La France
Depuis des décennies, le Québec et la France ont tissé des liens diplomatiques étroits, au grand dam d’Ottawa. Jacques Parizeau est convaincu: la France et les pays de la Francophonie reconnaîtront rapidement le nouveau pays du Québec.
En janvier 1995, Jacques Parizeau est accueilli à Paris de façon grandiose: il a droit aux égards dus à un véritable chef d’État. S’il courtise d’abord la France, c’est parce qu’il croit que les Américains n’accepteront jamais que les Français reconnaissent avant eux un nouveau pays en Amérique. C’est le « grand jeu » de Jacques Parizeau.
« Nous n’avons pas les moyens d’avoir les Américains contre nous. Et pour ne pas avoir les Américains contre nous, il faut que l’appui français soit visible, concret et rapide. »
- Jacques Parizeau, premier ministre du Québec et chef du Parti québécois (1994-1995)
Il est alors accueilli avec tous les honneurs à l’hôtel de ville de Paris par Jacques Chirac, alors maire et candidat sérieux à la présidence de la République.
Le téléjournal , 24 janvier 1995
« Il ne nous appartient pas de juger à la place des Québécois, mais il nous appartient de reconnaître, le cas échéant, ce que veulent les Québécois. Et compte tenu de nos liens, nous ne pouvons être que nous autres, nations francophones et pas seulement la nation française: nous devons être naturellement parmi les premiers. » - Déclaration de Jacques Chirac, maire de la ville de Paris
« Des frères, oui des frères, car c’est comme tels que nous vous reconnaissons, que nous vous reconnaîtrons toujours. » - Philippe Séguin, président de l'Assemblée nationale française
Le premier ministre québécois est reçu par toutes les personnalités importantes dans la capitale française. Le faste protocolaire auquel il a droit irrite le gouvernement canadien, et surtout Jean Chrétien. Benoît Bouchard, alors ambassadeur du Canada à Paris, cherche à calmer le premier ministre. Il lui écrit: « De grâce, Monsieur, ne réagissez pas, car les conséquences seraient probablement plus sérieuses qu'elles ne le sont actuellement. »
En privé, Chrétien dit en plaisantant que le Québec a autant de chance de devenir indépendant que Chirac, de devenir président de la France.
Le « grand jeu » est lancé. Parizeau quitte Paris satisfait, mais soucieux. Les Français feront-ils ce qu’ils disent, et les Américains réagiront-ils comme il l’espère?
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