Avec plus de 200 visites à l'étranger, celui
qu'on a surnommé à juste titre « le pape voyageur »
a porté son message sur tous les continents, sans se laisser
arrêter par des situations politiques explosives ni par le
poids des années. Avec un pontificat sous le signe des voyages,
le pape Jean-Paul II aura sans contredit été « le
pèlerin de Dieu ».
D'Assise à Bratislava
Trois
mois après le début de son pontificat, en 1978, il se met
déjà à parcourir la planète pour prêcher la parole de Dieu,
en commençant en sol italien, à Assise, où il
se recueille sur le tombeau de saint François. Son
périple autour du monde commence véritablement
en République dominicaine, aux Bahamas et au Mexique. Son
pays natal, la Pologne, reçoit sa première visite officielle
quelques mois plus tard. Du Brésil aux États-Unis,
en passant par la France, l'Ukraine, Haïti, la Côte-d'Ivoire,
l'Inde et les îles Salomon, Jean-Paul II a foulé le sol de
plus d'une centaine de pays. Quant aux visites en Italie,
elles ne se comptent plus.
Si l'attentat dont il est victime en 1981 l'oblige
à ralentir son rythme, il reprend rapidement ses déplacements
à l'étranger. Sécurité oblige, ceux-ci s'effectuent dorénavant
en « papemobile ». Le Canada reçoit sa visite en
septembre 1984. Le mauvais temps le contraint à annuler son
voyage chez les Amérindiens mais, fidèle à sa promesse,
il reviendra en 1987.
« Une colombe
est venue en voyage »
C'est par ces paroles de chanson
qu'il est accueilli au stade olympique de Montréal,
en 1984. Ce pèlerinage qui
constitue sa première visite officielle
au Canada le mène de Québec
à Vancouver, en passant par Moncton et Toronto.
Pendant une semaine et demie (du 9 au 20 septembre),
il livre un message de tolérance et de paix, accordant
une importance particulière aux peuples autochtones.
La transmission de ce 23e voyage apostolique
attire davantage les téléspectateurs canadiens
que celle des Jeux olympiques de 1976 : 5 millions
sur le réseau francophone et 9 millions sur le
réseau anglophone. Les mauvaises conditions météorologiques
l'obligeront à annuler sa visite à Fort Simpson,
dans les Territoires du Nord-Ouest, mais ce ne
sera que partie remise : il reviendra les 19 et
20 septembre 1987.
« Dans
les onze prochains jours, je parcourrai votre
pays d'un océan à l'autre. J'ai
des questions à vous poser et j'aimerais
aussi entendre les vôtres. Je veux aussi
vous parler des problèmes de ce temps,
concernant la culture, la communauté,
la technologie, la famille, le partage, la justice...
Je veux aussi vous parler des problèmes
fondamentaux: de la foi, de l'espérance
de Dieu, de l'espérance. » 9 septembre 1984
POUR EN SAVOIR PLUS : consultez
Le
pape migrateur, un dossier
des archives de Radio-Canada qui donne accès
à des reportages diffusés à la radio et
à la télévision en 1984
Même
les coins les plus explosifs du globe ont reçu sa visite :
Zaïre, Rwanda, Soudan, Bosnie-Herzégovine, Liban, pour n'en
citer que quelques-uns. Plusieurs de ses visites ont été marquantes :
qu'on pense à la Pologne communiste (1979, 1983 et 1987),
à l'Amérique centrale et à Haïti (1983), où il a plaidé pour
les droits de la personne, à Cuba, où il a notamment condamné
l'embargo auquel est soumise l'île communiste (1998) ou au
Proche-Orient, où il a appelé au dialogue entre les peuples
et les religions (2000).
Si les problèmes de santé qu'il éprouve depuis
la dernière décennie ont ralenti son rythme, la fatigue et
le poids des années n'ont pas encore mis un terme à ses voyages
à l'étranger. Toronto est l'une des dernières villes
à recevoir la visite du souverain pontife, à l'occasion
de la XVIIe Journée mondiale de la jeunesse de 2002. L'année
suivante, il se rend en Espagne, en Croatie, en Bosnie et
en Slovaquie, où il démontre de sérieux
signes de faiblesse physique. D'autres voyages figurent tout
de même à son agenda de 2004: Suisse, Autriche,
Pologne et France. Mais sa santé de plus en plus fragile
risque de perturber le programme prévu. Parmi les pays
que Jean-Paul II rêve de visiter un jour figurent notamment
la Russie, la Chine et le Vietnam.
