Déroulement de l'enquête
Découverte des faits
21 février 1994 - Pour la première
fois depuis le début des audiences, ce sont des
victimes qui témoignent. Colère et larmes.
15 mars 1994 - Date limite
fixée par les provinces pour l'acceptation de
l'indemnité prévue au programme d'indemnisation
des victimes de la contamination. Les représentants
des victimes dénoncent cette date butoir. Rappel
: l'indemnité est versée en retour d'une
renonciation à toute poursuite.
20 mars 1994 - Témoignage
: dès la fin de 1982, les dirigeants de la Croix-Rouge
ainsi que les hauts fonctionnaires des ministères
fédéral et provinciaux de la Santé
savaient que les produits sanguins distribués
au Canada étaient contaminés par le virus
du sida, le VIH.
21 mars 1994 - Le juge
Krever nomme un groupe d'experts internationaux dirigé
par le professeur Kenneth McCaltchey, de l'Université
du Michigan, pour évaluer la sécurité
du système canadien.
25 mars 1994 - Témoignage
: l'année 1985 a été particulièrement
« meurtrière ». Les autorités
ont tardé à implanter les mesures de prévention
(tests de dépistage, par exemple). Plus de la
moitié des personnes contaminées par le
VIH l'ont été cette année-là.
La Croix-Rouge blâmée
30
mars 1994 - Le Dr Michael Rekert, ministre
de la Santé de la Colombie-Britannique, témoigne
qu'en 1985, son ministère voulait informer la
population des risques de contracter le sida par transfusion
sanguine, mais que la Croix-Rouge s'y est opposée,
craignant des poursuites civiles.
Juillet 1994 - La Commission
d'enquête sur le sang contaminé est à
Saint-Jean (N.-B.) : dans cette province, le nombre
d'hémophiles contaminés est particulièrement
important. Le Dr John MacKay témoigne en qualifiant
la Croix-Rouge « d'organisation rigide et
centralisée qui n'écoute pas ses directeurs
régionaux ». La commission se déplace
ensuite en Nouvelle-Écosse.
Août 1994 - La commission
est à Terre-Neuve. Témoignage : ici, on
croyait que le sida était une « maladie
du continent » qui ne pouvait pas toucher les
Terre-Neuviens.
Septembre 1994 - Les audiences
reprennent à Montréal. Le Dr Come Rousseau,
directeur médical du Centre de transfusion de
Montréal de 1975 à 1992, indique que malgré
l'information en provenance des États-Unis sur
cette nouvelle maladie appelée sida, la Croix-Rouge
n'a pas filtré systématiquement les donneurs
à risque, pour éviter toute discrimination.
Linda Gauthier, ex-directrice du recrutement, affirme
n'avoir pas été informée des risques.
Ainsi, la Croix-Rouge ouvre en 1985 une clinique dans
le village gai de Montréal... le Dr Guévin,
directeur médical du Centre de transfusion de
Montréal, se fie au flair de ses infirmières
pour détecter les donneurs de sang susceptibles
d'être porteurs du virus du sida. Il dénonce
la rigidité de l'organisation « pyramidale
pareille à l'armée où tu n'avais
qu'à dire oui » et ajoute que la Croix-Rouge
doit se retirer de la collecte et de la distribution
du sang en raison de son manque de leadership et de
crédibilité.
La Dre Francine Décary, directrice
générale et médicale du Centre
de transfusion de Montréal, déclare que
des médecins utilisaient les cliniques de la
Croix-Rouge comme centres de dépistage du sida.
Les médecins sont aussi pris à partie
par le Dr Réjean Thomas lors de son témoignage.
Le Dr Richard Morissette montre comment
le Comité Sida-Québec n'a pu faire participer
la Croix-Rouge à ses efforts, celle-ci préférant
agir seule. Le ton monte à la commission : les
victimes veulent qu'on désavoue la Croix-Rouge.
Le Dr Kenneth Mews, porte-parole de la Croix-Rouge,
déclare à la fin des audiences de Montréal
: « C'est une tragédie et nous le reconnaissons.
