Le
16 octobre 2001, le premier ministre de l'Ontario, Mike Harris,
annonce son départ. Il demande au président du Parti conservateur
de l'Ontario d'organiser une course au leadership dès que possible
et précise qu'il continuera à représenter la circonscription
de Nipissing jusqu'à la fin de son mandat. Sa décision,
dit-il, est motivée par des raisons personnelles. Mike
Harris a révélé récemment qu'il tentait de se réconcilier
avec sa femme, Janet, dont il vivait séparé depuis le mois d'août
1999, après 25 ans de mariage.
Ce départ survient alors
que la popularité du premier ministre est au plus bas.
Les prochaines élections provinciales doivent avoir lieu en 2003.
Notes biographiques
Deuxième fils de Hope et Deane Harris, Mike
Harris est né en 1945 à North Bay, dans le Nord ontarien.
Son père exploitait une entreprise de matériel
de soudage. À 15 ans, sa famille fit l'acquisition
d'un établissement touristique à Callander Bay, sur les rives
du lac Nipissing.
Côté études, le jeune Mike
Harris ne fait pas preuve d'une grande assiduité. Cet état
de choses sera d'ailleurs souligné plus tard par ses adversaires
pendant sa première campagne électorale.
Mike Harris préfère les joies du
plein air aux livres. Adolescent, il travaille pour son père
comme guide, menant les touristes aux meilleurs endroits pour
la pêche. C'est un adepte de golf.
Mike
Harris se lance en politique sous la bannière conservatrice.
Il deviendra député de Nipissing, puis ministre
des Ressources naturelles et de l'Énergie en 1985, avant de devenir,
en mai 1990, leader du Parti conservateur de l'Ontario.
En 1990, son parti arrive troisième aux
élections provinciales, derrière le NPD et le Parti
libéral.
Il lui faudra cinq ans pour redonner grandeur à
un parti dont la déchéance avait été
profonde, après des années d'hégémonie.
La révolution du bon sens
Lorsque
Mike Harris aborde la campagne de 1995, le gouvernement néo-démocrate
de Bob Rae est très impopulaire. Alors qu'au départ la
presque totalité des observateurs prévoyaient la victoire des
libéraux, les conservateurs réussissent à s'imposer avec un programme
politique radical, axé sur la crise des finances publiques.
Bob Rae
Le 8 juin 1995, Mike Harris remporte les élections
et devient le 22e premier ministre de l’Ontario. Les conservateurs
de Mike Harris ont obtenu 82 sièges sur 130, reléguant les
néo-démocrates sortants du premier ministre Bob Rae au 3e rang
avec 17 sièges.
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La plate-forme
électorale qui a assuré l'élection des conservateurs ontariens
en 1995 : la réforme de l'aide sociale, les réductions
d'impôt et les compressions dans les dépenses, une approche
aux antipodes de celle des néo-démocrates
de Bob Rae.
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Le nouveau gouvernement publie rapidement La
révolution du bon sens, un document dans lequel on sent l'influence
des valeurs de la nouvelle droite américaine et de la réforme
Klein en Alberta. Les intentions du gouvernement Harris sont réaffirmées
le 27 septembre dans un discours du Trône, dont la lecture
à Queen's Park donne lieu à une manifestation houleuse. On y fait,
entre autres, référence à la nécessité d'un réaménagement massif
du secteur de la santé.
On y note également une première au Canada :
l'obligation du travail communautaire ou du recyclage professionnel
pour les prestataires d'aide sociale monoparentaux, une mesure
qui sera décriée.
Le discours annonce l'abolition de la loi sur l'équité
en matière d'emploi, de même que des changements majeurs aux législations
relatives à la planification urbaine et aux relations de travail.
Dès le 4 octobre, on dépose le projet de loi 7 « pour
rétablir l'équilibre et la stabilité dans
les relations de travail ainsi que la prospérité
économique ». Ce projet de loi va plus loin que ce
qui était attendu dans ce domaine. On veut annuler les dispositions
de la loi 40 sur les briseurs de grève, rendre plus facile la
privatisation des services publics et plus difficile l'accréditation
des syndicats.
