Ban Ki-moon
Huitième secrétaire général des Nations unies


JOURNALISTE
Danielle Beaudoin

Le Sud-Coréen, cité dans Le Figaro (6 octobre 2006) : « L’ONU se trouve à un tournant. On lui reproche de ne pas être prête pour affronter les défis du XXIe siècle, c’est un peu vrai. Elle doit renaître en étant encore plus professionnelle et plus intègre ».

Sur Ban Ki-moon : « Ban voit juste lorsqu’il affirme qu’il faut se concentrer d’abord et avant tout sur l’accomplissement des objectifs déjà fixés, plutôt que d’identifier de nouvelles frontières à conquérir. » — extrait de l’analyse de Thorsten Benner, du Global Public Policy Institute, publiée dans l’International Herald Tribune (4 octobre 2006)

 

 

 

 

 

 

 

 

 


« L'emploi le plus impossible au monde »

Kofi Annan se plaisait à dire que le poste de secrétaire général de l’ONU était « le plus impossible au monde ». Une chose est sûre, Ban Ki-moon ne se tournera pas les pouces durant son mandat de cinq ans.

À l’interne, Ban Ki-moon doit gérer une organisation regroupant quelque 130 000 personnes, oeuvrant pour l’ONU dans le monde entier. Une partie toujours plus importante du budget onusien est consacrée au maintien de la paix dans le monde. Sous le règne de Kofi Annan, ces opérations ont doublé et le budget pour celles-ci est passé de 1 à 5 milliards de dollars. Il y en a aujourd’hui 17, regroupant quelque 90 000 soldats, déployés notamment en Haïti, en Côte d’Ivoire et au Liban. L'ONU

Le nouveau chef onusien hérite d’une organisation qui n’a pas réussi à s’ajuster à un monde en pleine mutation. En dix ans à la tête de l’ONU, Kofi Annan n’a pas pu réformer cette institution, qui en a pourtant grandement besoin. Il s’est buté à la résistance des États membres.

Le meilleur exemple est peut-être la composition du Conseil de sécurité. Kofi Annan plaidait pour l’élargissement de ce conseil en faveur des pays en voie de développement. Cette entité est, encore aujourd’hui, dominée par les cinq pays permanents qui ont droit de veto : la Chine, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie.

La réforme administrative de l’ONU proposée par Kofi Annan n’a pas eu plus de succès. Des changements sont pourtant réclamés à cor et à cri, surtout depuis le scandale, en 2005, du programme pétrole contre nourriture en Irak. La commission Volcker, qui a enquêté sur le détournement de fonds de 10 milliards de dollars, en est arrivée à la conclusion suivante: il faut réformer l’ONU pour éviter que ne se reproduisent « des pratiques de corruption illicites et contraires à l’éthique ». Autre extrait du rapport Volcker : «L’organisation a besoin d’une direction plus forte, d’une réforme administrative complète et de procédures plus fiables d’audits et de contrôle ».

L’ONU est aussi à la croisée des chemins quant à son existence même, soixante ans après sa création. Quel est le rôle des Nations unies dans un monde de plus en plus complexe et divisé ? Cette organisation, forte de 192 États membres, est-elle toujours viable ? Est-elle toujours légitime ?

Ban Ki-moon s’engage à poursuivre la réforme de l’institution amorcée par son prédécesseur. Il a aussi déclaré, lors de son assermentation, que l’une de ses principales tâches sera de « revivifier et susciter un regain de confiance envers un secrétariat de l’ONU un peu essoufflé ». Il a aussi juré d’exercer ses fonctions avec « loyauté, bon sens et conscience ». Il s’engage à instaurer des critères éthiques plus élevés, à travailler pour mettre en valeur la morale, le professionnalisme et la responsabilité au sein du personnel.

