LA
POLITIQUE, UNE AFFAIRE DE FAMILLE
Jean Charest (baptisé John James Charest)
est né à Sherbrooke, au Québec, le 24 juin 1958. Cette ville,
siège de sa famille depuis plusieurs générations,
deviendra son fief politique. Jean Charest est issu d'un milieu
aisé, tout à fait bilingue et biculturel :
sa mère, Rita, dont il était très proche,
est Irlandaise et elle lui transmettra sa culture. C'est elle
aussi qui a choisi le nom de John James pour son second fils (les
Charest ont cinq enfants). De l'avis de tous, « John-John »,
comme elle le surnomme affectueusement, est le plus remuant des
enfants de la petite tribu.
Le grand-père de Jean Charest faisait
partie de l'organisation de Maurice Duplessis, en 1933, à
Sherbrooke. Son père, Claude Red Charest, est pour sa part
un conservateur de longue date, mais il ne s'engagera pas aussi
activement en politique.
John James est un élève aux résultats
scolaires plutôt moyens, mais il est joyeux autant que dissipé
et il est avide de soccer et de ski. Déjà, à
l'école, il se démarque par ses talents exceptionnels
d'orateur.
La mort prématurée de sa mère,
alors qu'il fait son droit il est âgé de 18 ans
, est un bouleversement indescriptible, non seulement pour
lui, mais aussi pour toute la famille. Rita était le rempart
face aux colères d'un père plutôt intransigeant.
Continuer sans elle ne sera pas facile, mais les enfants s'unissent
autour du père et la vie reprend son cours. Quelques années
avant la mort de sa mère, Jean rencontre celle qui sera
sa femme, Michèle Dionne, jeune fille cultivée et
brillante qui fréquente le même établissement
scolaire que lui.
À
18 ans, Jean Charest a voté pour le Parti québécois
Jean Charest obtient un diplôme en droit
de l'Université de Sherbrooke et est reçu au Barreau du Québec
en 1981. Il ne pratiquera que pendant trois ans (plaidant huit
causes devant les tribunaux) avant de se lancer en politique,
ce qu'il fera tout d'abord derrière Joe Clark, puis avec
Brian Mulroney, alors en pleine ascension. À cette époque,
Jean Charest fait partie d'un groupe de jeunes gens d'affaires
baptisé « Le Club de la relève ».
Brian Mulroney demeurera, jusqu'à aujourd'hui, un proche,
une sorte de mentor pour Jean Charest.
Jean
Charest a 26 ans lorsqu'il décide, en 1984, de s'attaquer
à un député libéral réputé
pour être indélogeable à Sherbrooke. Porté
par la vague de popularité des conservateurs, le jeune
candidat est élu pour la première fois. La même année,
il est nommé vice-président adjoint de la Chambre des communes.
En juin 1986, lorsqu'il est nommé ministre d'État à la Jeunesse,
Jean Charest est la plus jeune personne à siéger au Conseil des
ministres. À son arrivée
à Ottawa, son allure détonne. Un de ses collègues
lui conseille alors de se faire couper les cheveux.
En
mars 1988, le jeune politicien devient ministre d'État à la Condition
physique et au Sport amateur. C'est dans le cadre de ces fonctions
qu'il suspend à vie le sprinter Ben Johnson, reconnu coupable
de dopage aux Jeux olympiques de Séoul. Le ministre déclarera
que le geste de l'athlète est une « disgrâce
nationale ». Il devra, par la suite, adoucir sa position
face à la vague de sympathie du public pour l'athlète.
Moins de deux ans plus tard, Jean Charest doit
démissionner de son poste après avoir commis l'indélicatesse
de téléphoner à un juge chargé de
trancher un litige entre un entraîneur et l'équipe
canadienne d'athlétisme.
Il est réélu député en 1988 et, en
janvier 1989, il assume également les responsabilités de leader
suppléant du gouvernement à la Chambre des communes.
