« L'indépendance,
ce n'est pas une récompense,
c'est une responsabilité. »
« J'ai souvent passé pour un extrémiste parce qu'on
croyait que l'indépendance était une solution extrémiste.
C'est tout à fait ridicule. Dans ce cas, tous les pays indépendants
seraient extrémistes. Seuls les colonisés peuvent traiter
d'extrémistes ceux qui parlent de l'indépendance. »
« On m'a demandé l'autre jour : "Qu'est-ce qu'un Québécois?"
J'ai répondu : "C'est quelqu'un qui veut l'être. Quelqu'un
qui assume le passé, le présent et l'avenir du Québec." »
« Sauver le monde, ramasser les chiens écrasés. Voilà
la plus grande partie de moi.»
« On est un peuple qui ne discute plus. »
« Ce que j'aurais aimé le plus? Être une femme à la
maison, élever des enfants, faire le repassage, décorer, faire
la cuisine, changer les couches. »
« D'abord, j'ai vécu dans la misère jusqu'en 1976. Entre
1964 et 1976, j'ai gagné 2800 $. À la fin, j'étais sur le
bien-être social [sic].»
Une carrière diversifiée
L'homme de spectacle
Brièvement officier d'artillerie de l'armée
canadienne au début des années 50, Pierre Bourgault
montre des dispositions pour la scène très tôt : il monte quelques
pièces au collège puis, entre 1954 et 1956, il se joint à la bande
du Père Legault, qui donne des représentations à l'Oratoire. Au
cours des années 50 et 60, on le voit à la télé, notamment dans
Côte de sable, La boîte à surprise, Le Grand Duc,
Ouragan, CF-RCK et Rue de l'anse. Plus récemment,
en 1991, il a incarné un dompteur de vers de terre, personnage composite
inspiré à la fois de lui et d'André Petrowski, de L'ONF, dans le
film Léolo de Jean-Claude Lauzon. Pierre Bourgault est également
le scénariste du téléfilm Marco ou la fable du pouvoir, réalisé
en 1992 par Jean-Yves Laforce.
L'homme des médias
La voix de Pierre Bourgault aura résonné dans de
multiples tribunes, et sa pensée agile, résolument lapidaire, se
sera exprimée sur une foule de sujets, des plus philosophiques aux
plus triviaux. En ondes comme dans la vie, il admet librement son
homosexualité et revendique en toutes choses le droit à la différence,
comme celui de fumer, par exemple.
Au milieu des années 50, Pierre Bourgault devient
annonceur, d'abord à la radio CHLN, à Trois-Rivières, puis à la
radio de Sherbrooke. Il passe ensuite à la télé, devenant annonceur
et régisseur à CBOFT, une station d'Ottawa, vers 1957.
En 1959, il obtient un poste de régisseur à la télévision
de Radio-Canada, à Montréal, poste qu'il quittera en 1960 pour un
séjour de six mois en Europe. À son retour, il est embauché au quotidien
La Presse et devient rédacteur de la section magazine jusqu'en
1964. Il est également animateur de l'émission 20 ans express,
à la télé de Radio-Canada, vers les années 1962-1963.
Entre 1964 et 1976, il connaît d'importantes périodes
de chômage et reproche alors aux médias d'exclure les indépendantistes.
Il collabore à L'Indépendant et dirige, de 1970 à 1971, le
magazine indépendantiste Point de Mire. Il est également
pigiste pour Le Jour.
Après 1976, il travaille de nouveau pour les stations
de radio. Il est morning man à la station CKCV à Québec en 1986,
animateur, avec Marie-France Bazzo, de l'émission Plaisirs
à Radio-Canada, et il travaille à CKAC au début des années 90. À
la télévision, il collabore à l'émission Studio libre à Radio-Canada,
et il anime Point de vue à Télé-Québec vers 1997. En parallèle,
il collabore à divers périodiques.
Le professeur
Pierre Bourgault devient professeur au Département
des communications de l'UQAM en 1976, un poste qu'il occupera jusqu'en
2000. Des générations d'étudiants se souviennent de son style incisif,
parfois provocant, mais jamais ennuyeux.
Le militant infatigable
Pierre Bourgault,
lors d'une manifestation pour un Québec français,
en 1971.
Pierre Bourgault a marqué son temps de bien des façons,
mais c'est sans doute comme militant qu'il se sera le plus fait
entendre et remarquer. Jeune homme, il adhère au Rassemblement pour
l'indépendance nationale (RIN), en 1960, quelques semaine après
sa fondation par André D'Allemagne et Marcel Chaput. Il devient
président du mouvement, alors devenu parti politique, de 1964 à
1968.
Candidat du RIN dans le comté de Duplessis aux élections
de juin 1966, il perd par 2 % des voix.
En 1968, Pierre Bourgault est l'artisan du sabordage
du RIN, qui fusionne avec le MSA (Mouvemement souveraineté-association)
pour devenir bientôt le Parti québécois. Devenu membre du PQ, il
tente sans succès de se faire élire à l'exécutif national du PQ
en 1970, puis se porte candidat du PQ dans Mercier aux élections
d'avril 1970. Robert Bourassa remporte le scrutin. Élu membre de
l'exécutif national du PQ en mars 1971, il partira en janvier 1973,
en conflit avec René Lévesque sur la politique linguistique du parti.
Au référendum de 1980, malgré son profond désaccord
avec la question référendaire, il fera campagne en faveur du Oui.
Sanguin et ennemi du compromis, il claque la porte du Parti québécois
en 1981. Dans une lettre brutale publiée le 18 décembre 1981 dans
Le Devoir, Pierre Bourgault incite les péquistes à choisir
entre René Lévesque et l'indépendance.
Finalement, Pierre Bourgault effectue un retour en
politique active à l'automne 1994 pour le référendum de 1995,
devenant alors le conseiller spécial en communication de Jacques
Parizeau. Son commentaire, suggérant qu'il serait dangereux
qu'une très grande majorité de Québécois
francophones votent pour le Oui, mais perdent quand même le
référendum à cause du vote négatif d'un
groupe spécifique et identifiable de Québécois
(les anglophones et les allophones), sème l'embarras parmi
les troupes souverainistes. Pour calmer la controverse, Bourgault
doit démissionner en janvier 1995.