| La militante poursuit sa lutte
Pour
l'avocate musulmane, son prix n'a rien à voir avec une décision
politique : « Je pense que le monde a
compris que la paix passe par les droits de l'homme. Pour que les
guerres s'arrêtent, ceux-ci doivent être respectés. »
Dès son retour chez elle, à l'aéroport
de Téhéran, la militante est vite passée outre
aux mises en garde de la République islamique en réclamant
de nouveau la démocratie et la libération de tous
les prisonniers politiques. Sa vision n'a d'ailleurs pas changé :
plus que jamais, elle croit que le Coran est compatible avec les
droits de l'homme.
| Des milliers
de Téhéranais enthousiastes l'ont accueillie
en réclamant eux-mêmes la libération des
prisonniers politiques, déformant le slogan « Jomhouri
Eslami » (République islamique)
en « Liberté, Indépendance,
Ebadi ». |
Quant
à ses combats, ils demeurent les mêmes : elle
s'insurge contre la discrimination des femmes, contre le fait que
la responsabilité pénale pour les deux sexes ne soit
pas au même âge, que les droits d'héritage ne
soient pas les mêmes, que les règles du divorce diffèrent,
qu'il n'y ait que 13 femmes députées (alors qu'à
l'université, 63 % des étudiants sont des filles),
sans oublier les droits des enfants.
Déçue de la révolution de Khatami
Après
avoir soutenu le camp du président réformateur Mohammad
Khatami lors de la présidentielle de 1997, la militante musulmane
se dit aujourd'hui profondément déçue par la
révolution islamique. Elle prône l'établissement
d'une réforme tant en ce qui concerne les droits civils et
politiques que les droits économiques et sociaux.
« À cause d'elle (la
révolution islamique) et de la guerre contre l'Irak, des
milliers de familles ont perdu des enfants, des parents. Le peuple
iranien a élu Khatami parce qu'il parlait de réformes,
et il pensait qu'elles étaient réalisables. Mais l'idée
de réforme continue d'exister dans la société,
et Khatami n'est pas le seul porte-parole de la réforme »,
affirme-t-elle.
| Quelle
serait la première réforme à appliquer
en Iran,
selon Shirin Ebadi?
« Que
les pénalités islamiques soient remplacées
par des peines modernes, comme dans tous les pays démocratiques.
Qu'on supprime la lapidation, l'amputation des membres, qu'on
modifie l'âge de la majorité des jeunes, qui
est actuellement de 13 ans pour les filles et de 15 ans pour
les garçons. C'est essentiel, cela touche à
la liberté, à la vie et à la sécurité
de la population. » |
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