Pèlerinage en Terre sainte
À
l'occasion du Jubilé de l'an 2000, Jean-Paul II entreprend
un voyage historique au Proche-Orient, notamment en Israël,
où aucun pape n'est allé depuis 1964. Il y livre un plaidoyer
pour la paix et tente d'établir le dialogue entre les trois
grandes religions monothéistes. Malgré sa santé chancelante,
un programme chargé l'amène à se recueillir sur plusieurs
hauts lieux chrétiens, mais aussi juifs et musulmans. Une
déception cependant : pour des motifs politiques, il
ne peut visiter la ville irakienne d'Ur, qui selon la Bible
serait la patrie d'Abraham, père des trois grandes religions
monothéistes.
Fin février, il amorce son voyage en Égypte,
où la tension entre musulmans et chrétiens a dégénéré en affrontements
mortels en début d'année. Le premier jour, Jean-Paul II, accueilli
par le président Hosni Moubarak, rencontre le recteur de l'université
Al Azhar, à la tête de l'islam sunnite, de même que le patriarche
d'Alexandrie, Chenouda III, chef de l'Église copte orthodoxe,
la plus importante Église chrétienne du monde arabe.
Mais
le rapprochement entre les deux Églises, séparées définitivement
depuis près de 950 ans, reste limité, l'Église orthodoxe accusant
l'Église catholique romaine de vouloir convertir ses fidèles.
Le lendemain, Jean-Paul II célèbre une messe pour quelque
20 000 personnes réunies dans un stade du Caire et visite
le monastère grec-orthodoxe Sainte-Catherine, au mont Sinaï,
où Dieu aurait remis à Moïse les dix commandements.
La deuxième phase de son voyage au Proche-Orient,
fin mars, l'amène en Terre sainte. Il passe la première journée
en Jordanie, où il est accueilli par le roi Abdallah II. Il
médite longuement au mont Nébo du haut duquel, selon la Bible,
Moïse a vu la Terre promise pour la première fois. Dès le
lendemain, son voyage se poursuit en Israël, où il
est accueilli par le premier ministre Ehud Barak et les représentants
de tous les cultes du pays. Sa visite mobilise plus de 1000
soldats et 18 000 policiers : il s'agit de la plus importante
opération de sécurité jamais mise sur pied au pays pour un
dignitaire étranger.
Plus
tard, en compagnie du dirigeant de l'Autorité palestinienne,
Yasser Arafat, il visite Bethléem, en Cisjordanie, le lieu
de naissance de Jésus, et se rend dans un camp de 10 000 réfugiés
palestiniens à Dheicheh.
« Personne ne peut
ignorer ce que le peuple palestinien a dû souffrir ces dernières
décennies. Votre tourment est présent aux yeux du monde.
Et il a duré trop longtemps. »
En compagnie notamment
du premier ministre israélien, Ehud Barak.
Sa visite à Yad Vashem, mémorial de l'Holocauste,
est l'un des moments forts de son voyage. Ce pape, qui a vu
de ses amis juifs tués par les hommes d'Hitler lors
de l'occupation allemande en Pologne, y prie pour les millions
de Juifs exterminés par les nazis pendant la Deuxième
Guerre mondiale. Il prononce également un discours
sur la réconciliation entre les religions juive et catholique.
« En ce lieu de mémoire
solennelle, je prie avec ferveur pour que notre chagrin
de la tragédie que le peuple juif a subie au XXe siècle
conduise à une relation nouvelle entre chrétiens et juifs.
Construisons un avenir nouveau où il n'y aura plus de sentiment
antijuif parmi les chrétiens ni de sentiment antichrétien
parmi les juifs. »
Il célèbre une messe devant plusieurs
dizaines de milliers de personnes réunies au mont des Béatitudes,
au bord du lac de Tibériade, où Jésus aurait fait son sermon
sur la montagne. Le jour de l'Annonciation, il se rend à Nazareth,
plus grande ville arabe de Galilée, où Jésus aurait passé
son enfance. Il célèbre une messe devant 2000 fidèles dans
la basilique de l'Annonciation avant de se recueillir au pied
du mont des Oliviers, où, selon la tradition chrétienne,
Jésus aurait passé sa dernière nuit avant sa crucifixion.
Son itinéraire le conduit aussi à Jérusalem, qu'il considère
comme une ville sainte commune aux croyants des trois grandes
religions monothéistes, et non comme la« capitale
éternelle » revendiquée par Israël. Il y rencontre
d'ailleurs des représentants des trois religions.
Un
autre temps fort du voyage : lorsqu'il se rend sur le
site le plus sacré du judaïsme, le mur des Lamentations, où
il dépose une note entre les pierres pour exprimer la repentance
pour la persécution des Juifs. Jean-Paul II officie ensuite
sa dernière messe dans un lieu sacré du christianisme, la
basilique du Saint-Sépulcre, érigée sur le lieu où le Christ
aurait été crucifié.
