La Tchétchénie, terre de résistance

1999 :
l'histoire se répète
7
août 1999 : des combattants venus de Tchétchénie
s'emparent de trois villages du Daguestan.
9 août : Vladimir Poutine
devient le premier ministre de la Russie.
10 août : les rebelles
proclament l'indépendance de « l'État islamique
du Daguestan ».
25 août : l'armée
de l'air bombarde des positions islamistes du Daguestan et des villages
tchétchènes situés près de la frontière.
31 août-16 septembre :
cinq attentats meurtriers secouent Moscou et ses banlieues.
5 septembre : deuxième
incursion armée dans sept villages du Daguestan.
18 septembre : entre 20 000
et 30 000 soldats russes se massent à la frontière
tchétchène.
25 septembre : Moscou ferme
la frontière entre la Tchétchénie et l'Ingouchie.
29 septembre : le président
Maskhadov confie la défense de l'est du territoire à
Chamil Bassaïev.
1er octobre : 140 000 soldats
et 300 chars russes entament leur conquête du nord de
la Tchéchénie.
23 octobre : la frontière
est de nouveau bloquée devant plus de 20 000 réfugiés.
12-13 novembre : la deuxième
ville tchétchène, Goudermes, tombe sous contrôle
russe.
Novembre : les Russes laissent
tomber des bombes « par erreur » sur la Géorgie,
accusée par Moscou d'aider les combattants.
Début décembre :
deuxième phase, la prise de Groznyï s'amorce.
25 décembre : « l'assaut
final » sur Groznyï est lancé.
Janvier 2000 : les indépendantistes
reprennent temporairement le contrôle de trois villes : Chali,
Goudermes et Argoun.
7 janvier : Moscou décrète
une trêve, qui ne durera que trois jours.
12 janvier : les hommes tchétchènes
âgés de 10 à 60 ans n'ont pas le droit
de traverser la frontière.
Mi-janvier : l'Union moscovite
des mères de soldats conteste le bilan officiel de Moscou
sur le nombre de morts et de blessés russes, et la presse
commence à émettre
des critiques.
16 janvier : les Russes
arrêtent le journaliste russe indépendant Andreï
Babitski, accusé d'être à la solde des
Tchétchènes (ils affirment l'avoir échangé
contre des militaires russes capturés, mais certains croient
plutôt qu'il est dans un « camp de filtration »).
18 janvier : les soldats russes
parviennent au centre de Groznyï au prix de lourdes pertes.
20 janvier : Moscou reconnaît
pour la première fois la mort d'un général
russe.
1er février : les combattants
tchétchènes abandonnent Groznyï.
Février : l'armée
intensifie son pilonnage des montagnes du sud, en prélude
à une opération terrestre.
17 février : Moscou ouvre
une enquête criminelle contre le président Maskhadov
pour « rébellion armée ».
Début août, quelque 2000 combattants venus de
Tchétchénie effectuent une incursion armée
dans trois villages de la république
du Daguestan situés près de la frontière
avec la Tchétchénie. L'ancien membre du KGB Vladimir
Poutine accède au poste de premier ministre de la Russie
et promet de ramener l'ordre en deux semaines.
Les
troupes russes interviennent rapidement pour repousser les combattants.
Les combats meurtriers s'intensifient, tandis que les rebelles proclament
l'indépendance de l'« État islamique du
Daguestan » et lancent la guerre sainte contre Moscou.
Ils se retirent toutefois rapidement, ne trouvant pas de soutien
chez les Daguestanais. Entre le 31 août et le 16 septembre,
une vague d'explosions secoue Moscou et ses banlieues. Bilan :
près de 300 morts. Le Kremlin accuse les « bandits »
tchétchènes sans jamais rendre publiques les preuves
qu'il dit détenir. Les indépendantistes font une deuxième
incursion en territoire daguestanais au début du mois de
septembre.
L'armée
russe commence alors ses bombardements « punitifs »
sur la Tchétchénie, même si le président
Maskhadov nie toute responsabilité dans les incursions ou
les attentats. Les installations techniques de la radio, de la télévision
et de la téléphonie, infrastructures dont dépend
le président Maskhadov, sont détruites dès
les premiers jours. Étrangement, celles des rebelles restent
intactes.
