste tente aussi de fustiger son adversaire libéral, qu'il accuse d'avoir découragé la compétitivité au Québec, faute d'environnement fiscal favorable.

Pour sa part, M. Charest critique M. Dumont de vouloir puiser dans les redevances sur les ressources naturelles et dans le fonds des générations pour investir dans les régions. Le chef adéquiste n'y voit pas de problème, puisque, dit-il, le fonds n'empêche pas la dette d'augmenter.

Moment intense

Moment fort de ce débat : Mario Dumont brandit une note qui émane selon lui du ministère des Transports et qui avertissait, une année plus tôt, que le pont de La Concorde de Laval présentait des fissures et qu'il risquait de s'effondrer.

« J'ai une note de service du ministère des Transports qui date de juin 2004. Le pont présente des problèmes au niveau de ses assises. Les dommages aperçus permettent de soupçonner l'existence d'un problème de désagrégation des assises. La présence de fissures semble tout aussi inquiétante. Un document que je pense que vous avez vu. On devait mettre ce pont sur une surveillance spéciale. Votre gouvernement avait été alerté qu'il y avait un problème. Vous avez caché cela aux Québécois quand le problème est survenu. » — Mario Dumont
Jean Charest et Mario Dumont

Il demande des comptes à Jean Charest, auquel il reproche de ne pas avoir agi en conséquence. M. Charest affirme n'avoir jamais pris connaissance de cette note et a invité M. Dumont à remettre ce document à la commission d'enquête créée pour faire la lumière sur cette tragédie. Un vif échange entre les deux s'en est suivi.

« Je n'ai jamais vu le document que vous sortez, je n'ai jamais été informé de cela, on a fait une commission d'enquête pour aller au fond de ces choses-là, si vous vous avez de l'information, donnez là au commissaire, et on va aller au fond de ces affaires là pour avoir la vérité. Mais sortir un lapin de son chapeau comme ça, vous savez très bien que dans un débat, ce n'est pas là qu'on va régler ça. » — Jean Charest

De son côté, André Boisclair a, à maintes reprises, invité le chef de l'ADQ à chiffrer son cadre financier, le mettant parfois mal à l'aise. Il lui a aussi demandé, en vain, d'évaluer la marge de manoeuvre du Québec. M. Dumont est resté évasif sur cette question.

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