Ban Ki-moon promet d’œuvrer à une meilleure harmonie au sein de l’ONU, d’être rassembleur. Le chef onusien fait allusion aux tensions entre pays riches et pauvres quant à certains aspects de la réforme de l’organisation.
Le nouveau secrétaire général s’est également engagé à renforcer les trois piliers de l’ONU, sécurité, développement et droits de l’homme, afin de bâtir un monde plus pacifique, plus prospère et plus juste pour les générations à venir. Il se donne comme priorités de faire face à l'expansion des opérations de maintien de la paix, aux menaces posées par le terrorisme et à la prolifération des armes de destruction massive. Il rappelle l’importance d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, dont la réduction de la pauvreté, la lutte contre le sida et le combat pour un environnement durable.

En tout cas, la mesure la plus pressante, selon plusieurs spécialistes de l’ONU, est la désignation de ses collaborateurs aux postes clés. Dans la communauté internationale, tout un chacun cherche à savoir de qui va s’entourer le nouveau chef onusien.

Les secrétaires généraux des Nations unies

Kofi Annan, Ghana
1996-2006

Boutros Boutros-Ghali, Égypte
1992 -1996

Javier Pérez de Cuéllar, Pérou
1982-1991

Kurt Waldheim, Autriche
1972-1981

U Thant, Birmanie
1961-1971

Dag Hammarskjöld, Suède
1953-1961

Trygve Halvdan Lie, Norvège
1946-1952

Bien des feux à éteindre

À l'externe, ce ne sont pas les dossiers brûlants qui manquent. Ban Ki-moon doit affronter la crise nord-coréenne. Il lui faudra faire taire les envies nucléaires du régime de Pyongyang et maintenir la paix dans la péninsule coréenne. Malgré sa vaste expérience du dossier nord-coréen, il devra faire preuve d'une grande habileté pour régler cette affaire.

Les ambitions nucléaires de l'Iran sont aussi dans la ligne de mire du Conseil de sécurité. Ce dernier compte sanctionner Téhéran pour son refus de suspendre les activités nucléaires équivoques, comme l'enrichissement d'uranium.

Ban Ki-moon promet de s'engager personnellement dans les efforts pour faire cesser l'effusion de sang au Darfour, où la guerre civile a fait plus de 200 000 morts et 2 millions de réfugiés depuis 2003. Une crise qu'il qualifie d'inacceptable. Parviendra-t-il à mettre sur pied une force ONU-Union africaine pour endiguer la violence dans cette région du Soudan?

Une des priorités du nouveau chef onusien sera la paix au Proche-Orient. Parmi les crises à régler, il cite le conflit israélo-palestinien, la recrudescence de la violence en Irak et la détérioration de la situation au Liban. Il aura aussi du pain sur la planche avec le fragile processus de paix en Côte d'Ivoire, qui risque de dérailler à tout moment.

Les premières prises de position du nouveau chef onusien
(le jour de son assermentation, le 14 décembre 2006)

Sur la tragédie du Darfour : il a qualifié d’inadmissible la situation dans cette province du Soudan, où une guerre civile a fait plus de 200 000 morts et 2 millions de réfugiés depuis 2003. Il estime qu’il ne peut y avoir de solution militaire et promet de s’engager personnellement dans les efforts pour faire cesser l’effusion de sang.

Sur la négation de l’holocauste prônée par l’Iran : le Sud-Coréen a déclaré qu’il était inacceptable de nier le génocide des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale et d’appeler à rayer Israël de la carte. Ban Ki-moon faisait référence aux déclarations controversées du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier a qualifié, à plusieurs reprises depuis son arrivée au pouvoir en 2005, la Shoah de mythe, et Israël, de tumeur. Le nouveau chef de l’ONU s’est dit prêt à se rendre en Iran pour engager le dialogue chaque fois que la situation l’exigera.

Sur la crise au Proche-Orient : Ban Ki-moon a indiqué que la détérioration de la situation dans cette région du monde serait l’une de ses priorités, en particulier le conflit israélo-palestinien.