Sur le plan stratégique,
le gouvernement Harris a été manifestement influencé par l'expérience
Klein en Alberta, en particulier en ce qui concerne la rapidité
à procéder aux changements annoncés et la relation politique directe
que le premier ministre entend établir avec la population. Le
projet ontarien de réduction d'impôt est l'un des principaux éléments
qui distinguent la réforme Harris de son homologue albertain.
(observations de l'ENAP- 1995)

Les réformes du gouvernement
Harris se heurtent rapidement aux mouvements syndicaux et à
ceux qui défendent les moins nantis. Les manifestations
se succèdent devant Queen's Park, la législature
ontarienne, parfois dans la violence.
Cependant, plusieurs aspects de la
politique conservatrice plaisent aux Ontariens à cette
époque, à commencer par les importantes baisses
d' impôt sur le revenu.
Un contexte économique favorable
La croissance économique indéniable durant cette
période donne des munitions à Mike Harris pour poursuivre
ses réformes, dont l'objectif est de réduire la taille du gouvernement
et de privatiser certains services.
Lors de la campagne électorale de 1999, de nombreux
électeurs soulignent que le premier ministre a rempli les promesses
faites quatre ans plus tôt, ce qui est plutôt rare au sein de
la classe politique.
Mais
tous les Ontariens ne chantent pas les louanges du gouvernement
et de ses baisses d'impôt. Pour offrir ces baisses, le gouvernement
a dû mettre la hache dans les budgets de la santé et de l'éducation,
faisant souffrir les écoles et les hôpitaux, dénoncent les syndicats.
La province s'est également débarrassée de certaines
dépenses en transférant des responsabilités aux gouvernements
municipaux, sans toutefois leur offrir un financement adéquat,
souligne l'Association des contribuables canadiens. Les municipalités
sont dorénavant responsables des services sociaux, des ambulances
et de 85 % du réseau routier.
Nouvelle victoire :
Mike Harris est réélu sans peine en juin 1999

Les conservateurs obtiennent 59 sièges,
les libéraux, 35, et les néo-démocrates, 9. Les conservateurs
forment donc, pour une deuxième fois de suite, un gouvernement
majoritaire, du jamais vu en Ontario depuis les années 1960.
Après
la victoire, le chef conservateur s'engage à concrétiser
toutes ses promesses, en particulier celle de la baisse des impôts
sur le revenu.
Le deuxième mandat de Mike Harris se déroulera
un peu plus calmement que le premier quant aux affrontements avec
les syndicats et les groupes communautaires. Par contre, ces années
seront marquées par plusieurs scandales, dont un qui entachera
l'équipe du premier ministre, et Mike Harris lui-même :
celui de l'eau contaminée de la communauté de Walkerton.
Au fil des mois, les conservateurs, Mike Harris
en tête, perdront du terrain, comme en témoignent
plusieurs sondages. Autre signe d'insatisfaction de l'électorat :
les conservateurs perdront trois sièges lors d'élections
complémentaires.
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Retour en arrière
Le 7 septembre 2000, Mike Harris dresse un bilan
Le premier ministre de l'Ontario a fait un
bilan des réussites de son gouvernement au terme de la première
journée d'une retraite fermée de son caucus, à Haliburton,
au nord-est du lac Simcoe. Mike Harris dit que le gouvernement
conservateur, après avoir été révolutionnaire, doit maintenant
être visionnaire pour maintenir le cap sur la prospérité
économique. Il a expliqué que ses troupes veulent
planifier l'avenir de l'économie ontarienne et des programmes
de la petite enfance. Au cours des prochains mois, un autre
défi attend le gouvernement : détourner l'attention
des enquêtes sur le drame de l'eau contaminée, à Walkerton.
(extrait du site des nouvelles de Radio-Canada)
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Récemment, à la suite des attentats
du 11 septembre 2001 et de leurs conséquences sur
l'économie, Mike Harris a indiqué qu'il accélérerait
les réductions d'impôt des particuliers et des entreprises, dans
le but de contrer la récession. Dans un discours télévisé aux
Ontariens, Mike Harris a précisé qu'une partie des diminutions
d'impôt serait en vigueur dès maintenant.
