Le premier ministre
Malgré l'assainissement des finances publiques,
une des « conditions gagnantes » de Lucien
Bouchard en vue d'un éventuel référendum,
l'option souverainiste stagne dans l'opinion publique. Aigri par
cette situation ainsi que par l'affaire Yves Michaud, Lucien Bouchard
annonce sa démission du poste de premier ministre le 11
janvier 2001.
Bernard
Landry entame dès le lendemain une campagne interne pour
obtenir l'appui de ses collègues du gouvernement, damant
rapidement le pion à Pauline Marois. Il est élu
par acclamation au poste de président du Parti québécois
le 3 mars 2001, et est assermenté premier ministre du Québec
cinq jours plus tard.
Toujours convaincu de la pertinence de la souveraineté
pour le Québec, il met en avant un argumentaire basé
sur le contrepoids nécessaire au processus de mondialisation.
Son gouvernement poursuit également ses projets sur les
fusions municipales, les garderies à 5 $ et les baisses
d'impôt, et il rabroue la montée éphémère
de l'Action démocratique du Québec dans les intentions
de vote.
Le chef de l'opposition
Entamant
la campagne électorale favori dans les sondages, le Parti
québécois vogue prudemment en tête jusqu'au
débat des chefs, où Jean Charest déstabilise
Bernard Landry sur des commentaires controversés de l'ancien
chef, Jacques Parizeau. Le chef du PQ ne s'en remettra pas.
Le Parti québécois est battu par
les libéraux aux élections du 14 avril 2003. N'empêche,
Bernard Landry conserve la fonction de chef de l'opposition officielle.
Sa popularité connaît un second souffle
lors de la sortie du documentaire À hauteur d'homme,
de Jean-Claude Labrecque, qui a suivi Bernard Landry tout au long
de la campagne électorale. Dépeint comme un politicien
à couteaux tirés avec les médias, le chef
du Parti québécois ressort pourtant grandi de l'exercice,
le film traçant un portrait humain et attachant de l'homme
derrière la façade politique.
La sortie
À l'été 2004, lors du conseil
national du Parti québécois, certains militants,
dont la députée Pauline Marois, réclament
une course à la direction. Bernard Landry sévit
contre l'une des partisanes de Mme Marois, Nicole Léger,
qui perd son poste de whip adjointe.
Mais la sanction n'apaise pas la crise, et les
déchirements au sein du parti refont les manchettes dans
les semaines qui suivent. Tandis que François Legault exige
que le parti reconnaisse ses erreurs, le député
Jean-Pierre Charbonneau demande carrément au chef de quitter
son poste.
En février 2005, le mouvement d'appui s'inverse,
lorsque les jeunes députés Nicolas Girard, Elsie
Lefebvre et Stéphane Bédard s'unissent en faveur
de Bernard Landry. Ils sont appuyés par la leader parlementaire
Diane Lemieux et de vieux loups comme l'ancien ministre Guy Chevrette.
Au fil des mois, la tension s'apaise, et les candidats
non déclarés à l'éventuelle succession
de M. Landry, Pauline Marois et François Legault, se rallient
derrière leur chef en vue du vote de confiance lors du
congrès de juin.
Mais les militants infligent un camouflet à
Bernard Landry, lui offrant un faible appui de 76,2 %, soit encore
moins qu'à Lucien Bouchard en 1996. Immédiatement,
Bernard Landry annonce sa démission à titre de chef
du Parti québécois et de député de
Verchères.
« Je suis un homme de cause, je ne suis pas
un individualiste et je pense en mon âme et conscience que
je ne pourrais pas servir la société comme je voudrais
le faire avec ce niveau d'appui », déclare-t-il.
Il met ainsi fin à 40 ans de vie politique.