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JOURNALISTE :Sophie-Hélène Lebeuf oct. 2003  Radio-Canada.ca/nouvelles

Le Pape voyageur

Avec plus de 200 visites à l'étranger, celui qu'on a surnommé à juste titre « le pape voyageur » a porté son message sur tous les continents, sans se laisser arrêter par des situations politiques explosives ni par le poids des années. Avec un pontificat sous le signe des voyages, le pape Jean-Paul II aura sans contredit été « le pèlerin de Dieu ».

D'Assise à Bratislava

Trois mois après le début de son pontificat, en 1978, il se met déjà à parcourir la planète pour prêcher la parole de Dieu, en commençant en sol italien, à Assise, où il se recueille sur le tombeau de saint François. Son périple autour du monde commence véritablement en République dominicaine, aux Bahamas et au Mexique. Son pays natal, la Pologne, reçoit sa première visite officielle quelques mois plus tard. Du Brésil aux États-Unis, en passant par la France, l'Ukraine, Haïti, la Côte-d'Ivoire, l'Inde et les îles Salomon, Jean-Paul II a foulé le sol de plus d'une centaine de pays. Quant aux visites en Italie, elles ne se comptent plus.

Si l'attentat dont il est victime en 1981 l'oblige à ralentir son rythme, il reprend rapidement ses déplacements à l'étranger. Sécurité oblige, ceux-ci s'effectuent dorénavant en « papemobile ». Le Canada reçoit sa visite en septembre 1984. Le mauvais temps le contraint à annuler son voyage chez les Amérindiens mais, fidèle à sa promesse, il reviendra en 1987.


« Une colombe est venue en voyage »

C'est par ces paroles de chanson qu'il est accueilli au stade olympique de Montréal, en 1984. Ce pèlerinage — qui constitue sa première visite officielle au Canada — le mène de Québec à Vancouver, en passant par Moncton et Toronto. Pendant une semaine et demie (du 9 au 20 septembre), il livre un message de tolérance et de paix, accordant une importance particulière aux peuples autochtones. La transmission de ce 23e voyage apostolique attire davantage les téléspectateurs canadiens que celle des Jeux olympiques de 1976 : 5 millions sur le réseau francophone et 9 millions sur le réseau anglophone. Les mauvaises conditions météorologiques l'obligeront à annuler sa visite à Fort Simpson, dans les Territoires du Nord-Ouest, mais ce ne sera que partie remise : il reviendra les 19 et 20 septembre 1987.

« Dans les onze prochains jours, je parcourrai votre pays d'un océan à l'autre. J'ai des questions à vous poser et j'aimerais aussi entendre les vôtres. Je veux aussi vous parler des problèmes de ce temps, concernant la culture, la communauté, la technologie, la famille, le partage, la justice... Je veux aussi vous parler des problèmes fondamentaux: de la foi, de l'espérance de Dieu, de l'espérance. »
9 septembre 1984

POUR EN SAVOIR PLUS :
consultez Le pape migrateur, un dossier des archives de Radio-Canada qui donne accès à des reportages diffusés à la radio et à la télévision en 1984

 

Même les coins les plus explosifs du globe ont reçu sa visite : Zaïre, Rwanda, Soudan, Bosnie-Herzégovine, Liban, pour n'en citer que quelques-uns. Plusieurs de ses visites ont été marquantes : qu'on pense à la Pologne communiste (1979, 1983 et 1987), à l'Amérique centrale et à Haïti (1983), où il a plaidé pour les droits de la personne, à Cuba, où il a notamment condamné l'embargo auquel est soumise l'île communiste (1998) ou au Proche-Orient, où il a appelé au dialogue entre les peuples et les religions (2000).

Si les problèmes de santé qu'il éprouve depuis la dernière décennie ont ralenti son rythme, la fatigue et le poids des années n'ont pas encore mis un terme à ses voyages à l'étranger. Toronto est l'une des dernières villes à recevoir la visite du souverain pontife, à l'occasion de la XVIIe Journée mondiale de la jeunesse de 2002. L'année suivante, il se rend en Espagne, en Croatie, en Bosnie et en Slovaquie, où il démontre de sérieux signes de faiblesse physique. D'autres voyages figurent tout de même à son agenda de 2004: Suisse, Autriche, Pologne et France. Mais sa santé de plus en plus fragile risque de perturber le programme prévu. Parmi les pays que Jean-Paul II rêve de visiter un jour figurent notamment la Russie, la Chine et le Vietnam.

