Répondre à la diversité des familles

  |  Richard Raymond  |  Radio-Canada

La famille. Le mot reviendra souvent au cours de la présente campagne électorale. Tous les chefs de partis chercheront à s'attirer la sympathie des adultes en abordant leurs préoccupations de parents. « Ça résonne dans l'esprit des gens », affirme Denyse Baillargeon, professeure d'histoire à l'Université de Montréal, en entrevue avec Radio-Canada.ca. Cette spécialiste de l'histoire de la famille poursuit en disant: « C'est en train de devenir un mot qui fait partie de la langue de bois. »

Dans le cadre de la campagne électorale, des spécialistes proposent des solutions pour répondre aux besoins des familles canadiennes.

La langue de bois, pour elle, c'est la langue des politiciens. Car, dit-elle, la famille dont ils parlent n'est pas la même que celle dont parlent les gens ordinaires. L'univers est différent.

« Je ne suis pas sûre qu'il y a pas un malentendu ».

Chloé Sainte-Marie Chloé Sainte-Marie a à coeur la cause des aidants naturels   © Pierre Dury

Quand un chef de parti parle de la famille, on sent, dit-elle, qu'il fait référence à un modèle traditionnel: papa, maman et les enfants. « Je ne suis pas certaine que tout le monde entend ça ». En effet, qu'est-ce que des immigrés, quelle que soit leur origine, entendent quand le mot famille est prononcé?

Même pour les Québécois de souche, la réalité de la famille a changé depuis la Révolution tranquille. Le futur gouvernement peut-il répondre aux attentes des différentes identités familiales présentes dans la société canadienne?

« Les gens ont des besoins très divers. Les gens s'attendent à ce que le gouvernement réponde à cette diversité. » — Denyse Baillargeon

La diversité

Denyse Baillargeon, professeure d'histoire à l'Université de Montréa Denyse Baillargeon, professeure d'histoire à l'Université de Montréa

Chaque famille a sa problématique. Même la famille nucléaire. Les deux parents travaillent la plupart du temps. Le besoin d'un service de garde est capital. Se pose aussi la question de la conciliation travail-famille. Une autre famille a un enfant handicapé. Une troisième a des problèmes de logement. Et puis, il y a les familles comportant un aidant naturel et les familles monoparentales. Sans compter, parfois, les problèmes financiers qui s'ajoutent.

Après avoir dit que la famille demeure une institution de référence fondamentale, Denyse Baillargeon s'empresse d'ajouter que plus personne, dans notre société, n'est prêt à tout sacrifier pour cette institution.

« Le gouvernement devrait favoriser la conciliation travail-famille », dit-elle.

La conciliation travail-famille-loisirs

Claudie Arsenault, présidente de l'entreprise ÉquiLibre Claudie Arsenault, présidente de l'entreprise ÉquiLibre

C'est aussi ce que pense Claudie Arsenault, présidente de l'entreprise ÉquiLibre. « Les familles attendent que le gouvernement pose des actions concrètes. Pour l'instant, les actions sont minoritaires », dit-elle. Dans sa pratique quotidienne, elle constate qu'une conciliation travail-famille-loisirs mal gérée conduit à un épuisement professionnel. « Je pense que le gouvernement devrait investir dans les programmes aux employés pour les aider à prévenir le burn-out. »

Les aidants naturels

Les aidants naturels sont aussi menacés par l'épuisement. La chanteuse Chloé Sainte-Marie en sait quelque chose. Elle prend soin de son conjoint, le cinéaste Gilles Carle, qui souffre d'alzheimer, depuis de nombreuses années. Sur le site Internet Réseau des aidants, elle interpelle la classe politique: « Quels politiciens s'engageront à mettre en place un véritable programme de soutien financier aux aidants, qui va plus loin que les voeux pieux? »

Nancy Guberman, professeure à l'École de travail social de l'UQAM et directrice du Centre de santé et de services sociaux Cavendish Nancy Guberman, professeure à l'École de travail social de l'UQAM et directrice du Centre de santé et de services sociaux Cavendish

Nancy Guberman surenchérit: « Des allocations comme des allocations familiales ne seraient-elles pas quelque chose à explorer? » Mais au-delà de l'aide financière, les aidants naturels, principalement des femmes babyboomers, ont une autre attente, ajoute la professeure à l'École de travail social de l'UQAM et directrice du Centre de santé et de services sociaux Cavendish. « La famille voudrait jouer son rôle de famille et voudrait que l'État s'occupe de l'aide instrumentale. » Selon elle, la responsabilité de donner le bain au malade, de laver ses vêtements, d'être présent à tout moment du jour ou de la nuit ne revient pas à l'aidant naturel. La famille attend qu'on la considère comme partenaire, et pas comme une aide-infirmière, a pu constater Mme Guberman au cours de ses recherches.

Pour soulager les aidants naturels, elle suggère aussi de bonifier le congé de compassion. « Ce qu'on a pu faire avec le congé de maternité, on pourrait le faire pour les aidants naturels », dit-elle.

L'argent

L'argent, c'est, depuis toujours, l'une des principales préoccupations des familles.

« On a besoin d'une réforme fiscale en profondeur pour que la condition financière des familles s'améliore. Je ne parle pas de mesures incitatives. Je parle d'une hausse de la déduction de base et autres crédits d'impôt pour l'ensemble des responsabilités assumées par les parents. » — Denyse Baillargeon
Me André Lareau, avocat spécialiste de la fiscalité et professeur à l'Université Laval Me André Lareau, avocat spécialiste de la fiscalité et professeur à l'Université Laval

Me André Lareau, avocat spécialiste de la fiscalité et professeur à l'Université Laval, précise: « On est dû pour un revenu de citoyenneté ». Cette mesure remplacerait toutes les mesures fiscales dont bénéficient les familles actuellement. Ces mesures, dit-il, sont saupoudrées ici et là dans le rapport d'impôt et rendent la fiscalité familiale très complexe.

Et le logement? Il semble que la question n'intéresse pas beaucoup Ottawa. « Le fédéral aurait beaucoup à faire, mais c'est un sous-sous-dossier », affirme Nancy Guberman.

Au soir du 14 octobre, les familles sauront à quoi s'en tenir. Selon le gouvernement qu'elles auront élu.