Mais il n'y a pas que la Croix-Rouge qui est impliquée,
il y a des médecins, des dirigeants de la santé
publique, des gouvernements ». Claire Desrosiers,
directrice générale de l'Association des
hémophiles du Québec, met en cause la
ministre de la Santé de l'époque, Thérèse
Lavoie-Roux, pour ne pas avoir introduit les produits
chauffés et les tests de dépistage à
temps.
Les gouvernements blâmés
Octobre 1994 - La commission
siège à Toronto. La Société
canadienne d'hémophilie divulgue des documents
mettant en cause la Croix-Rouge. Le juge Krever menace
d'expulser la Société canadienne d'hémophilie
de l'enquête. Des documents révèlent
que le centre de la Croix-Rouge de Hamilton a décidé,
en mai 1985, d'utiliser toutes ses réserves de
sang non chauffé avant de recourir au sang traité
contre la contamination.
Décembre 1994 - Les
experts internationaux estiment que le système
canadien doit être transformé de fond en
comble.
Février 1995 -
La Commission d'enquête sur le sang contaminé
publie son rapport provisoire.
Mars 1995 - Le Dr Donald
Francis, du Center for Disease Control (États-Unis),
déclare que des centaines de Canadiens ne seraient
pas en train de mourir du sida si on avait simplement
pris la peine d'exiger que les hémophiles obtiennent
le sang le plus sûr possible.
Avril 1995 - L'avocat
de la Société canadienne du sida informe
la commission que la Croix-Rouge et le gouvernement
fédéral n'ont pas rappelé, en 1985,
des milliers d'ampoules de sang contaminées en
dépit du fait que les Laboratoires Connaught
les avaient prévenus du danger.
Mai 1995 - Le Dr Roger
Perrault, responsable de l'approvisionnement en sang
à la Croix-Rouge dans les années 1980,
témoigne : les gouvernements fédéral
et provinciaux sont à blâmer à cause
du contrat forcé avec la compagnie Connaught.
Lui et son collègue Martin Davey jettent le blâme
sur la bureaucratie qui entoure le système du
sang au Canada, entre autres sur le fait que les provinces
n'avaient pas autorisé la Croix-Rouge à
construire une usine de fractionnement, ce qui aurait
contribué à assurer l'approvisionnement
en sang. La commission apprend aussi que, malgré
l'absence de directives, des centres de collecte ont
éliminé de leur propre chef des échantillons
douteux. Le Dr Perrault ajoute qu'en posant des questions
aux donneurs, la Croix-Rouge aurait pu les « offenser
» et inciter les homosexuels à «
saboter » le système. En outre, la Croix-Rouge
a attendu un an (1984) avant d'avertir les donneurs
de sang à risque.
Les secrets
La commission apprend aussi que, par souci
d'économie et par crainte de perdre des donneurs,
la Croix-Rouge a attendu quatre ans (de 1986 à
1990) avant de commencer les tests de dépistage
de l'hépatite C. L'argument de la Croix-Rouge
: il y avait un manque de sang pour subvenir à
tous les besoins. Le Dr Martin Davey, de la Croix-Rouge,
admet qu'il a attendu près de trois ans les preuves
formelles que le virus du sida pouvait se transmettre
par le sang.
Juin 1995 - Intervention
du juge Krever : « Je ne permettrai pas qu'on
se serve des témoignages dans le but de constituer
un dossier pour une poursuite au civil ». La commission
apprend que la Croix-Rouge savait que Connaught s'approvisionnait
aux États-Unis (San Francisco). Elle apprend
aussi que le Comité canadien du sang a empêché
la Croix-Rouge de promouvoir les dons autologues (faits
pour soi) parce qu'il craignait que la population ne
perde confiance dans le système de sang.
Juillet 1995 - La Croix-Rouge
présente aux provinces une facture de 10 millions
de dollars pour défrayer sa défense. La
commission apprend que, malgré les avis scientifiques,
le bureau des produits biologiques n'a pas rappelé
les produits sanguins contaminés – ni interdit
leur distribution – à cause des coûts
qu'une telle opération aurait engendrés.
