Repères
Le
15 août 2001, le groupe de défense des droits
de la minorité anglophone Alliance Québec élisait
un nouveau président, l'avocat Brent Tyler. L'ancien président,
Anthony Housefather, souhaitait se consacrer à la politique
municipale et convoitait un poste de conseiller dans la nouvelle
ville fusionnée de Montréal.
C'est par 21 voix contre 15 (pour la vice-présidente
aux régions, Jo-Anne Fandrich), que les membres du conseil
ont choisi Brent Tyler, 45 ans, qui assume l'intérim
jusqu'en mai 2002, date du congrès de l'organisme.
Au cours des dernières années, le
groupe de défense de la minorité anglophone a été
plongé dans la controverse, surtout sous la présidence
de celui que beaucoup décrivent comme un extrémiste
ou, à tout le moins, un partisan de la ligne dure face
au Parti Québécois : Bill Johnson.
Ce dernier avait démissionné de son
poste en février 2000, parce qu'il ne croyait plus que
son style pouvait rassembler les anglophones du Québec.
Or, Brent Tyler est l'émule de Bill Johnson.
Qui est cet homme? Quelles seront les conséquences
de cette élection sur le mouvement, qui a vu son effectif
diminuer au cours des dernières années?
Le « bloke » de Drummondville
par lui-même
Brent Tyler est né à Ottawa. À
l'époque, sa famille habitait Nicolet.
Quand le petit Brent eut quatre ans, son père
alla voir le curé de la paroisse de Nicolet et lui dit :
« Je veux que mon fils et ses trois soeurs fréquentent
l'école (d'expression française) de la paroisse,
que mes enfants soient bilingues. » Ce à quoi,
déclare Brent Tyler, le curé répondit :
« Monsieur, il y a un problème. Vos enfants
sont protestants. » À la suite de cet incident,
le père décide de déménager avec sa
petite famille à Drummondville.
C'est là que Brent passera ses jeunes années
(jusqu'à 17 ans). À 11 ans, quand son
fils aborde les études secondaires, le père de Brent
Tyler tente de nouveau de l'inscrire à l'école française,
à Drummondville. Il essuie encore un refus. Le jeune homme
étudie donc au Collège Sainte-Anne-de-Bellevue,
puis obtient un baccalauréat en philosophie de l'Université
Bishop.
Puis, pour la première fois de sa jeune
vie, Brent Tyler peut finalement faire des études en français,
comme le souhaitait son père. Il fait son droit à
l'Université de Sherbrooke.
Ses premières armes dans la pratique active
du droit se feront au sein de gros cabinet d'avocats tels McCarthy-Tétrault
(pendant deux ans) et Monty-Coulombe. Il est déterminé
à mener une vie tranquille (il habite alors à North
Hatley, en Estrie), mais ne résiste pas longtemps aux attraits
de la ville. Quand la firme où travaille actuellement l'ancien
premier ministre du Québec Lucien Bouchard lui fait signe,
il saute à pieds joints.
Après quelques années de pratique,
Brent Tyler découvre sa vraie vocation : il veut se
lancer dans la promotion des droits et libertés des minorités
et mettre ses connaissances de la loi au service de cette cause,
exclusivement.
Pour entamer une lutte qu'il poursuit encore aujourd'hui, il
ouvre son propre cabinet et devient avocat plaideur, « 100 %
consacré à la pratique de la défense des
droits et libertés ».
Brent
Tyler explique que les luttes de son père pour le faire
intégrer dans le système scolaire d'expression française
ont sans doute laissé des traces et expliquent, du moins
en partie, ses positions actuelles.
« Ce n'est pas bon pour la société
quand nous avons des règles qui excluent les libertés
pour les parents. Il n'y a pas d'autre pays sur la planète
qui a adopté ces critères d'enseignement basés
sur la langue du parent pour décider si un enfant a accès
à un service public qui est l'enseignement public. »
Sa carrière est ensuite jalonnée
de causes de plus ou moins grande envergure dont l'enjeu est toujours
lié à cette question des droits d'une minorité,
particulièrement de la minorité de langue anglaise.
Les clients de Brent Tyler ont contesté toutes
les clauses des lois visant à protéger la langue française au
Québec, de l'affichage commercial unilingue à l'obligation pour
un francophone d'envoyer ses enfants à l'école française.
Dans l'une de ses causes actuellement devant les
tribunaux, Brent Tyler représente un groupe de familles
francophones comptant une vingtaine d'enfants. Il a plaidé
que le critère de la langue d'enseignement des parents
est discriminatoire.
Brent Tyler se joint à Alliance Québec
en 1993 et y joue un rôle de plus en plus actif jusqu'à
son élection en août 2001.
Il a aussi oeuvré au sein de plusieurs autres
regroupements voués à la défense de la minorité
anglophone, et, en 1994, il s'est présenté comme
candidat du Parti Égalité dans la circonscription
de Westmount-St.Louis.
De par sa croisade pour la minorité de langue
anglaise, Brent Tyler ne s'est pas fait que des amis. Sa personnalité,
à la fois chaleureuse et explosive, déplaît
à certains. Il a aussi été l'objet de plusieurs
menaces de mort et son bureau a été vandalisé
à trois reprises au cours des quatre dernières années.
Le choix de Brent Tyler pour prendre la direction
d'Alliance Québec est un repoussoir pour les modérés,
qui ne se reconnaissent pas dans son style très direct,
agressif même, diront certains.
Les partisans de la ligne dure, comme le militant
Howard Galganov, appuient sans réserve Brent Tyler et ce
qu'il représente. Dans un éditorial publié
dans le quotidien The Gazette, Galganov affirme que Tyler
est un véritable défenseur des droits de la personne :
« Il mène une guerre contre le nationalisme
ethno-centriste, la discrimination érigée en système
par le gouvernement québécois. »
Howard
Galganov s'est fait connaître au Québec par ses combats
ouverts pour faire changer les lois de la province, selon lui
discriminatoires, en particulier sur la question de l'affichage.
Howard
Galganov repart en guerre (5 avril 2000)
Plusieurs groupes ultraconservateurs comme le National
Citizens' Coalition soutiennent aussi Brent Tyler et ses idées.
Par ailleurs, certains éléments,
surtout parmi l'aile modérée du mouvement, lui reprochent
de profiter de cette élection pour faire fructifier son
propre cabinet. Dans les faits, Brent Tyler devient ainsi son
propre client. Dans le quotidien de langue anglaise The Gazette,
Don MacPherson souligne le 18 août 2001 que si on ne
sait pas encore si cette élection se traduira par des gains
pour Alliance Québec et la communauté qu'elle prétend
représenter, il est certain qu'elle sera avantageuse pour
M. Tyler lui-même. En effet, explique l'éditorialiste,
l'avocat continuera à défendre des causes au nom
de l'Alliance, tout en en étant le président.
Pour répondre aux accusations de conflit
d'intérêt, Brent Tyler a décidé de
limiter ses frais à 25 000 dollars pour les causes
qui dépendent d'Alliance Québec. Par contre, et
à l'inverse de ses deux prédécesseurs, Brent
Tyler accepte la rémunération annuelle de 25 000 dollars
pour son travail à la tête d'Alliance Québec.