Certains
y voient une intention délibérée de Moscou,
puisque le dirigeant tchétchène charge alors son rival,
le leader Chamil Bassaïev, de défendre l'est du territoire.
Cela légitime l'offensive de la Russie, qui affirme y voir
la preuve du soutien de Maskhadov auprès des rebelles. Dès
octobre, la capitale est privée d'électricité,
d'eau et de gaz, et la nourriture se fait déjà rare.
Sur
le terrain,
les troupes russes amorcent leur conquête du territoire tchétchène
par les plaines du Nord. Le terrain plat facilite leur avancée,
d'autant plus que les combattants se sont souvent repliés
vers le sud. La seconde phase, la prise de Groznyï, débute
en décembre. Certains, comme le président tchétchène,
accusent l'armée d'utiliser des armes chimiques.
Les
troupes russes s'enlisent devant l'incroyable résistance
des Tchétchènes. Ceux-ci, même s'ils sont moins
nombreux, sont maîtres des embuscades et des retraits stratégiques,
et ils sont en outre mieux armés que lors du précédent
conflit. « L'assaut final », lancé
sur Groznyï le 25 décembre, se heurte à
la résistance de quelque 2000 combattants tchétchènes.
Au
début de décembre, alors que les troupes russes encerclent
Groznyï à 90 %, les avions larguent des tracts
pour sommer les civils, qui se terrent dans des sous-sols depuis
des semaines, de quitter la ville, sous peine d'être considérés
comme des combattants. Selon des témoignages, les habitants
qui restent, qu'on estime à 40 000, sont trop faibles
ou trop vieux pour se déplacer ou ignorent l'existence des
corridors de sécurité.
L'an
2000 s'amorce par la contre-offensive des rebelles sur trois villes
tchétchènes et par l'intensification des bombardements
sur Groznyï et sur le sud de la Tchétchénie.
« Par respect » de la fin du ramadan et du
Noël orthodoxe, Moscou décrète une trêve,
qui sera de courte durée. Les combats meurtriers reprennent,
et l'union moscovite des mères de soldats conteste la version
du Kremlin sur le nombre de soldats tués. À la mi-janvier,
au bilan officiel de 500 soldats morts et de 1300 blessés,
elle oppose un minimum de 3000 morts et de 6000 blessés.
La Russie avait pourtant promis que, cette fois-ci, ses soldats
ne mourraient pas.
Le
16 janvier, les Russes arrêtent le journaliste Andreï
Babitski de Radio-Svoboda, pour qui il couvre
le conflit du côté tchétchène. Deux semaines
plus tard, Moscou, qui accusait le journaliste d'être à
la solde des Tchétchènes, prétend l'avoir échangé
contre des soldats russes faits prisonniers. Certains diront pourtant
qu'il se trouve dans un des fameux « camps de filtration »,
où seraient torturés des prisonniers tchétchènes,
selon divers témoignages. Il ne réapparaît que
le 25 février, au Daguestan. Moscou l'accusera de possession
de faux passeport et l'emprisonnera. Il est cependant libéré
le 29 février.
En
février, après des semaines de combats, les islamistes
abandonnent Groznyï, conquise par l'armée russe, pour
se retrancher dans les montagnes du sud.
Un grand
nombre d'entre eux auraient perdu la vie au cours de ce retrait.
Les Russes intensifient leur pilonnage du sud de la Tchétchénie,
particulièrement sur les gorges d'Argoun, lieu stratégique
qui mène aux routes de ravitaillement des milliers de combattants,
et sur celles de Vedeno.
Le
9 février, les Russes annoncent qu'ils ont largué
des bombes de 1500 kg, que l'agence russe Interfax soupçonne
d'être des bombes à effet de vide dont l'action, en
brûlant l'oxygène, fait mourir par suffocation ou par
l'effondrement des poumons. Quelques
jours plus tard, ils ferment l'accès de Groznyï aux
civils jusqu'au 1er avril en raison du « risque
d'attentats terroristes », affirmation remise en question
par diverses organisations non gouvernementales qui redoutent plutôt
un nettoyage ethnique en règle.
