Pierre
Elliott Trudeau :
deux cultures, une vision

Le
premier mandat : des années explosives
(1968-1972)
Les
premières années Trudeau mènent à la réorganisation
des forces armées, notamment à la réduction des troupes canadiennes
au sein de l'OTAN.
En 1970, seize ans avant les États-Unis, le Canada établit des liens
diplomatiques avec la Chine. Puis, en 1971, le chef du gouvernement
canadien participe à la conférence du Commonwealth, où il intervient
activement pour maintenir l'unité de l'organisation. À l'automne
de cette même année, son gouvernement doit faire face aux conséquences
négatives des mesures économiques prises par les États-Unis.
Toutefois,
c'est surtout sur la scène intérieure que le premier mandat de Pierre
Elliott Trudeau est riche en événements. Fidèle à sa vision d'un
Canada bilingue, il réussit, en 1969, à faire adopter par la Chambre
des communes la Loi
sur les langues officielles, qui fait de l'anglais et du
français les deux langues
officielles du pays, une mesure qui assurera une meilleure protection
des droits de la minorité francophone. La législation se heurte
cependant à un courant antibilinguisme qui grandit au Canada anglais.
Ainsi, le premier ministre de l'Alberta, Ernest Manning (père de
Preston Manning, fondateur de l'ancien Parti réformiste), y voit
une discrimination envers les anglophones du pays, craignant que
la « fonction publique fédérale ne tombe sous le contrôle
de la minorité canadienne-française qui, dans la plupart des cas,
est bilingue ».
La
loi ne réussit pas non plus à satisfaire les souverainistes, qui
poursuivent leur lutte, les uns par des moyens politiques, les autres
par la violence. Entre 1963 et 1970, une centaine de bombes sont
déposées dans divers lieux qui symbolisent le gouvernement fédéral
ou la présence des anglophones, comme des casernes militaires ou
des boîtes aux lettres de Westmount. Le conflit culmine lors de
la crise d'octobre 1970 : le diplomate britannique James Cross
et le ministre du Travail du Québec dans le cabinet Bourassa, Pierre
Laporte, sont enlevés par le Front de libération du Québec (FLQ),
le plus connu des groupuscules extrémistes hostiles à Ottawa.
Ottawa proclame la Loi sur les mesures de guerre
et fait appel à l'armée pour contrer les actes terroristes
du FLQ, ce qui n'empêchera pas l'assassinat de Pierre Laporte.
Certaines libertés civiles sont suspendues, les perquisitions se
multiplient et des centaines d'arrestations sans mandat s'ensuivent.
Plusieurs jugeront disproportionnée la réponse d'Ottawa, qui ne
retire ses troupes du Québec qu'en janvier 1971.

Dix ans plus tard, Jean Marchand, devenu président du
Sénat,
dira que la Loi sur les mesures de guerre équivalait
à
« mobiliser un canon pour tuer une mouche ».
En
1971, Ottawa et les provinces concluent une entente de principe
qui prévoit notamment une charte des droits, une réforme
du Sénat et de la Cour suprême de même qu'un
droit de veto du Québec sur tout amendement à la Constitution.
Le projet sera soumis à l'approbation des parlements provinciaux,
mais les premiers ministres doivent se rencontrer de nouveau pour
négocier le partage des pouvoirs en matière de politique
sociale. Au Québec, la Charte de Victoria rencontre une vive opposition
parce qu'elle confère peu d'autonomie à la province,
et le premier ministre de l'époque, Robert Bourassa, se voit contraint
de se prononcer contre l'accord lors de la Conférence de Victoria,
en Colombie-Britannique.
La
trudeaumanie qui a déferlé pendant la campagne électorale s'estompe
peu à peu. Alors que la majorité des Québécois continuent de le
soutenir, les provinces de l'Ouest, sous l'impression qu'Ottawa
se désintéresse de leurs problèmes économiques et de leurs besoins,
éprouvent à l'égard de Pierre Elliott Trudeau un détachement qui
grandit au cours de ses années de règne.

Le célibataire
qu'on a vu au bras de femmes belles et célèbres
décide de se mettre la corde au cou.
C'est
au cours de ce premier mandat que Pierre Elliott Trudeau, dont la
vie sentimentale fera les manchettes tout au long de sa carrière,
épouse Margaret Sinclair, une femme de trente ans sa cadette et
avec qui il aura trois fils. Leur union mouvementée se soldera par
la séparation du couple, en 1977. La garde des enfants reviendra
au père, qui obtiendra le divorce en 1984, année qui marque
aussi la fin de son parcours politique.

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Dernière
mise à jour : septembre 2000
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