 

Pèlerinage en Terre sainte

À l'occasion du Jubilé de l'an 2000, Jean-Paul II entreprend un voyage historique au Proche-Orient, notamment en Israël, où aucun pape n'est allé depuis 1964. Il y livre un plaidoyer pour la paix et tente d'établir le dialogue entre les trois grandes religions monothéistes. Malgré sa santé chancelante, un programme chargé l'amène à se recueillir sur plusieurs hauts lieux chrétiens, mais aussi juifs et musulmans. Une déception cependant : pour des motifs politiques, il ne peut visiter la ville irakienne d'Ur, qui selon la Bible serait la patrie d'Abraham, père des trois grandes religions monothéistes.

Fin février, il amorce son voyage en Égypte, où la tension entre musulmans et chrétiens a dégénéré en affrontements mortels en début d'année. Le premier jour, Jean-Paul II, accueilli par le président Hosni Moubarak, rencontre le recteur de l'université Al Azhar, à la tête de l'islam sunnite, de même que le patriarche d'Alexandrie, Chenouda III, chef de l'Église copte orthodoxe, la plus importante Église chrétienne du monde arabe.

Mais le rapprochement entre les deux Églises, séparées définitivement depuis près de 950 ans, reste limité, l'Église orthodoxe accusant l'Église catholique romaine de vouloir convertir ses fidèles. Le lendemain, Jean-Paul II célèbre une messe pour quelque 20 000 personnes réunies dans un stade du Caire et visite le monastère grec-orthodoxe Sainte-Catherine, au mont Sinaï, où Dieu aurait remis à Moïse les dix commandements.

La deuxième phase de son voyage au Proche-Orient, fin mars, l'amène en Terre sainte. Il passe la première journée en Jordanie, où il est accueilli par le roi Abdallah II. Il médite longuement au mont Nébo du haut duquel, selon la Bible, Moïse a vu la Terre promise pour la première fois. Dès le lendemain, son voyage se poursuit en Israël, où il est accueilli par le premier ministre Ehud Barak et les représentants de tous les cultes du pays. Sa visite mobilise plus de 1000 soldats et 18 000 policiers : il s'agit de la plus importante opération de sécurité jamais mise sur pied au pays pour un dignitaire étranger.

Plus tard, en compagnie du dirigeant de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, il visite Bethléem, en Cisjordanie, le lieu de naissance de Jésus, et se rend dans un camp de 10 000 réfugiés palestiniens à Dheicheh.



« Personne ne peut ignorer ce que le peuple palestinien a dû souffrir ces dernières décennies. Votre tourment est présent aux yeux du monde. Et il a duré trop longtemps. »

En compagnie notamment du premier ministre israélien, Ehud Barak.

Sa visite à Yad Vashem, mémorial de l'Holocauste, est l'un des moments forts de son voyage. Ce pape, qui a vu de ses amis juifs tués par les hommes d'Hitler lors de l'occupation allemande en Pologne, y prie pour les millions de Juifs exterminés par les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il prononce également un discours sur la réconciliation entre les religions juive et catholique.

 

« En ce lieu de mémoire solennelle, je prie avec ferveur pour que notre chagrin de la tragédie que le peuple juif a subie au XXe siècle conduise à une relation nouvelle entre chrétiens et juifs. Construisons un avenir nouveau où il n'y aura plus de sentiment antijuif parmi les chrétiens ni de sentiment antichrétien parmi les juifs. »

Il célèbre une messe devant plusieurs dizaines de milliers de personnes réunies au mont des Béatitudes, au bord du lac de Tibériade, où Jésus aurait fait son sermon sur la montagne. Le jour de l'Annonciation, il se rend à Nazareth, plus grande ville arabe de Galilée, où Jésus aurait passé son enfance. Il célèbre une messe devant 2000 fidèles dans la basilique de l'Annonciation avant de se recueillir au pied du mont des Oliviers, où, selon la tradition chrétienne, Jésus aurait passé sa dernière nuit avant sa crucifixion. Son itinéraire le conduit aussi à Jérusalem, qu'il considère comme une ville sainte commune aux croyants des trois grandes religions monothéistes, et non comme la« capitale éternelle » revendiquée par Israël. Il y rencontre d'ailleurs des représentants des trois religions.

Un autre temps fort du voyage : lorsqu'il se rend sur le site le plus sacré du judaïsme, le mur des Lamentations, où il dépose une note entre les pierres pour exprimer la repentance pour la persécution des Juifs. Jean-Paul II officie ensuite sa dernière messe dans un lieu sacré du christianisme, la basilique du Saint-Sépulcre, érigée sur le lieu où le Christ aurait été crucifié.

