Contexte :
Lundi, 14 janvier 2002, Brian Tobin annonce qu'il quitte la vie
politique pour des raisons qu'il dit purement personnelles. Âgé
de 47 ans, Brian Tobin était pourtant considéré comme l'un des
candidats favoris à la succession du premier ministre Jean Chrétien.
Vingt ans après avoir été élu une première fois aux Communes,
Brian Tobin avait effectué un retour sur la scène fédérale en
2000, après avoir été premier ministre de Terre-Neuve pendant
quatre ans.
« Ce n'est pas une décision stratégique
ou qui a une couleur politique, je le fais pour ma famille. »
« C'est un fonceur, un frondeur
qui n'a pas la langue dans sa poche. Mais il est aussi calculateur,
connaît les ficelles de la vie publique, parle bien et d'une façon
fort imagée, don qu'il pousse cependant trop souvent jusqu'à l'exagération. »
La Presse, 1995
Brève biographie :
Brian Tobin est né le 21 octobre 1954 à
Stephenville, Terre-Neuve. Sa famille comptait neuf enfants. Il
fait des études à l'Université Memorial de
Terre-Neuve, sans toutefois les terminer, et exercera brièvement
le métier de journaliste.
Il se lance en politique très jeune (il
a à peine 25 ans) et servira d'adjoint politique à
l'ancien leader libéral de Terre-Neuve, Bill Rowe. Puis, Brian
Tobin est élu pour la première fois à la
Chambre des communes en 1980, renversant l'élu néo-démocrate
de sa région.
Pierre Trudeau le nomme, en 1981, secrétaire
parlementaire du ministre des Pêches et Océans.
Brian Tobin représente le comté de
Humber-Sainte-Barbe-Baie verte. Il est réélu successivement
en 1984, 1988 et 1993.
Après le départ de John Turner en
1988, Jean Chrétien remarque le jeune politicien plein
de fougue qui a fait partie du « rat pack »,
un groupe de députés libéraux qui, au début
des années 80, se faisait remarquer par ses critiques du
gouvernement conservateur qui était alors au pouvoir. (Brian
Tobin s'est, par exemple, fait expulser du parlement après
avoir traité Brian Mulroney de menteur.) Brian Tobin accordera
alors son appui sans restriction à Jean Chrétien,
qui saura s'en souvenir.
En
1987, il se rallie, à la dernière minute, à l'accord constitutionnel
du lac Meech.

Quand les libéraux prennent le pouvoir,
Brian Tobin s'est déjà fait remarquer. Il deviendra
ministre des Pêches et Océans le 4 novembre 1993.
Brian Tobin montre vite qu'il a des ambitions politiques et cultive
ses rapports avec les médias.
Il doit aussi gérer le changement de cap
d'Ottawa en matière de pêches, Ottawa ayant conclu
que l'État n'avait plus les ressources financières pour soutenir
l'industrie de la pêche en déclin. Il a la charge d'annoncer,
en avril 1994, un plan de cinq ans pour inciter 30 000 pêcheurs
et travailleurs d'usine à se recycler ou à déménager.

Au printemps 1995, la guerre du flétan le
propulsera à l'avant-scène et en fera le chéri
des médias. Haut en couleur, maniant la parole avec verve,
peu soucieux des nuances, il défend en chambre et sur le
terrain les droits de pêche du Canada face à L'Union
européenne. La dispute porte alors sur la répartition des
quotas de flétan noir dans la zone réglementaire de l'Organisation
des pêches de l'Atlantique Nord-Ouest (OPANO). Le Canada et l'Union
européenne parviennent finalement à un accord qui prévoit l'application
des règlements et la conservation des stocks.
L'arraisonnement de l'Estai :

Le 9 mars 1995, au cur de la
dispute, le Canada arraisonne un navire espagnol, l'Estai.
Brian Tobin est au centre de cette tempête politico-médiatique;
il en sort triomphant et plus populaire que jamais.
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Brian
Tobin participera aussi très activement aux ralliements
pour l'Unité canadienne qui ont précédé
le référendum de 1995 au Québec.
Il gagnera le surnom de Capitaine Canada ou de Tobinator
En 1996, il se tourne de nouveau vers sa province natale, Terre-Neuve,
où il devient premier ministre par acclamation (le sixième
de cette province). Il y formera deux gouvernements, dont le dernier
lors des élections provinciales de 1999.
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Extrait de La
revue de l'année de Radio-Canada, février 1999 :
BRIAN TOBIN REPORTÉ AU POUVOIR
:
Le premier ministre de Terre-Neuve dirigera un gouvernement
majoritaire. Les libéraux perdent cependant quatre députés.
Globalement, 32 libéraux sont élus, contre 12 conservateurs
et 2 néo-démocrates; les libéraux obtiennent près de 50 %
des voix, contre 40 % pour les conservateurs et près de
10 % pour les néo-démocrates
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Comme premier ministre de Terre-Neuve, Brian Tobin s'illustrera
dans ses batailles souvent menées devant les médias
pour faire reconnaître les droits de sa province.
Il réussira aussi à imposer une réforme
du système scolaire qui ôtera à l'Église
catholique sa mainmise sur le réseau d'éducation
de la province.
19
juin 2000 :
La guerre de la crevette continue
Il provoquera par contre l'ire des autochtones par ses déclarations
(juin 2000). Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Phil
Fontaine, accusait alors le premier ministre terre-neuvien de
perpétuer le mythe raciste selon lequel les autochtones sont des
alcooliques et des paresseux. Brian Tobin avait déclaré que les
problèmes sociaux et les suicides qui affligent les communautés
autochtones du Labrador ne disparaîtraient pas tant que les leaders
de ces réserves ne règleraient pas leur propre problème d'alcoolisme.
Un projet ambitieux : Churchill Falls
En mars 1998, Lucien Bouchard et Brian Tobin
annonçaient leur projet hydroélectrique conjoint des chutes Churchill,
une entreprise de 12 milliards de dollars. On voulait alors construire
une mégacentrale de 3000 mégawatts, nécessitant la dérivation
de deux rivières québécoises, la Romaine et la Saint-Jean. À
l'automne 2000, Québec avait abandonné toute participation dans
le développement de Churchill Falls. Terre-Neuve, pour sa part,
avait annoncé qu'elle irait de l'avant seule avec un projet plus
modeste, de près de quatre milliards de dollars, qui excluait
désormais le détournement de rivières.
Août 2000 : Brian
Tobin est le premier ministre provincial le plus populaire
À l'automne 2000, Brian Tobin, avait démissionné de son
poste de premier ministre de Terre-Neuve pour joindre les rangs
du Parti libéral fédéral. Brian Tobin quittait Terre-Neuve avant
d'avoir réalisé les deux grandes promesses de son programme de
la campagne de février 1999. Il s'était alors engagé à conclure
des ententes avec le Québec sur le projet d'hydroélectricité de
Churchill Falls, et avec Inco sur le projet minier de Voisey's
Bay.
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3 février 2001 :
Terre-Neuve a un nouveau premier ministre