Quelques dossiers chauds
pendant les mandats de Mike Harris
L'environnement
Les groupes environnementaux se sont toujours plaints
du manque de place que le gouvernement Harris accordait aux questions
environnementales. On l'a accusé (non sans fondement) de
sabrer dans les programmes de protection de l'environnement et
de déréglementer pour favoriser l'entreprise privée.
Octobre
1999 - Déchets toxiques : le gouvernement Harris montré
du doigt
Août
2000 - La pollution en Ontario affaiblit le Canada
La tragédie de Walkerton
27
août 2001 - Le coroner dépose son rapport préliminaire
Une
vigilance rigoureuse et des règles claires et coercitives sur
la sécurité en matière d'eau potable devront remplacer le « climat
de confiance » naïf qui régnait avant la pire tragédie
liée à la bactérie E. coli que le Canada ait
connue. C'est la conclusion à laquelle en est venu le coroner
en chef de l'Ontario.
La contamination du réseau d'aqueduc de
Walkerton, en mai 2000, a fait sept morts et des centaines de
malades. La remise du mémoire du coroner marque la fin de la première
phase de l'enquête, qui se poursuit par un examen plus large de
la sécurité de l'eau potable en Ontario.
Les services en français, le dossier
de l'hôpital Montfort
L'Hôpital Montfort : l'Association canadienne
française de l'Ontario soutient que le gouvernement Harris n'a
pas respecté la loi 8 sur les services en français quand il a
changé la vocation de l'hôpital universitaire francophone Montfort.
La cause a été entendue par les tribunaux, et l'Association
a eu gain de cause.
Notre
dossier sur la tragédie
17
mai 2001 - La cause de l'Hôpital Montfort en cour d'appel
Le dossier d'Ipperwash
En 1995, lors d'affrontements entre un groupe
d'autochtones et la police provinciale au parc Ipperwash, un jeune
autochtone, Dudley George, est abattu. La famille accuse le premier
ministre d'avoir ordonné à la police de recourir à la force pour
disperser les manifestants.
De son côté, Mike Harris insiste pour
dire que sa rencontre avec la police provinciale avant le drame
n'avait rien d'exceptionnel, qu'elle avait été organisée pour
discuter de l'intention du gouvernement de demander une injonction
à la cour pour mettre fin à l'occupation illégale du parc.
Conclusion

Traçant le bilan de ses années au pouvoir, le premier
ministre s'est dit fier des réalisations de son gouvernement,
citant notamment les réductions d'impôt, l'assainissement des
finances publiques, les réformes de l'éducation et du système
d'aide sociale de l'Ontario. Pourtant, les derniers sondages montrent
une nette baisse de popularité du gouvernement conservateur à
la suite du scandale de l'eau contaminée de Walkerton et des compressions
dans les secteurs de l'éducation et de la santé.
Au cours des derniers mois, les conservateurs
de Mike Harris ont cherché à se réinventer;
ils étaient à la recherche d'une nouvelle vision,
près de sept ans après La révolution
du bon sens. C'est dans ce contexte que Mike Harris a
annoncé son départ, disant avoir perdu le feu sacré
et vouloir se tourner vers des occupations familiales.
Son successeur aura à relever le défi
de renouveler le message du parti pour lui donner un nouveau souffle.
La succession
Plusieurs ministres actuels du gouvernement ontarien
sont des candidats potentiels à la succession. Parmi ceux-ci,
on peut mentionner le ministre des Finances, Jim Flaherty , ainsi
que le ministre de la Santé, Tony Clement, la ministre
de l'Environnement, Elizabeth Witmer, dans le camp des modérés,
de même que la ministre de l'Éducation, Janet Ecker.
Un autre candidat potentiel est Chris Hodgson, des Affaires municipales,
qui serait le protégé de Mike Harris. Un dernier, Chris Stockwell,
au ministère du Travail, est l'enfant terrible de l'Assemblée
législative.