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Mise à jour le mardi 13 mars 2007 à 22 h 08
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Débat des chefs

Lumière sur la santé

Jean Charest et André Boisclair

C'est sur le thème sensible de la santé que le débat a commencé. Jean Charest, qui était le premier à ouvrir le bal des échanges, devait défendre le bilan de son gouvernement en la matière. Il soutient que depuis 2003 les libéraux ont investi dans les infrastructures et dans la formation des médecins.

M. Charest estime que son équipe a amélioré la performance des services de santé en dépit de la hausse de la demande. Il rappelle à cet effet l'engagement de son parti à recruter 1500 médecins et 2000 infirmières supplémentaires et à améliorer les soins à domicile.

« La santé demeure notre première priorité », a martelé M. Charest avant d'être sérieusement pris à partie par Mario Dumont, qui lui reproche d'avoir laissé des patients dans les corridors. « Tous les ministres, libéraux et péquistes, se sont cassé les dents en matière de santé », assène-t-il.

Les urgences sont dans un pire état, constate le chef adéquiste qui défend la solution « différente » de son parti, et qui préconise un système de santé mixte avec des coopératives de santé et des cliniques privées. L'objectif est, dit M. Dumont, de soigner dans les délais médicalement acceptables.

Il faut quand même s'interroger sur le fait que vous n'êtes pas capable de reconnaître votre responsabilité. Lucien Bouchard l'a fait, Jean Rochon a reconnu que cela avait été une erreur, Nicole Léger a reconnu que cela avait été une erreur. Le journal Le Devoir avait écrit un papier où il disait que c'est probablement l'erreur la plus grave de l'histoire politique moderne du Québec. — Jean Charest à l'endroit d'André Boisclair au sujet des mises à la retraite des médecins et des infirmières.

André Boisclair a attaqué à son tour Jean Charest, auquel il reproche de ne pas avoir tenu ses promesses en santé. Il en veut pour preuve les longues listes d'attente dans les hôpitaux.

Le leader du PQ rappelle que son parti veut encourager l'accès aux médecins de famille et investir dans les soins de maintien à domicile pour les personnes âgées, afin de soulager les urgences. Le PQ compte aussi investir dans la prévention.

« Charest n'a pas livré la marchandise, il ne mérite pas une deuxième chance », martèle André Boisclair.

Le chef du Parti libéral a eu du mal à s'expliquer, sa réponse étant entrecoupée par des interventions de M. Boisclair. Il s'en est pris d'abord à Mario Dumont, qu'il soupçonne de vouloir imposer des tickets modérateurs en santé. Il l'a d'ailleurs pressé de questions pour qu'il en précise le montant.

Tirs croisés

M. Dumont contre-attaque en affirmant que le gouvernement libéral n'accorde pas suffisamment de temps opératoire aux médecins. « On doublé le budget de la santé en dix ans, mais rien n'a été réglé », constate-t-il, avant que M. Charest ne le relance encore sur la question des tickets modérateurs.

Le ticket modérateur n'est pas dans notre programme. On manque de médecins? Or on croise des chirurgiens qui disent qu'ils voudraient soigner plus de monde, faire plus de chirurgies. Mais le gouvernement les restreint. Le budget de la santé a doublé en dix ans et regardez les résultats. Il faut faire une place intelligente aux cliniques privées pour permettre aux médecins de soigner plus de monde. — Le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont.

M. Dumont en rajoute et accuse le gouvernement Charest d'avoir trafiqué les calculs concernant les listes d'attente et d'être responsable de la détérioration des conditions d'hébergement des aînés. « J'ai exigé une commission d'enquête et vous ne l'avez pas fait », lance-t-il à l'endroit du premier ministre sortant.

Visiblement agacé, Jean Charest affirme qu'il ne tolérera jamais d'abus et rappelle que son gouvernement a dépensé 14 millions de dollars dans les soins de longues durées. « Nous sommes dans l'action, pas dans l'enquête », rétorque-t-il.

Mario Dumont devait, à son tour, défendre sa politique en matière de santé. Il voit dans les coopératives de santé un bon modèle et croit qu'« il faut sortir du mythe de la gratuité absolue ».

Boisclair objecte et plaide pour un accès universel aux soins de santé. « Le financement doit demeurer public, pour que les gens n'accèdent pas aux soins de santé à la hauteur de leur porte-feuille », dit-il.

Il tente par la suite d'acculer M. Dumont en lui rappelant ses anciennes déclarations faites au journal Le Soleil, et dans lesquelles il aurait soutenu que l'« assurance médicament est une folie. » Le chef de l'ADQ s'en défend et explique qu'il commentait plutôt une augmentation de 175 $ à plus de 300 $ décidée par le gouvernement péquiste, selon lui.

Coriace, André Boisclair relance encore son adversaire et lui demande de dire quels sont les médicaments qu'il compte « désassurer ». Mario Dumont esquive la question et reproche au chef du PQ de s'accrocher au vieux système canadien. « Moi, dit-il, je veux bâtir un modèle québécois. Vous, vous êtes dans un modèle canadien alors que vous êtes souverainiste », relève-t-il.

La prise de bec se poursuit encore quand André Boisclair cite un candidat adéquiste dans Trois-Rivières qui aurait suggéré, selon lui, de sortir des médecins des urgences pour les transférer vers des cliniques privées.

Il s'attaque ensuite au bilan des libéraux en matière de santé et égrène quelques chiffres récents sur les délais d'attente dans certains hôpitaux. Il soutient aussi que des milliers de femmes de l'Outaouais ont dû accoucher en Ontario, faute de ressources au Québec. « Êtes-vous capables de dire aux Québécois que vous avez tenu vos promesses? », interroge-t-il Jean Charest.

Ce dernier affirme que « c'est la faute du gouvernement péquiste. » Le problème de fond, explique-t-il, c'est le manque de médecins et d'infirmières, et « nous avons investi là-dedans ». Il ne rate pas l'occasion de lancer une dernière flèche à M. Boisclair en lui signifiant que « 4000 lits de soins de longue durée ont été fermés par le gouvernement péquiste ».


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