 

De tous les voyages que Jean-Paul II a faits, celui-là répondait à un de ses souhaits les plus chers. Cette visite en Terre sainte, qualifiée de « sans faute » par les observateurs en raison des nombreux écueils diplomatiques qu'elle comportait, a été l'une des plus marquantes de son pontificat.


© Radio-Canada.ca

 


Son règne en quelques chiffres
Voyages : 104
Visites pastorales en Italie : 146
Visites à des paroisses romaines : 317
(Jean-Paul II est évêque de Rome)

 

 

Au début de son pontificat, cette image était habituelle. À cause de ses problèmes de mobilité, Jean-Paul II a renoncé à embrasser le sol des pays qu'il visite et se contente de baiser la terre, qu'on lui présente dans un bol.

 

 

 


Liste des voyages de Jean-Paul II

1979 : République dominicaine, Mexique (conférence générale des évêques d'Amérique latine), Honduras, Pologne, Irlande, États-Unis (assemblée générale de l'ONU), Turquie
1980 : Zaïre, Congo, Kenya, Ghana, Burkina Faso, Côte-d'Ivoire, France (réunion du comité exécutif de l'UNESCO), Brésil, Allemagne de l'Ouest
1981 : Pakistan, Philippines, île de Guam, Japon, États-Unis
1982 : Nigeria, Bénin, Gabon, Guinée-Équatoriale, Portugal, Grande-Bretagne et Argentine (guerre des Malouines), Suisse, Saint-Marin, Espagne
1983 :
Haïti, Costa Rica, Panama, Belize, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Salvador, Pologne, France, Autriche
1984 : Corée du Sud, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Thaïlande, Suisse, Canada, Espagne, République dominicaine, Porto Rico
1985 :
Équateur, Pérou, Trinité-et-Tobago, Venezuela, Pays-Bas, Luxembourg, Belgique, Togo, Côte-d'Ivoire, Cameroun, République centrafricaine, Zaïre, Kenya, Maroc, Liechtenstein, Autriche
1986 : Australie, Guatemala, Colombie, Sainte-Lucie, France, Bangladesh, Singapour, îles Fidji, Nouvelle-Zélande, Seychelles
1987 :
Uruguay, Chili, Argentine, Allemagne, Pologne, États-Unis, Turquie
1988 :
Uruguay, Bolivie, Pérou, Paraguay, Autriche, Botswana, Lesotho, Mozambique, Swaziland, Zimbabwe, France
1989 :
Zambie, îles Salomon, Madagascar, La Réunion, Malawi, pays scandinaves, Espagne (Journée mondiale de la jeunesse), Corée du Sud, Indonésie, île Maurice
1990 :
Cap-Vert, Mali, Guinée-Bissau, Burkina Faso, Tchad, République tchèque, Malte, Mexique, Curaçao, Tanzanie, Burundi, Rwanda, Côte-d'Ivoire
1991 : Portugal, Açores, Madère, Pologne (Journée mondiale de la jeunesse), Hongrie, Brésil
1992 : Sénégal, Gambie, Guinée, Angola, Sao Tomé, île du Prince, Saint-Domingue (conférence générale des évêques d'Amérique latine)
1993 : Bénin, Ouganda, Soudan, Albanie, Espagne, Jamaïque, Mexique, États-Unis (Journée mondiale de la jeunesse), Lituanie, Lettonie, Estonie
1994 : Croatie
1995 :
Pakistan, Sri Lanka, Philippines (Journée mondiale de la jeunesse), République tchèque, Pologne, Belgique, Slovaquie, Cameroun, Afrique du Sud, Kenya, États-Unis (50e anniversaire de l'ONU)
1996 : Nicaragua, Salvador, Venezuela, France
1997 : Bosnie-Herzégovine, République tchèque, Liban, Pologne, France (Journée mondiale de la jeunesse), Brésil (Rencontre mondiale avec les familles)
1998 : Cuba, Nigeria, Autriche, Croatie
1999 : Mexique, États-Unis, Roumanie, Pologne, Slovénie, Inde, Géorgie, Russie
2000 : Égypte, Israël, Portugal
2001 : Grèce, Syrie, Malte, Ukraine, Kazakhstan, Arménie
2002 : Azerbaïdjan, Bulgarie, Canada, Guatemala, Mexique, Pologne
2003 : Espagne, Croatie, Bosnie, Slovaquie
2004 : France, Suisse

 

 

 

La Journée mondiale de la jeunesse (pour en savoir plus)
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