Coup sur coup en avril, les agences de notation Standard & Poor's et Moodys ont abaissé la cote de crédit de la Grèce. Puis le Portugal et l'Espagne ont connu un sort similaire de la part de la première agence. Résultat, les marchés sont tombés, tant au niveau des bourses nationales qu'au niveau du taux de change de l'euro, et ces pays devront payer plus cher pour se financer sur les marchés.
Après la décote de la Grèce puis du Portugal et de l'Espagne, les agences de notation se retrouvent sous un feu nourri de critiques qui dénoncent les conséquences de leurs décisions.
La dette grecque se retrouve ainsi parmi les plus risquées du monde, juste devant l'Argentine, le Venezuela et le Pakistan.
Pourtant, les indicateurs économiques de la Grèce n'ont pas fondamentalement changé depuis le début de la crise qu'elle traverse. De plus, il s'agit d'un pays développé (au 34e rang économique mondial), soutenu par ses voisins de la zone euro - il est vrai, avec certaines réticences de l'Allemagne.
Alors, comment expliquer des conséquences aussi immédiates?
Un secteur concentré
Les principales agences de notation sont au nombre de trois :
À elles seules, elles s'accaparent 90 % du marché mondial de la notation.
Ces trois agences évaluent la solvabilité ou, en d'autres termes, le risque de non-remboursement de dettes d'entreprises, d'États ou encore d'instruments financiers. Avant d'emprunter sur les marchés boursiers, le pays ou l'entreprise concernée requiert les services d'une de ces agences.
Après analyse, elles émettent une note variant de AAA pour la meilleure à D pour défaut. Chaque note comporte des échelons intermédiaires qui varient selon les agences et qui peuvent prendre la forme de + et de - ou de 1 et de 2.
Pour un pays, l'agence de notation prendra plusieurs facteurs en compte, notamment son produit intérieur brut (PIB), son endettement et ses recettes fiscales.
Une pluie de critiques...
Mais malgré des critères de notation à première vue factuels, la décote de la Grèce a suscité des critiques polytonales : le dirigeant d'un syndicat français a taxé ces agences de « milices privées », la Commission européenne les a appelées à agir de manière « responsable et rigoureuse » ou encore le directeur du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, a déclaré qu'il ne fallait pas « trop croire ce qu'elles disent ».
Dans une interview au quotidien La Croix, le député européen Jean-Paul Gauzès, rapporteur d'un projet de loi pour réglementer le secteur, a remis en question la fiabilité de ces agences.
Ce mouvement de balancier est aussi dénoncé par SoBiz, un blogueur spécialisé en économie : « Cette surréaction est d'ailleurs presque plus grave que l'absence de précautions initiales : en dégradant à la machette des entités déjà affaiblies, elles les empêchent de se refinancer à bon marché, et aggravent encore un problème qu'elles n'ont pas vu venir », dénonce-t-il.
Il rappelle au passage que quelques jours avant l'effondrement de Lehman Brothers, cette banque se voyait encore notée AAA par les agences. Idem pour Enron.
...et des nuances
Mais d'autres estiment que ce triumvirat ne doit pas être un bouc émissaire pour faire oublier la situation. « Tout le monde s'attendait à un abaissement de la note de la Grèce, même s'il est arrivé plus vite qu'attendu », a déclaré à l'AFP Gunther Capelle-Blancard, directeur adjoint du Centre d'études prospectives et d'informations internationales français.
Vers un changement de réglementation?
Pour expliquer ces échecs, plusieurs explications sont avancées :
Devant ces failles, plusieurs solutions ont été avancées. Le Trésor américain a déposé un projet de loi pour rendre obligatoire la divulgation de plusieurs informations, notamment le prix payé pour une notation. En outre, les agences se verraient interdire de conseiller une société sur la manière de structurer une émission et de noter cette même émission.
L'Union européenne et le G20 ont aussi commencé à se pencher sur la question, la première ayant proposé la création d'une agence parapublique. D'autres solutions émergent dans le débat public, notamment la possibilité de faire porter une partie des pertes d'entreprises notées de façon erronée aux agences.
D'autre part, plusieurs en appellent à la responsabilité des marchés. C'est le cas de Jean-Paul Gauzès, qui rappelle que « tant que les investisseurs n'utiliseront qu'un seul critère d'évaluation [les notes des agences, ndlr], il y aura un risque d'erreur ».