Meech permet à Jean Charest de sortir de
l'ombre où il était plus ou moins tapi depuis sa
démission du cabinet : Brian Mulroney et Lucien Bouchard
lui demandent de prendre la tête du Comité parlementaire
spécial sur le projet de résolution d'accompagnement
à l'Accord constitutionnel du lac Meech. C'est là
qu'il produit le « rapport Charest » qui,
dans l'espoir de le sauver, dilue l'Accord,
notamment en ce qui a trait à la clause de société
distincte et aux limites du pouvoir fédéral de dépenser.
En mai 1990, des députés fédéraux québécois, Lucien Bouchard en
tête, claquent la porte du Parti conservateur. Ils fonderont plus
tard le Bloc québécois. Le 22 juin 1990, l’Accord du lac
Meech est définitivement mort. Jean Charest gardera du départ
de Lucien Bouchard un profond sentiment de trahison.
| Principe
de l'Accord du lac Meech
Après l’arrivée des
conservateurs à Ottawa en 1984, le premier ministre Brian
Mulroney promet, dans un discours historique prononcé à Sept-Îles,
de trouver un accord qui amènera le Québec à adhérer à la
Loi constitutionnelle de 1982 dans « l'enthousiasme et
la dignité ».
|
En
avril 1991, Jean Charest devient ministre de l'Environnement.
Il participe à l'élaboration du Plan vert, qui se
veut une mise en application du concept de développement durable
par l'intégration des considérations environnementales et économiques.
Le jeune politicien siège aussi au Comité des priorités et de
la planification.
Puis, il se porte candidat au leadership
conservateur pour succéder à Brian Mulroney, qui,
au plus bas de sa popularité, s'éclipse de la scène
politique au milieu des scandales. Jean Charest se présente
comme le candidat du changement et soumet, entre autres, un plan
d'élimination du déficit en cinq ans, sans hausse
d'impôt. Il prône aussi des réductions dans
les transferts aux provinces.

« S'il
vous plaît, laissez-moi m'attaquer au Bloc québécois.
J'en fais mon affaire. Lucien Bouchard, la fête est finie. »
(Course au leadership, 12 juin 1993)
En juin 1993, après une lutte serrée, Jean Charest
termine second, derrière Kim Campbell, mais il s'est fait remarquer
pour son habileté et sa verve. Quelques semaines plus tard,
il est nommé vice-premier ministre et ministre de l'Industrie
et des Sciences. Cependant, ce passage au pouvoir sera de courte
durée; les conservateurs de Kim Campbell essuient une défaite
humiliante aux élections générales de 1993.
| « En
rétrospective, la course au leadership conservateur
fait figure de ligne de démarcation dans la carrière
mouvementée de M. Charest. Il y aura eu avant
juin 1993 et après. Avant, peu de gens associaient
le nom de Charest au dossier de l'unité canadienne. »
Chantal Hébert, La Presse,
28 mars 1998 |
Après l'écrasement des conservateurs, Jean Charest
apparaît comme l'homme du salut. Il prend la tête d'un parti
décimé, endetté, qu'il reconstruira pierre
par pierre en parcourant inlassablement le pays.
Au cur de la question de l'unité
nationale
Le
5 octobre 1995, Jean Charest replonge dans la question de
l'unité nationale dans la perspective du référendum
qui se prépare au Québec. Ce deuxième référendum
propose aux Québécois un Québec souverain assorti d’un partenariat
économique et politique négocié avec le reste du Canada. Jean
Charest est nommé vice-président du Comité national pour
le NON et s'y lance à cent kilomètres/heure. Aux
dires de plusieurs observateurs, son rôle dans la courte
victoire du NON sera majeur.
Jean Charest aurait-il trouvé dans la question
constitutionnelle une sorte de rampe de lancement ou une vocation,
le combat de sa vie politique? Peu importe, ce thème jalonnera
sa carrière. Il sera désormais perçu par
le Canada fédéraliste comme un rempart face à
la « menace » souverainiste.
