« L'emploi le plus impossible au monde »
Kofi Annan se plaisait à dire que le poste
de secrétaire général de l’ONU était
« le plus impossible au monde ». Une chose est sûre,
Ban Ki-moon ne se tournera pas les pouces durant son mandat
de cinq ans.
À l’interne, Ban Ki-moon doit gérer une
organisation regroupant quelque 130 000 personnes, oeuvrant
pour l’ONU dans le monde entier. Une partie toujours plus
importante du budget onusien est consacrée au maintien
de la paix dans le monde. Sous le règne de Kofi Annan,
ces opérations ont doublé et le budget pour celles-ci
est passé de 1 à 5 milliards de dollars. Il y
en a aujourd’hui 17, regroupant quelque 90 000 soldats,
déployés notamment en Haïti, en Côte
d’Ivoire et au Liban. 
Le nouveau chef onusien hérite d’une organisation
qui n’a pas réussi à s’ajuster à
un monde en pleine mutation. En dix ans à la tête
de l’ONU, Kofi Annan n’a pas pu réformer
cette institution, qui en a pourtant grandement besoin. Il s’est
buté à la résistance des États membres.
Le meilleur exemple est peut-être la composition du Conseil
de sécurité. Kofi Annan plaidait pour l’élargissement
de ce conseil en faveur des pays en voie de développement.
Cette entité est, encore aujourd’hui, dominée
par les cinq pays permanents qui ont droit de veto : la Chine,
les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie.
La réforme administrative de l’ONU proposée
par Kofi Annan n’a pas eu plus de succès. Des changements
sont pourtant réclamés à cor et à
cri, surtout depuis le scandale, en 2005, du programme pétrole
contre nourriture en Irak. La commission Volcker, qui a enquêté
sur le détournement de fonds de 10 milliards de dollars,
en est arrivée à la conclusion suivante: il faut
réformer l’ONU pour éviter que ne se reproduisent
« des pratiques de corruption illicites et contraires
à l’éthique ». Autre extrait du rapport
Volcker : «L’organisation a besoin d’une direction
plus forte, d’une réforme administrative complète
et de procédures plus fiables d’audits et de contrôle
».
L’ONU est aussi à la croisée des chemins
quant à son existence même, soixante ans après
sa création. Quel est le rôle des Nations unies
dans un monde de plus en plus complexe et divisé ? Cette
organisation, forte de 192 États membres, est-elle toujours
viable ? Est-elle toujours légitime ?
Ban Ki-moon s’engage à poursuivre la réforme
de l’institution amorcée par son prédécesseur.
Il a aussi déclaré, lors de son assermentation,
que l’une de ses principales tâches sera de «
revivifier et susciter un regain de confiance envers un secrétariat
de l’ONU un peu essoufflé ». Il a aussi juré
d’exercer ses fonctions avec « loyauté, bon
sens et conscience ». Il s’engage à instaurer
des critères éthiques plus élevés,
à travailler pour mettre en valeur la morale, le professionnalisme
et la responsabilité au sein du personnel.
Ban Ki-moon promet d’œuvrer à une meilleure
harmonie au sein de l’ONU, d’être rassembleur.
Le chef onusien fait allusion aux tensions entre pays riches
et pauvres quant à certains aspects de la réforme
de l’organisation.
Le nouveau secrétaire général s’est
également engagé à renforcer les trois
piliers de l’ONU, sécurité, développement
et droits de l’homme, afin de bâtir un monde plus
pacifique, plus prospère et plus juste pour les générations
à venir. Il se donne comme priorités de faire
face à l'expansion des opérations de maintien
de la paix, aux menaces posées par le terrorisme et à
la prolifération des armes de destruction massive. Il
rappelle l’importance d’atteindre les Objectifs
du Millénaire pour le développement, dont la réduction
de la pauvreté, la lutte contre le sida et le combat
pour un environnement durable.
En tout cas, la mesure la plus pressante, selon plusieurs spécialistes
de l’ONU, est la désignation de ses collaborateurs
aux postes clés. Dans la communauté internationale,
tout un chacun cherche à savoir de qui va s’entourer
le nouveau chef onusien.
| Les secrétaires
généraux des Nations unies
Kofi Annan, Ghana
1996-2006
Boutros Boutros-Ghali, Égypte
1992 -1996
Javier Pérez de Cuéllar, Pérou
1982-1991
Kurt Waldheim, Autriche
1972-1981
U Thant, Birmanie
1961-1971
Dag Hammarskjöld, Suède
1953-1961
Trygve Halvdan Lie, Norvège
1946-1952
|
Bien des feux à éteindre
À l'externe, ce ne sont pas les dossiers brûlants qui manquent. Ban Ki-moon doit affronter la crise nord-coréenne. Il lui faudra faire taire les envies nucléaires du régime de Pyongyang et maintenir la paix dans la péninsule coréenne. Malgré sa vaste expérience du dossier nord-coréen, il devra faire preuve d'une grande habileté pour régler cette affaire.
Les ambitions nucléaires de l'Iran sont aussi dans la ligne de mire du Conseil de sécurité. Ce dernier compte sanctionner Téhéran pour son refus de suspendre les activités nucléaires équivoques, comme l'enrichissement d'uranium.
Ban Ki-moon promet de s'engager personnellement dans les efforts pour faire cesser l'effusion de sang au Darfour, où la guerre civile a fait plus de 200 000 morts et 2 millions de réfugiés depuis 2003. Une crise qu'il qualifie d'inacceptable. Parviendra-t-il à mettre sur pied une force ONU-Union africaine pour endiguer la violence dans cette région du Soudan?
Une des priorités du nouveau chef onusien sera la paix au Proche-Orient. Parmi les crises à régler, il cite le conflit israélo-palestinien, la recrudescence de la violence en Irak et la détérioration de la situation au Liban.
Il aura aussi du pain sur la planche avec le fragile processus de paix en Côte d'Ivoire, qui risque de dérailler à tout moment.
| Les premières prises de position
du nouveau chef onusien (le jour de son assermentation,
le 14 décembre 2006)
Sur la tragédie du Darfour : il a qualifié
d’inadmissible la situation dans cette province
du Soudan, où une guerre civile a fait plus de
200 000 morts et 2 millions de réfugiés
depuis 2003. Il estime qu’il ne peut y avoir de
solution militaire et promet de s’engager personnellement
dans les efforts pour faire cesser l’effusion
de sang.
Sur la négation de l’holocauste prônée
par l’Iran : le Sud-Coréen a déclaré
qu’il était inacceptable de nier le génocide
des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale
et d’appeler à rayer Israël de la
carte. Ban Ki-moon faisait référence aux
déclarations controversées du président
iranien Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier a qualifié,
à plusieurs reprises depuis son arrivée
au pouvoir en 2005, la Shoah de mythe, et Israël,
de tumeur. Le nouveau chef de l’ONU s’est
dit prêt à se rendre en Iran pour engager
le dialogue chaque fois que la situation l’exigera.
Sur la crise au Proche-Orient : Ban Ki-moon a indiqué
que la détérioration de la situation dans
cette région du monde serait l’une de ses
priorités, en particulier le conflit israélo-palestinien.
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