Le Parti libéral de Terre-Neuve, réuni en
congrès en banlieue de Saint-Jean, avait alors élu
son nouveau chef, qui devenait du même coup premier ministre
de la province. Roger Grimes l'avait emporté au deuxième
tour avec une majorité de seulement 14 voix sur son adversaire
John Efford. Il succédait ainsi à Brian Tobin.
Roger Grimes héritait aussi de projets comme Voisey's Bay
et le développement hydroélectrique de la rivière Churchill,
qui n'ont jamais été menés à bien par le gouvernement
Tobin.
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Les critiques de Joe Clark :
Peu après l'annonce du départ de
Brian Tobin de la scène provinciale, le chef du Parti progressiste-conservateur,
Joe Clark, avait reproché à Brian Tobin d'avoir « vendu
Terre-Neuve et le Labrador ». M. Clark accusait alors
l'ancien premier ministre terre-neuvien d'être responsable des
compressions budgétaires fédérales subies par les travailleurs
saisonniers de l'île. M. Clark a mis Brian Tobin en cause au sujet
de plusieurs des politiques publiques mises de l'avant par le
gouvernement Chrétien, dont la fermeture de bases militaires et
les compressions budgétaires dans le développement régional et
la recherche en matière de pêcheries. « Toutes ces décisions
ont été prises alors que M. Tobin était un membre du gouvernement
libéral fédéral », avait-t-il insisté. Joe Clark avait
aussi fustigé M. Tobin parce qu'il n'avait pas tenu sa promesse,
faite lors de sa campagne électorale provinciale, de rester au
poste de premier ministre de Terre-Neuve pour toute la durée de
son mandat.
Un
bon soldat pour Jean Chrétien : Aux élections
fédérales de novembre 2000, Brian Tobin avait relevé
avec brio le défi qu'il s'était imposé de revenir en politique
fédérale et de redonner au Parti libéral la majorité qu'il avait
perdue dans cette région du pays aux élections de 1997. Lui-même
facilement élu dans la circonscription de Bonavista-Trinity-Conception,
Brian Tobin avait vu un vent libéral souffler sur l'est du pays,
ce qui a permis aux libéraux de réaliser sept gains aux dépens
des conservateurs et des néo-démocrates.
Le 17 octobre 2000,
Jean Chrétien nomme Brian Tobin ministre de l'Industrie.
Il est également réélu au siège de
député fédéral de Bonavista-Trinity-Conception
le 27 novembre de la même année.
Brian Tobin, candidat pressenti à
la succession de Jean Chrétien :
Le départ de Brian Tobin surprend plus d'un
observateur de la scène politique fédérale.
Avec les Paul Martin et autres Allan Rock, il semblait vouloir
être sur les rangs des candidats à la succession
de Jean Chrétien. Certains voyaient même en lui le
dauphin naturel de Jean Chrétien.
Lors du départ de Lucien Bouchard de
la scène politique, Brian Tobin avait commenté
ce départ en disant comprendre cette décision,
étant lui-même père de jeunes enfants.
Il avait salué aussi le démocrate en Lucien Bouchard,
malgré leurs divergences idéologiques sur l'avenir du Québec.
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En août dernier, lors du caucus libéral fédéral
qui avait lieu à Edmonton, Brian Tobin s'était fait
remarquer par sa toute nouvelle maîtrise de la langue française.
Il s'était alors fait demander si cela avait un rapport
avec son intention de succéder à Jean Chrétien. M. Tobin avait
alors affirmé que ses progrès en français n'étaient
pas liés à ses ambitions politiques.
Ce départ a donc l'effet d'une bombe et laisse certains
observateurs perplexes. Cependant, des sources libérales
indiquent que Brian Tobin aurait décidé d'abandonner
la course à la succession de Jean Chrétien après
avoir constaté qu'il ne disposait pas des appuis nécessaires
et n'avait aucune chance de l'emporter face à Paul Martin.
Une autre étoile montante, John Manley, semble aussi vouloir
se placer en deuxième position derrière Paul Martin,
amincissant d'autant les chances de succès de Brian Tobin.
Jean
Chrétien menace les candidats à la succession trop
zélés
15 juin 2001

Hyperliens :
Industrie Canada
Gouvernement
de Terre-Neuve
Parti libéral
de Terre-Neuve