En septembre 1997, les neuf premiers ministres
des provinces soumettent à l’approbation des provinces et du fédéral
la
Déclaration de Calgary, qui reconnaît le « caractère
unique » du Québec au sein de la Confédération canadienne
tout en consacrant l’égalité des provinces. Jean Charest approuve
le texte et s'en fait le défenseur. Plus tard, quand il
mènera ses activités dans l'arène provinciale,
l'ambiguïté de cette déclaration qui remplace la
notion de société distincte le placera pourtant dans une
position délicate.

La Déclaration
de Calgary :
Devant un résultat très serré au dernier référendum sur
la souveraineté, les neufs premiers ministres des provinces anglophones
décident d’agir avant que les Québécois ne quittent le Canada
pour de bon. Ils se réunissent donc à Calgary, en 1997, et rouvrent
le dossier constitutionnel dans le but de trouver une proposition
qui ramènera le Québec au sein de la Constitution canadienne.
(Notre dossier : Canada
: la saga constitutionnelle)
Pour
l'heure, Jean Charest est toujours à Ottawa et il siège
dans l'opposition, cherchant à se faire entendre le plus
souvent possible, réclamant haut et fort, par exemple,
la démission du ministre Allan Rock, qu'il tient responsable du
fiasco politico-juridique dans l'affaire Airbus. (1997)
La dernière campagne électorale fédérale, en 1997,
est pour Jean Charest fort éprouvante. Bien que sa popularité
personnelle ne cesse d'augmenter on commence à parler
de « l'effet Charest » , en particulier
au Canada anglais, l'homme demeure, dans l'esprit des électeurs,
associé au règne de Brian Mulroney.
| Résultat
des élections fédérales de 1997
Parti libéral : 155 députés
Parti réformiste : 60 députés et 19,4 % des voix
Bloc québécois : 44 députés et 10,7 % des voix
Nouveau Parti démocratique : 21 députés et 11 %
des voix
Parti progressiste-conservateur : 20 députés et 18,8 %
des voix
Indépendant : 1 député et 1,6 % des voix |

Le débat
électoral : Jean Charest récolte les seuls
applaudissements de la soirée.
Son
programme, dans lequel il promet des baisses immédiates
d'impôt en même temps que l'assainissement des finances
publiques, est mis à mal par ses adversaires et par la
presse. Jean Charest ne peut que constater l'étendue de
la défaite le soir de l'élection.
Commence alors un long questionnement qui tiendra
le public, et surtout les journalistes, en haleine pendant des
mois. Pendant l'été, Jean Charest songe à démissionner, à
quitter la politique, même, mais il décide finalement de
poursuivre sa carrière encore un peu. Nouveau
programme politique des conservateurs (1997)
| Jean Charest et
son entourage :
un cercle restreint d'intimes
On a écrit de Jean Charest qu'il aime
être enfermé dans le cocon rassurant formé
par une poignée de proches et qu'il est difficile pour
les autres de pénétrer le cercle des intimes.
Dans sa biographie de Jean Charest, L'énigme Charest,
le journaliste André Pratte dit avoir constaté
lui-même qu'il n'est pas facile de s'approcher réellement
de l'homme : « Il y a entre le chef et
ses organisateurs, députés et partisans, un
fossé qui provoque bien des malaises. Même s'ils
adoraient leur leader, les conservateurs se demandaient parfois
si celui-ci les écoutait, s'il s'intéressait
à eux. Certains avaient l'impression qu'il les méprisait.
À l'encontre des apparences, Jean Charest est devenu
un chef indépendant et distant. »
L'influence de sa femme est très grande,
et ce, depuis les débuts de leur relation. Jean et
Michèle se sont connus alors qu'ils avaient respectivement
15 et 16 ans et qu'ils fréquentaient la même
école. Sept ans plus tard, ils se sont mariés.
Jean Charest admet volontiers que c'est sa femme qui lui a
fait découvrir les plaisirs de la culture, en particulier
la culture d'expression française. Il déclare
que sa famille passe avant les intérêts politiques.
À chaque étape de sa vie politique, Michèle
a eu son mot à dire. Elle était, au départ,
opposée à ce que son mari se lance dans l'arène
provinciale. |
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