Pierre
Elliott Trudeau :
deux cultures, une vision

Son
héritage politique
Pierre
Elliott Trudeau,
ex-premier ministre influent
En
novembre 1984, Pierre Elliott Trudeau reçoit le prix Albert-Einstein
pour la paix. Il remet alors en question l'utilité de l'OTAN.
En 1985, une autre distinction s'ajoute à celles déjà reçues :
il devient Compagnon de l'Ordre du Canada. En outre, après
sa retraite, il ajoute de nombreux livres à contenu politique
à sa bibliographie, déjà importante.
S'étant
toujours opposé à tout statut distinct pour le Québec, Pierre
Elliott Trudeau dénonce publiquement, en 1987, l'accord du lac
Meech défendu par le gouvernement conservateur de Brian
Mulroney. L'entente proposée, qui vise l'intégration du Québec
à la fédération canadienne, s'appuie sur les cinq conditions « minimales »
exigées par le Québec.
Le
premier ministre du Québec, le libéral Robert Bourassa,
réclame pour la province la reconnaissance du statut de « société
distincte » et d'un droit de veto sur les changements
à la Constitution, la restriction du pouvoir de dépenser d'Ottawa,
la garantie d'un plus grand rôle dans les politiques d'immigration
et une participation à la nomination des juges de la Cour suprême.
L'ancien
premier ministre exerce encore une influence; même si Ottawa et
toutes les provinces signent l'entente en juin 1987, l'accord
mourra trois ans plus tard : le Manitoba ajourne sa session
sans avoir débattu de la question, et le premier ministre terre-neuvien,
Clyde Wells, refuse de tenir le vote au parlement provincial pour
ratifier l'entente.
En 1992,
Pierre Elliott Trudeau sort de nouveau de sa retraite pour dénoncer
l'entente constitutionnelle de Charlottetown, qui prévoit la représentativité
du Sénat ainsi que le droit des autochtones à l'autodétermination,
et qui reprend l'essence de l'entente du lac Meech. Six provinces
rejettent l'accord, dont le Québec.
En
octobre 1995, Pierre Elliott Trudeau reste toutefois à l'écart
des débats sur le deuxième référendum sur la souveraineté du Québec,
à la demande du camp fédéraliste, confiera-t-il plus tard. En
novembre 1998, il est durement secoué par un drame personnel :
le plus jeune de ses fils, Michel, meurt emporté par une avalanche au cours
d'une excursion de ski.
Seize
ans après avoir quitté la vie publique, Pierre Elliott Trudeau
survit dans la mémoire collective. En 1999, le palmarès Environnics
des Canadiens les plus populaires le place troisième, derrière
les vedettes de l'heure Céline Dion et Wayne Gretzky. Et, à l'aube
de l'an 2000, un sondage de la Presse canadienne, mené auprès
des médias canadiens, le consacre figure dominante du siècle au
pays. Cependant, auprès des médias québécois, il se fait coiffer
de peu par son frère ennemi, René Lévesque.
Pierre
Elliott Trudeau, qui souffrait de la maladie de Parkinson et du
cancer de la prostate, meurt le 28 septembre 2000. Il laisse dans
le deuil ses enfants Sacha, Justin et Sarah Élisabeth.
Une
vision qui survit
Pierre Elliott Trudeau passera évidemment à l'histoire pour avoir
permis au Canada de devenir officiellement un État indépendant
de la couronne britannique, grâce au rapatriement de la Constitution.
Mais, tout comme il y a 20 ans, il manque sur ce document
la signature d'une des dix provinces. Sa
vision d'un gouvernement central fort subsiste encore et se heurte
toujours aux indépendantistes et aux tenants d'une autonomie provinciale
accrue. Si Pierre Elliott Trudeau a gagné le référendum, il n'a
pas tué le nationalisme québécois, et la confrontation est toujours
de mise entre Québec et Ottawa, sans compter que l'Ouest continue
lui aussi de trouver le gouvernement central peu réceptif à ses
intérêts.
Sa
Charte des droits et libertés a reconnu une place à l'individu
au détriment des droits collectifs, diront certains ,
en plus de modifier radicalement le rôle des tribunaux du pays,
particulièrement celui de la Cour suprême, qui doit, depuis 1982,
statuer sur des questions qui lui étaient autrefois étrangères.
Si les
uns s'ennuient de la sécurité sociale et de l'État-providence
que son gouvernement incarnait, les autres critiquent sa gestion,
à l'origine de déficits qui ont alourdi la dette publique
léguée aux gouvernements suivants.
Rarement
un politicien a-t-il suscité une charge émotive aussi forte
quelle qu'elle soit , et le nom de Pierre Elliott Trudeau
trouve encore un écho auprès de la population. Si,
à la fin de sa vie publique, il était peu populaire auprès des
Westerners et continuait d'avoir la cote auprès des Québécois,
la tendance s'est inversée par la suite, notamment à cause de
sa campagne « anti-Meech ». Pierre Elliott
Trudeau a alors récupéré l'essentiel de son capital politique
au Canada anglais, alors que sa popularité s'est effondrée chez
les francophones du Québec. Avec sa mort, une page se tourne.
Lui et René Lévesque partis, deux titans de la politique
se sont éteints, mais leurs visions, bien vivantes, continuent
de s'affronter.
Autres
sections
Repères :
les grandes lignes du dossier
L'intellectuel
voyageur :
avant les années comme premier ministre
Le
premier mandat (1968-1972) :
des années explosives
Les
deuxième et troisième mandats (1972-1979) :
ce NPD qui défait les gouvernements
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mise à jour : septembre 2000