Août 1995 - L'enquête
est prolongée de deux mois. Jusqu'à maintenant,
elle a permis d'entendre 393 témoins en 166 jours
d'audience et elle a coûté, à elle
seule, 11 millions de dollars. La commission apprend
que le sang vendu par Connaught provenait de détenus
américains. À cette époque, Connaught,
appuyée par le gouvernement ontarien, s'opposait
au projet de la Croix-Rouge de construire sa propre
usine de fractionnement. Elle apprend aussi qu'en février
1989, le Comité canadien du sang décide
de supprimer les procès-verbaux de ses réunions
antérieures (1981-1989) et futures.
Septembre 1995 –
Le commissaire à l'Information, John Grace, dépose
une plainte contre le ministère de la Santé
du Canada relativement à la destruction de documents
par le Comité canadien du sang. Il amorce l'enquête
sur le dossier.
Octobre 1995 – George
Weber, secrétaire général de la
Croix-Rouge canadienne dans les années 1980,
témoigne : le gouvernement doit indemniser toutes
les victimes actuelles et futures. Le Comité
canadien du sang est responsable de ce que le sang n'ait
pas été testé. La commission apprend
qu'outre Connaught, une autre compagnie, Armour Pharmaceuticals
(États-Unis), a distribué des produits
sanguins contaminés au Canada. Le Dr Michael
O'Shaughnessy, scientifique qui travaillait au laboratoire
de lutte contre la maladie, affirme que la Croix-Rouge
et les responsables fédéraux ont minimisé
les risques de contracter le sida. Le juge Krever demande
aux avocats qui participent à son enquête
de lui soumettre des rapports sur toute personne qui,
selon eux, s'est mal conduite.
Novembre 1995 - Le Dr
John Furesz, ancien directeur du bureau des produits
biologiques, affirme que la Connaught était responsable
de retirer ses produits. Quant à ceux de l'Armour
Pharmaceuticals, on manquait d'argent et les tests de
dépistage ne semblaient pas sûrs à
100 %. David Kirkwood, sous-ministre fédéral
de la Santé à l'époque, et son
adjoint, A.J. Liston, témoignent : la Croix-Rouge
devait s'autoréglementer. Ils avaient d'autres
chats à fouetter. Des experts internationaux
affirment qu'une Croix-Rouge profondément transformée
est encore la mieux placée pour gérer
le stock de produits sanguins au Canada. Des victimes,
des groupes de pression et la Croix-Rouge demandent
aux anciens ministres de témoigner devant la
commission.
Attaques contre la commission Krever
La Commission d'enquête sur le sang
contaminé décide de ne pas appeler à
la barre les anciens ministres de la Santé Monique
Bégin et Jake Epp. Par contre, elle expédie
des préavis à une quarantaine de personnes
et organismes, en conformité avec l'article 13
de la Loi sur les enquêtes publiques. Cet article
donne aux personnes susceptibles d'être incriminées
dans le cadre d'une enquête la possibilité
de faire valoir leurs arguments avant la publication
du rapport final de la commission.
Janvier 1996 - La Croix-Rouge,
le gouvernement fédéral, la plupart des
provinces (à l'exception de la Saskatchewan et
de l'Ontario), quatre compagnies pharmaceutiques et
plusieurs personnes, dont des ex-employés de
la Croix-Rouge, déposent en Cour fédérale
des motions qui allèguent que le juge Krever
a contrevenu à la Charte des droits en expédiant
les préavis (décembre 1995).
Février 1996 -
Un document du ministère de la Santé indique
que les poursuites intentées par les victimes
du sang contaminé pourraient coûter au
Trésor fédéral plus d'un milliard
de dollars.
Avril 1996 - Denise Leclerc,
ancienne directrice du Comité canadien du sang,
dépose une requête devant la Cour fédérale
pour empêcher le commissaire à l'Information,
John Grace, d'enquêter sur la destruction des
documents en 1989. Le gouvernement du Québec
dépose en Cour fédérale une requête
visant à faire reconnaître la commission
Krever inconstitutionnelle parce que les conclusions
à venir constituent une ingérence dans
un champ de compétence exclusif aux provinces
: la santé publique. Devant le tollé et
les manifestations d'hémophiles québécois
en colère, la ministre Monique Bégin explique
que la requête vise plutôt à empêcher
que d'ex-ministres soient salis sans avoir pu être
entendus.
