Dix ans après le génocide rwandais, Roméo
Dallaire reste marqué par ce qu'il a vu et par ce qu'il
n'a pu empêcher. Militaire de carrière, le lieutenant
général Roméo Dallaire s'est surtout fait
connaître de la population pour avoir commandé la
mission au Rwanda, en 1993-1994. Une mission de paix manquée,
puisqu'elle n'a pu empêcher un des pires massacres de l'histoire.
Pourtant, le lieutenant général canadien n'avait
cessé de réclamer plus de ressources et de presser
la communauté internationale d'agir. En vain. Il s'est
heurté à un mur d'indifférence et à
une lourde bureaucratie.
«Ce
monde, dirigé par les États-Unis, la France, le
Royaume-Uni, a facilité et encouragé le génocide.
Jamais ces pays ne parviendront à laver le sang des Rwandais
qui souille encore leurs mains.»
- Le Devoir, 13 décembre
2003
Plusieurs
le voient comme un héros qui s'est tenu debout pour
dénoncer l'inaction de la communauté internationale.
D'autres, comme les familles des soldats belges qui ont
été tués par la milice hutue, l'ont
accusé de lâcheté.
Militaire intègre, humaniste et défenseur de la
paix, Roméo Dallaire est un homme à l'âme
blessée, encore habité par les fantômes du
passé.
«Je
vis la culpabilité d'un commandant qui a vu sa mission
ne pas aboutir à un succès. Je vis aussi avec
cette culpabilité vis-à-vis des Rwandais à
qui on a donné l'espoir du succès de leur projet
de paix et qui, ultimement, se sont fait massacrer en nous regardant
avec des yeux d'incompréhension pendant que nous étions
impuissants à faire quelque chose. Il est normal pour
un commandant de se poser des questions, de se dire: "Peut-être
que j'ai argumenté, mais je n'ai pas convaincu. Peut-être
que je n'ai pas utilisé les bonnes méthodes."»
- La Presse, 15 avril
2000
En janvier 2004, il témoigne devant le Tribunal
pénal international pour le Rwanda à Arusha,
en Tanzanie, contre Théoneste Bagosora, ancien chef de
cabinet du ministre rwandais de la Défense, considéré
comme le cerveau du génocide, et Anatole Nsengiyumava,
ancien chef de la gendarmerie rwandaise. Son témoignage
sera entendu jusqu'à la fin du mois.
Dans notre Revue
de l'année 2003, nous demandions à nos internautes
de nous dire qui était pour eux la personnalité
de l'année. Vous avez été nombreux à
vouloir en savoir davantage sur le lieutenant général
Roméo Dallaire.