En
Russie, une partie de l'opinion publique condamne l'offensive. À
la mi-février, un millier de manifestants de Moscou réclament
l'arrêt des bombardements. Toutefois, à quelques mois du scrutin
présidentiel du 26 mars, Vladimir Poutine recueille 60 %
des intentions de vote. Même si l'opposition est pour l'instant
minoritaire, plusieurs
se demandent jusqu'où la population russe suivra son nouveau
leader si les soldats meurent trop nombreux au combat.
C'est
toutefois du côté des civils que les pertes sont les
plus considérables. Jusqu'à présent, le conflit
a tué au moins 6000 civils, un chiffre jugé modéré
par certains. Privés d'eau et d'électricité,
vivant dans de piètres conditions d'hygiène, les survivants
sont également menacés par le froid, la maladie et
le manque de nourriture.
Aux
distributions d'aide humanitaire dont se vante Moscou, des témoins
opposent plutôt des histoires de pillage, de torture, d'épuration
ethnique, de bombardements des routes empruntées par les
réfugiés, de viols d'hommes et de femmes par des soldats
russes, de demandes de rançon, d'exécutions sommaires,
de « camps de filtration », autant d'accusations
réfutées par le Kremlin. L'organisation non gouvernementale
Médecins du monde,
seule ONG encore présente en Tchétchénie, affirme
que les conventions de Genève sur la protection des victimes
de guerre sont violées et qu'il faut envisager la « qualification
de crimes contre l'humanité ». Devant ces témoignages,
le Haut-Commissariat
aux réfugiés des
Nations unies (HCR) exprime ses inquiétudes à
Moscou, qui qualifie ces propos d'inacceptables et lui refuse l'accès
à la Tchétchénie, ainsi qu'aux diverses organisations
non gouvernementales.
Certains
civils affirment également avoir dû payer les soldats
pour récupérer l'un des leurs ou pour traverser la
frontière tchétchène. Près de 300 000 civils
tchétchènes ont fui les bombardements, surtout vers
l'Ingouchie, où ils forment près de la moitié
de la population. Malgré cet afflux de réfugiés,
Moscou refuse de parler de catastrophe humanitaire.
À
la fin de février, la diffusion d'un reportage par la chaîne
de télévision BBC relance les présomptions d'atrocités commises
par les troupes russes. Le reportage montre des images d'une fosse
commune dans laquelle sont empilés les cadavres de présumés combattants
tchétchènes. Les services de renseignements russes évoquent une
falsification à des fins de propagande. Le ministre russe des Affaires
étrangères, Igor Ivanov, annonce la tenue d'une enquête
judiciaire, à laquelle ne participeront toutefois pas d'observateurs
internationaux.
Le
28 février, au terme de sa visite dans la capitale tchétchène,
l'émissaire du Conseil de l'Europe, Alvaro Gil-Robles, parle
de « destruction massive » et appelle à
la fin de la guerre et à la reconstruction de Groznyï,
de nouveau en ruine. Pendant ce temps, l'armée russe poursuit
sa campagne de bombardements dans le sud du territoire, où
se trouveraient quelque 50 000 civils, et affirme qu'elle
resserre son étau autour de la ville de Chatoï, dernier
foyer de résistance important des indépendantistes,
selon Moscou. Pourtant, des combattants auraient réussi à
rejoindre leurs compagnons de combat dans les montagnes.
Pour
leur part, les leaders occidentaux, qui se disent « préoccupés »
par la situation en Tchétchénie, condamnent timidement
l'opération militaire, se limitant à implorer Moscou
de discuter avec les Tchétchènes pour régler
leurs différends, tandis que la Russie rejette à de
nombreuses reprises les offres de négociation que lui fait
l'OSCE. Pendant ce temps, le Club de Londres, qui réunit
des banques occidentales privées, annule une dette de quelque
15 milliards de dollars de la Russie, soit le tiers du montant
total. Le Fonds monétaire international, de son côté,
maintient ses prêts.
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Dernière
mise à jour : mars 2001
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