On apprend aussi que la Croix-Rouge a rémunéré
ses témoins, anciens employés, lorsqu'ils
ont témoigné devant la commission. Ainsi,
Roger Perrault a reçu plus de 100 000 dollars
pour son témoignage.
La commission Krever revient à
la charge
Mai 1996 – La Nouvelle-Écosse
retire sa requête contre la commission. Denise
Leclerc retire sa requête contre le commissaire
à l'Information. La Cour fédérale
entend les requêtes des opposants à la
commission. Une liste de plus de 60 noms d'individus
est déposée, des individus susceptibles
d'être blâmés pour leurs actions
ou leur inaction durant les années fatidiques.
Janet Conners, de la Nouvelle-Écosse, contaminée
par son mari hémophile, aujourd'hui mort, assiste
à l'audience.
Juin 1996 – Le 27
juin, la Cour fédérale rend son jugement
(juge John Richard) : la commission Krever est autorisée
à montrer publiquement du doigt certains individus
et organismes si elle les juge responsables de la contamination
du sang au début des années 1980. Dix-sept
personnes pourront être visées (14 membres
de la haute direction de la Croix-Rouge et trois hauts
fonctionnaires du gouvernement), 48 autres ne pourront
être nommées.
Juillet 1996 – Le
gouvernement fédéral décide de
ne pas faire appel du jugement de la Cour fédérale.
La Croix-Rouge en appelle.
Août 1996 –
L’ancienne ministre de la Santé Monique
Bégin fait son mea-culpa.
Décembre 1996 –
Le gouvernement fédéral refuse de dévoiler
des documents relatifs à l'affaire du sang contaminé.
La Croix-Rouge rend responsable le gouvernement fédéral,
qui a été incapable de réglementer
le système d'approvisionnement en sang dans les
années 1980. Le gouvernement fédéral
rejette tout blâme et qualifie de « répugnante
» l'attitude du juge Krever parce qu'il cherche
des coupables dans son enquête.
18 décembre 1996 –
Dernière journée d'audience de la commission
après 244 jours, 353 témoins, 43 843 pages
de transcriptions, 1378 pièces à conviction
et 14 millions de dollars.
Janvier 1997 – La
Cour fédérale d'appel décide que
le juge Krever pourra identifier les personnes liées
à la tragédie et maintient donc le jugement
de juin 1996. Le commissaire à l'Information,
John Grace, dépose son rapport sur la destruction
des enregistrements du Comité canadien du sang.
La Croix-Rouge décide d'en appeler à la
Cour suprême du jugement de la Cour fédérale,
qui confirme le droit de la commission de nommer des
responsables du scandale du sang contaminé. Elle
veut se protéger, protéger ses employés,
et demande aussi au gouvernement de revoir la Loi sur
les commissions d'enquête.
Juin 1997 – Pour
une deuxième fois, la Croix-Rouge canadienne
conteste en cour l'intention du juge Horace Krever de
blâmer des individus dans son rapport d'enquête
sur les raisons pour lesquelles des milliers de gens
ont contracté le virus du sida ou de l'hépatite
C à partir de produits sanguins contaminés,
au début des années 1980.
Juillet 1997 – Quatre
Canadiens infectés par le virus de l'hépatite
C et leurs familles intentent un recours collectif de
3,5 milliards de dollars – la plus importante
poursuite de l'histoire du Canada – contre Ottawa,
les gouvernements de huit provinces (exceptés
le Québec et la Colombie-Britannique, qui font
déjà l'objet de poursuites similaires)
et la Croix-Rouge. L'avocat principal des plaignants,
Harvey Strosberg, déclare espérer un règlement
à l'amiable. Il indique que toutes les personnes
ayant contracté le virus de l'hépatite
C pourraient se joindre au présent recours advenant
le refus des gouvernements et de la Croix-Rouge d'indemniser
adéquatement les victimes.
