Élections provinciales dans l'autre région de la capitale nationale
Journaliste : Guy Beaulieu
L'Outaouais est aux portes d'Ottawa. Selon des observateurs, cette proximité a fait dire aux électeurs de plusieurs générations que la région a été longtemps négligée, voire oubliée par Québec. Il aura fallu la volonté de divers groupes, nationalistes et autres, au début des années 70 pour lutter contre la présence de plus en plus envahissante du gouvernement fédéral en territoire québécois. Québec a alors entrepris de donner à l'Outaouais des services que la population locale avait traditionnellement obtenus d'Ottawa.
Ottawa plus proche que Québec
L'Outaouais compte cinq circonscriptions, Hull, Chapleau, Gatineau, Papineau et Pontiac. Le milieu urbain, concentré principalement dans les circonscriptions de Hull et de Chapleau, compte pour 0,5 % du territoire de l'Outaouais. L'influence du gouvernement fédéral y est très forte. La plupart des gens de la région travaillent pour le gouvernement fédéral ou une compagnie qui fait des affaires avec lui. De plus, il y a un va-et-vient incessant entre l'Outaouais et la capitale fédérale, située de l'autre côté de la rivière. De nombreuses personnes y travaillent ou y vont régulièrement pour obtenir divers services. Les gens de la région se sont toujours sentis plus près du gouvernement fédéral que du gouvernement du Québec.
La santé est malade
L'Outaouais s'est dotée au cours des deux dernières décennies de tous les services de santé, ce qui a permis de réduire ainsi en très grande partie l'exode des patients qui allaient se faire soigner à Ottawa. Malgré tout, l'Outaouais aurait besoin de 65 médecins omnipraticiens. On estime à 25 000 le nombre de personnes qui sont sans médecin de famille. Les urgences sont régulièrement débordées et les listes d'attente pour rencontrer un médecin spécialiste s'allongent. La situation est criante aussi bien en milieu urbain qu'en milieu rural. Si bien qu'un groupe de pression connu sous le nom d'Outaouais à l'urgence a l'intention d'intervenir dans la campagne électorale. La coalition Outaouais à l'urgence s'est fait connaître dans les années 70. Elle est à l'origine d'une pétition qui, en 1972, avait recueilli 40 000 signatures pour forcer le gouvernement du temps à doter la région de nouveaux équipements de santé. La coalition avait obtenu entre autres la construction de l'hôpital de Gatineau.
Le groupe Outaouais à l'urgence soutient qu'il faudrait des investissements de l'ordre de 150 millions de dollars par année pour régler les problèmes de santé en Outaouais.
Pierre Ippersiel, porte-parole, nous explique le mandat que s'est fixé la coalition.
L'industrie qui a donné naissance a l'Outaouais se meurt. L'Outaouais n'a pas été épargnée par la crise que connaît l'industrie forestière. Au cours de la dernière année, trois scieries ont fermé leurs portes, en Haute-Gatineau et dans le Pontiac. Près de 540 travailleurs ont perdu leur emploi, sans compter les emplois abolis en forêt.
Un projet vert
En milieu urbain, le Rapibus, un projet de voie rapide réservée aux autobus, a déjà été ciblé par le maire de Gatineau, Marc Bureau, comme l'un des enjeux de la campagne. La Ville de Gatineau tient à ce projet de 195 millions de dollars. Toutefois, rien n'a été prévu pour le développer dans le budget Audet, présenté la veille du déclenchement des élections.
Écoutez le reportage de Rachel Gaulin qui nous explique le projet Rapibus.
Députés libéraux de l'Outaouais
Châteaux forts libéraux
En Outaouais, les cinq circonscriptions sont détenues depuis plus de 30 ans par les libéraux. En fait, la seule exception est survenue en 1976, où deux candidats péquistes ont été élus. Les libéraux ont bon espoir de conserver leur siège.
Presque tous les députés libéraux sortants se représentent, soit Norman MacMillan dans Papineau, Benoît Pelletier dans Chapleau, Roch Cholette dans Hull et Charlotte L'Écuyer dans Pontiac. Dans Gatineau, une nouvelle venue, Stéphanie Vallée, avocate à Maniwaki, tentera de succéder à Réjean Lafrenière, qui a représenté la circonscription à l'Assemblée nationale pendant 18 ans.
Marcel Painchaud
Du côté du Parti québécois, cinq nouveaux venus défendront les couleurs du parti dans la région. Il s'agit de Marcel Painchaud dans Hull, de Gilles Hébert dans Papineau, de Thérèse Viel-Déry dans Gatineau et de Patrick Robert Meunier dans Pontiac. La candidate vedette du parti dans la région est Édith Gendron, cette fonctionnaire fédérale qui s'est battue contre son congédiement à Patrimoine canadien. Les péquistes se disent galvanisés par la victoire du bloquiste Richard Nadeau dans Gatineau, une circonscription fédérale traditionnellement libérale.
De son côté, Québec solidaire présentera quatre femmes dans les cinq circonscriptions de la région. Son candidat vedette est l'activiste Bill Clennett, défenseur des droits sociaux, qui, après avoir pratiqué de nombreuses années la politique de la rue, se lance en politique active. Le parti de gauche, récemment constitué, espère tripler les appuis récoltés par l'Union des forces progressistes aux élections d'avril 2003, qui avait récolté 1,5 % du vote régional.
Joscelyn Dumais
Quant à l'Action démocratique du Québec (ADQ) et au Parti vert du Québec, ils entendent présenter des candidats dans chacune des cinq circonscriptions. Pour l'ADQ, l'un des candidats vedettes sera Jocelyn Dumais, fondateur de l'Association pour le droit au travail, qui milite pour la libre circulation des travailleurs de la construction entre le Québec et l'Ontario. Il se présente dans Chapleau.