De tous les voyages que Jean-Paul II a faits,
celui-là répondait à un de ses souhaits
les plus chers. Cette visite en Terre sainte, qualifiée
de « sans faute » par les observateurs
en raison des nombreux écueils diplomatiques qu'elle
comportait, a été l'une des plus marquantes
de son pontificat.
Son règne en
quelques chiffres Voyages :
104 Visites pastorales en Italie : 146 Visites à des paroisses romaines : 317
(Jean-Paul II est évêque de Rome)
Au début de son pontificat,
cette image était habituelle. À cause de
ses problèmes de mobilité, Jean-Paul II
a renoncé à embrasser le sol des pays qu'il
visite et se contente de baiser la terre, qu'on lui présente
dans un bol.
Liste des voyages de
Jean-Paul II
1979 :République
dominicaine, Mexique (conférence générale des
évêques d'Amérique latine), Honduras, Pologne,
Irlande, États-Unis (assemblée générale de l'ONU),
Turquie 1980 :Zaïre,
Congo, Kenya, Ghana, Burkina Faso, Côte-d'Ivoire,
France (réunion du comité exécutif de l'UNESCO),
Brésil, Allemagne de l'Ouest 1981 :Pakistan,
Philippines, île de Guam, Japon, États-Unis 1982 :Nigeria,
Bénin, Gabon, Guinée-Équatoriale, Portugal, Grande-Bretagne
et Argentine (guerre des Malouines), Suisse, Saint-Marin,
Espagne 1983 :Haïti,
Costa Rica, Panama, Belize, Guatemala, Honduras,
Nicaragua, Salvador, Pologne, France, Autriche 1984 :Corée
du Sud, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Thaïlande,
Suisse, Canada, Espagne, République dominicaine,
Porto Rico 1985 :Équateur,
Pérou, Trinité-et-Tobago, Venezuela, Pays-Bas,
Luxembourg, Belgique, Togo, Côte-d'Ivoire, Cameroun,
République centrafricaine, Zaïre, Kenya, Maroc,
Liechtenstein, Autriche 1986 :Australie,
Guatemala, Colombie, Sainte-Lucie, France, Bangladesh,
Singapour, îles Fidji, Nouvelle-Zélande, Seychelles
1987 :Uruguay,
Chili, Argentine, Allemagne, Pologne, États-Unis,
Turquie 1988 :Uruguay,
Bolivie, Pérou, Paraguay, Autriche, Botswana,
Lesotho, Mozambique, Swaziland, Zimbabwe, France 1989 :Zambie,
îles Salomon, Madagascar, La Réunion, Malawi,
pays scandinaves, Espagne (Journée mondiale de
la jeunesse), Corée du Sud, Indonésie, île Maurice 1990 :Cap-Vert,
Mali, Guinée-Bissau, Burkina Faso, Tchad, République
tchèque, Malte, Mexique, Curaçao, Tanzanie, Burundi,
Rwanda, Côte-d'Ivoire 1991 :Portugal,
Açores, Madère, Pologne (Journée mondiale de la
jeunesse), Hongrie, Brésil 1992 :Sénégal,
Gambie, Guinée, Angola, Sao Tomé, île du Prince,
Saint-Domingue (conférence générale des évêques
d'Amérique latine) 1993 :Bénin,
Ouganda, Soudan, Albanie, Espagne, Jamaïque, Mexique,
États-Unis (Journée mondiale de la jeunesse),
Lituanie, Lettonie, Estonie 1994 :Croatie
1995 :Pakistan,
Sri Lanka, Philippines (Journée mondiale de la
jeunesse), République tchèque, Pologne, Belgique,
Slovaquie, Cameroun, Afrique du Sud, Kenya, États-Unis
(50e anniversaire de l'ONU) 1996 :Nicaragua,
Salvador, Venezuela, France 1997 :Bosnie-Herzégovine,
République tchèque, Liban, Pologne, France (Journée
mondiale de la jeunesse), Brésil (Rencontre mondiale
avec les familles) 1998 :Cuba,
Nigeria, Autriche, Croatie 1999 :Mexique,
États-Unis, Roumanie, Pologne, Slovénie, Inde,
Géorgie, Russie 2000 :Égypte,
Israël, Portugal 2001 :Grèce,
Syrie, Malte, Ukraine, Kazakhstan, Arménie 2002 :Azerbaïdjan,
Bulgarie, Canada, Guatemala, Mexique, Pologne 2003 : Espagne,
Croatie, Bosnie, Slovaquie 2004 : France,
Suisse