Vers une nouvelle agence
Septembre 1997 – Ottawa
et les ministres provinciaux de la Santé concluent
une entente à Fredericton sur le financement
d'une agence nationale du sang. Les provinces sont d'accord
pour partager les coûts de la mise en place de
la nouvelle agence. Le gouvernement fédéral
va verser une somme importante pour couvrir les frais
d'implantation du nouvel organisme qui remplacera la
Croix-Rouge. Les provinces, sauf le Québec, seront
membres de l'agence et en assumeront les frais d'exploitation.
Le Québec décide de mettre en place sa
propre agence, mais le ministre de la Santé,
Jean Rochon, indique qu'il pourrait y avoir une certaine
collaboration avec l'agence nationale.
26 septembre 1997 –
La Cour suprême du Canada déboute la Croix-Rouge,
qui voulait empêcher la commission Krever de porter
des blâmes. La commission va pouvoir identifier
des responsables dans le scandale du sang contaminé.
Le tribunal dit cependant que le juge Krever devra être
très prudent et ne pas porter d'accusation. Onze
personnes pourraient être montrées du doigt
: neuf employés de la Croix-Rouge et deux hauts
fonctionnaires, ainsi que deux compagnies pharmaceutiques,
Bayer et Baxter.
26 novembre 1997 –
Le rapport de la commission Krever est rendu public.
Ce rapport tant attendu déçoit de nombreuses
personnes. Il ne nomme pas de responsables de la tragédie,
mais établit une chronologie de faits accablante
pour les gouvernements et organismes fédéraux
et provinciaux, pour les compagnies pharmaceutiques
et pour la Croix-Rouge en particulier. Le document de
1900 pages révèle aussi que des luttes
internes, des rôles mal définis et des
décisions tardives ont contribué à
la contamination des réserves de sang au Canada.
Le juge Horace Krever formule 50 recommandations
pour éviter la répétition d'une
telle tragédie. Le rapport recommande, entre
autres, que tous les Canadiens ayant contracté
une maladie après avoir reçu des produits
sanguins contaminés soient indemnisés
par les gouvernements. Le rapport ne donne aucune indication
sur la manière de déterminer le montant
des compensations et ne définit pas ce que serait
une « compensation acceptable ».
Le rapport Krever estime à 28 600
le nombre de personnes ayant contracté l'hépatite
C à la suite d'une transfusion sanguine au pays.
Indemnisation
Mars 1998 – Le ministre
de la Santé du Canada, Allan Rock, annonce qu'en
vertu d'une entente intervenue entre Ottawa et les provinces,
près de 22 000 Canadiens infectés par
le virus de l'hépatite C auront droit à
un programme de compensation dont l'enveloppe atteindra
2,7 milliards de dollars. Le programme s'adresse principalement
aux quelque 20 000 personnes qui ont contracté
le virus de l'hépatite C par transfusion de sang
ou de produits sanguins au cours de la période
allant de 1986 à 1990. D'autres victimes pourront
aussi s'en prévaloir : ce sera le cas pour quelque
1100 hémophiles, pour 500 personnes infectées
par contact sexuel avec l'une ou l'autre des 20 000
premières victimes, et pour 400 autres personnes
ayant également contracté par la suite
le virus du sida. Le programme comprend une indemnisation
totale de 1,1 milliard et une enveloppe de 1,6 milliard
pour les soins de santé et les services sociaux.
La Société canadienne de
l'hépatite C rejette d'emblée l'entente,
qui exclut une partie des victimes.
Mai 1998 – Ottawa
se dit disposé à rouvrir le dossier des
compensations aux personnes qui ont contracté
l'hépatite C avant 1986. Cet important revirement
est dû à la décision de l'Ontario
de mettre jusqu'à 200 millions sur la table.
Québec fait à son tour volte-face et,
sans chiffrer le montant de l'aide supplémentaire
envisagée, consent à faire un « effort
additionnel » pour indemniser toutes les
victimes de l'hépatite C. Le premier ministre
Lucien Bouchard réitère que c'est Ottawa
qui devra en assumer la part la plus importante. Les
provinces entament des négociations avec Ottawa.
