Pierre
Elliott Trudeau :
deux cultures, une vision

L'intellectuel
voyageur
Sa
jeunesse
Né
en 1919 à Montréal, Pierre Elliott Trudeau est issu d'une famille
de quatre enfants qui incarne sa vision du Canada : sa mère,
Grace Elliott, est une anglophone d'origine écossaise, et
son père, Charles-Émile Trudeau, est canadien-français. Homme
d'affaires prospère, Charles-Émile meurt alors que
son fils Pierre n'a que quinze ans.
Pierre
Elliott Trudeau étudie le droit à l'Université de Montréal (1940-1943)
avant d'être reçu au Barreau du Québec, en 1943 (et à celui
de l'Ontario en 1967). À cette époque, il s'oppose
à la participation du Canada à la Seconde Guerre mondiale
et dénonce même la circonscription lors du plébiscite
de 1942. Il fait par la suite une maîtrise en science politique
à l'Université Harvard (1945), puis poursuit sa formation de troisième
cycle à l'École des sciences politiques de Paris et au London School
of Economics. Au terme de ses études, ses voyages le mènent en Europe
de l'Est, au Moyen-Orient et en Asie.
Avant
les années en politique
De
retour au pays, il soutient les grévistes lors de la grève de l'amiante,
en 1949, puis devient adjoint au Bureau du
Conseil
privé, à Ottawa. En 1950, il fonde et dirige, avec Gérard
Pelletier, l'hebdomadaire Cité libre, revue qui critique
sévèrement le régime duplessiste au pouvoir à Québec et qui trouve
un écho dans les milieux intellectuels. Il écrit alors de
nombreux articles sur la pratique du fédéralisme et sur la réforme
de la politique. Il quitte le Conseil privé en 1951 pour voyager
en Afrique, puis se rend à Moscou où il assiste à une conférence
économique internationale communiste. Cinq ans plus tard, il fonde,
avec André Laurendeau, Gérard Pelletier, Jean Marchand, Pierre Dansereau
et Jacques Hébert, le Rassemblement, qui se veut un regroupement
de citoyens pour une société démocratique. Entre 1961 et 1965, il
enseigne le droit constitutionnel et le droit public à l'Université
de Montréal à titre de professeur adjoint et il mène des recherches
à l'Institut de recherches en droit public.
Des
mots à l'action
Dès septembre 1961, approché par le premier ministre Lester
B. Pearson à la recherche de candidats du Québec, il fait le
saut en politique fédérale avec ses compagnons Jean Marchand et
Gérard Pelletier. Alors que l'idée du séparatisme fait son chemin
au sein de la population québécoise, les « Trois Colombes »
tenteront de convaincre les Québécois que la fédération canadienne,
sous la gouverne du Parti
libéral, est mieux placée pour servir leurs intérêts.
C'est dans Mont-Royal, en novembre 1965, que Pierre Elliott Trudeau
est élu député.

Le syndicaliste
Jean Marchand accepte de se joindre à l'équipe libérale,
à la condition d'être accompagné par Pierre
Elliott Trudeau et Gérard Pelletier.
Les deux
années suivantes, il est nommé secrétaire parlementaire du premier
ministre Pearson. En 1967, il représente le Canada lors d'un voyage
dans cinq pays francophones africains visant à déterminer le rôle
de la fédération dans une éventuelle association de la francophonie.
La même année, il est délégué par le Canada à l'assemblée générale
des Nations
unies.
Malgré
sa courte expérience politique, il obtient le portefeuille de la
Justice et devient procureur général du pays. Il réforme la Loi
sur le divorce et amende le code criminel pour libéraliser les
lois sur l'avortement, les relations homosexuelles et les loteries
publiques, et pour resserrer le contrôle des armes à feu, un ensemble
de mesures regroupées sous l'appellation « Loi
omnibus ».
Déjà,
il défend sa vision d'un pouvoir centralisé à Ottawa et condamne
le nationalisme québécois, qui s'exprime haut et fort en 1967, année
du célèbre « Vive le Québec libre »
lancé du haut du balcon de l'hôtel de ville de Montréal par
le président de la France, le général Charles
de Gaulle, en visite au pays.
Un des hommes
forts du cabinet québécois de Jean Lesage, le ministre René
Lévesque, quitte par ailleurs les rangs du Parti libéral du
Québec pour fonder le Mouvement souveraineté-association parce que
son parti rejette la solution qu'il propose, soit une indépendance
politique doublée d'une association économique avec le Canada. C'est
le prélude à la confrontation politique entre les deux hommes.
L'arrivée
au pouvoir
En
décembre 1967, Lester B. Pearson annonce qu'il tire sa révérence.
En février 1968, Pierre Elliott Trudeau fait savoir qu'il briguera
la direction du parti. Il en deviendra le chef en avril, au terme
d'une lutte serrée : quatre tours seront nécessaires pour le
consacrer vainqueur. Le Canada vient donc de trouver son 15e premier
ministre, qui convoque des élections pour le 25 juin.
Pendant
la campagne électorale, il dénonce la pauvreté et
défend l'idée d'une société juste. Intellectuel qui maîtrise
les règles médiatiques, millionnaire aux idées de gauche, séducteur
à la répartie facile, il donne l'image d'un politicien nouveau genre.
Le charisme du nouveau chef libéral fait déferler une vague de sympathie,
que les médias appelleront la « trudeaumanie ».

Le politicien célibataire séduit les électeurs...
et les électrices.
La
veille de l'élection, des échauffourées éclatent entre des
policiers et des manifestants indépendantistes lors du défilé de
la Saint-Jean-Baptiste. Près de 300 personnes sont arrêtées,
et 250 sont blessées au cours de l'émeute. L'aspirant premier ministre,
chahuté, demeure cependant sur l'estrade d'honneur au milieu des
pierres et des bouteilles que lui lancent les activistes, malgré
les tentatives de ses gardes du corps pour le mettre à l'abri
des projectiles. L'image fera le tour du pays, comme une promesse
qu'il ne plierait pas devant les revendications nationalistes du
Québec. Il remporte facilement les élections le lendemain.
Suite
du dossier
Autres
sections
Repères :
présentation du dossier
Le
premier mandat (1968-1972) :
des années explosives
Les
deuxième et troisième mandats (1972-1979) :
ce NPD qui défait les gouvernements
Le
dernier mandat (1980-1984) :
l'unité nationale au menu
L'héritage
politique de Pierre Elliott Trudeau
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Dernière
mise à jour : septembre 2000
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