8 septembre 1998 –
Le gouvernement fédéral présente
un nouveau plan d'un demi-milliard de dollars, qui ne
rallie pas l'ensemble des provinces et qui ne prévoit
pas non plus de compensation pour toutes les personnes
infectées. Le plan comprend quatre volets. D'abord
un transfert spécial de 300 millions sur 20 ans
aux provinces pour payer la moitié des coûts
des soins non assurés aux victimes. À
cela s'ajoutent 125 millions sur cinq ans pour améliorer
l'inspection du sang, 50 millions pour la prévention
de l'hépatite C et 50 millions pour retracer
les personnes contaminées. Ottawa offre donc
au total 525 millions, mais refuse toujours d'indemniser
les personnes qui ont été contaminées
avant 1986 et après 1990. Il n'y a pas de consensus
parmi les provinces. L'Ontario veut que toutes les victimes
soient indemnisées, et le Québec veut
que tout soit payé par Ottawa.
Enfin, l'offre fédérale est
accueillie comme une gifle par les victimes de l'hépatite
C, qui la jugent discriminatoire.
27 août 1999 –
Après avoir essayé pendant un an de transférer
la facture au fédéral, le Québec
confirme que les victimes d’hépatites C,
d’avant 1986 et après 1990, recevront 10 000 dollars
de la province. Les victimes se plaignent que le montant
n’est pas suffisant, ce que la ministre Marois
reconnaît, mais elle assure qu’elle compte
continuer à faire pression sur Ottawa pour pouvoir
offrir davantage. Le gouvernement de l’Ontario
fait de même, mais offre pour sa part 25 000 dollars
aux victimes.
21 janvier 2003 –
La Cour supérieure a finalement donné
raison aux victimes infectées avant 1986 et après
1990 qui désiraient utiliser le rapport de la
commission Krever sur le sang contaminé. Un jugement
qui devrait permettre la mise sur pied de recours collectif.
Fin de la Croix-Rouge
28 septembre 1998 –
La Société canadienne de la Croix-Rouge
transfère ses 17 centres de transfusion, son
laboratoire national et son réseau de distribution
à Héma-Québec (pour le Québec)
et à la Société canadienne du sang
(pour les autres provinces). Une page est tournée.
11 octobre 1999 –
La Société canadienne du sang, le nouvel
organisme responsable de l'approvisionnement sanguin
au Canada, a de la difficulté à regagner
la confiance de la population après le scandale
du sang contaminé qui a frappé la Croix-Rouge.
Mais au Québec, la situation est loin d'être
aussi difficile chez Héma-Québec, un organisme
propre au Québec. Au contraire, les Québécois
donnent beaucoup de sang et les réserves sont
abondantes. Le nombre de dons de sang au Canada est
parmi les plus bas des pays industrialisés.
Dépôt d’accusations criminelles
La Gendarmerie royale du Canada a décidé
de porter des accusations criminelles contre des médecins
et des entreprises pharmaceutiques dans le dossier du
scandale du sang contaminé. La Croix-Rouge, quatre
médecins (dont deux fonctionnaires fédéraux)
et une compagnie américaine feront face à
34 chefs d'accusation de négligence criminelle
et d'avoir causé des lésions corporelles,
conformément aux dispositions de la loi en vigueur
à l'époque des faits. La sentence maximale
pour ces infractions est de 10 ans de prison.
La GRC reproche aussi à certains
des accusés d'avoir mis la vie de personnes en
danger et d'avoir manqué à leur devoir
d’information sur les risques possibles, contrairement
aux dispositions de la Loi sur les aliments et drogues.
Les accusés sont : la Société
canadienne de la Croix-Rouge (6 chefs d'accusation);
la compagnie américaine Armour Pharmaceutical,
qui fabriquait des produits pour le traitement des personnes
ayant reçu du sang contaminé; John Furesz,
ancien directeur du bureau des produits biologiques
à la Direction générale de la protection
de la santé du gouvernement fédéral
(4 chefs d'accusation); Wark Boucher, ancien directeur
de la division des produits sanguins au même bureau;
Roger Perrault, ancien directeur du Service des transfusions
sanguines de la Croix-Rouge, et Michael Rodell, ancien
président de la société américaine
Armour Pharmaceutical.
D’autres accusations pourraient
être portées.
|