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JOURNALISTE :Sophie-Hélène Lebeuf oct. 2003  Radio-Canada.ca/nouvelles

Un homme engagé

Plus que ses prédécesseurs, le chef de la cité du Vatican s'est posé en chef d'État. Si l'Église a déjà été accusée de fermer les yeux sur des tragédies, celle de Jean-Paul II se prononce sur les grands enjeux et les conflits contemporains. À la fois ouvert et conservateur, ce pape qui fait courir les foules n'a pas peur de s'exprimer, même si sa vision du monde et de la morale se heurte souvent aux valeurs et au mode de vie du monde occidental.

Personnalité politique

« C'est certainement l'un des pontificats les plus importants depuis plusieurs siècles, peut-être même dans l'Histoire de l'Église, car il a touché à plusieurs domaines. »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur en sociologie des religions à l'Université de Montréal

Jean-Paul II a instauré une dynamique nouvelle entre l'Église et les États, notamment en prenant la parole devant l'Assemblée générale de l'ONU (1979 et 1995), l'UNESCO (1980) et le Parlement européen, en soutenant l'arrivée au pouvoir d'un régime démocratique aux Philippines, en jouant les médiateurs entre le Chili et l'Argentine (1979), en enjoignant aux États-Unis et à l'Irak de trouver une solution négociée (guerre du Golfe, 1991), en signant un accord avec Israël (1993), en appelant à la paix en Bosnie-Herzégovine (1994-1995) et en appelant au dialogue pour dénouer la crise israélo-palestinienne (notamment en 1982, en 1984, en 1989, en 1997 et en 2000). En 2002, il devient le premier pape à s'adresser au Parlement italien, où il plaide notamment en faveur d'une intégration des principes chrétiens dans les pays de l'Union européenne et dénonce le terrorisme international. En 2003, il se prononce contre l'intervention américaine en Irak.

Plus que ses prédécesseurs, il a fait preuve d'ouverture à l'endroit de l'État hébreu et de la communauté juive. Jean-Paul II, qui va à la rencontre de nombreuses communautés juives au cours de ses périples, devient le premier pape à visiter une synagogue et les principaux camps d'extermination nazis. À l'occasion du Jubilé de l'an 2000, Jean-Paul II entreprend un voyage historique au Proche-Orient, notamment en Israël, où aucun pape n'est allé depuis 1964. En outre, c'est sous son règne que le Saint-Siège signe un accord dans lequel il reconnaît officiellement Israël (1993).

« Permettez-moi de souhaiter que l'Organisation des Nations unies, en raison de son caractère universel, ne cesse jamais d'être le forum, la tribune élevée d'où l'on évalue, dans la vérité et dans la justice, tous les problèmes de l'homme. »
- octobre 1979

Le pape recevait la visite de Mikhaïl Gorbatchev.

Il a également multiplié les contacts avec les chefs d'État et autres personnalités politiques, comme le chef de l'OLP Yasser Arafat, le général chilien Augusto Pinochet ou le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, même s'ils étaient alors contestés par une partie de la communauté internationale. Ses prises de position, par exemple sur les droits de la personne ou sur le partage des richesses avec les pays en développement, ont donné à ses voyages à l'étranger une couleur politique ou morale. Et son anticommunisme affirmé ne l'a pas empêché de dénoncer le matérialisme des pays occidentaux.

« Après l'échec historique du communisme, je n'ai pas hésité moi-même à soulever de sérieux doutes sur la validité du capitalisme. [...] Les germes de vérité présents dans le programme socialiste ne doivent pas être détruits,
ne doivent pas se perdre. 
»

- en septembre 1993


Un participant à la chute du communisme

Lorsque Jean-Paul II devient pape, la planète est en pleine guerre froide. Son pays d'origine, la Pologne, est sous le joug de Moscou. Or, les régimes communistes, athées, font la vie dure au catholicisme. La nomination d'un Polonais est donc perçue comme un risque pour la stabilité du régime, d'autant plus qu'il a souvent tenu tête aux autorités de Varsovie.

Signe d'inquiétude : le KGB (services de sécurité russe) et le comité central du Parti communiste analysent son élection. Le succès que connaîtra son premier voyage en Pologne, en 1979, n'est pas pour les rassurer. En novembre, les dirigeants de l'URSS établissent même un plan d'action sur la politique du Vatican face aux pays socialistes.

« 1979 a été un tremblement de terre. [...] Le message de Jean-Paul II était à l'opposé de l'idéologie et des intérêts des autorités. »
- Général Wojciech Jaruzelski, ancien dirigeant de Pologne, 1998

Jean-Paul II avec Lech Walesa, principal leader du mouvement de contestation polonais.

Quand, en août 1980, une grève mène à la création de Solidarnósc (solidarité, en polonais), le syndicat qui deviendra le fer de lance de l'opposition au régime communiste polonais, Jean-Paul II appuie les revendications des grévistes et soutient le syndicat. Il écrit aussi au dirigeant soviétique, Leonid Brejnev, pour défendre la souveraineté de la Pologne.

Dès le début de la décennie, les médias soviétiques dépeignent Jean-Paul II comme une menace à la stabilité du régime communiste, en Pologne comme en URSS et dans les autres pays membres du pacte de Varsovie. Lorsque l'empire communiste s'effondrera, à l'aube des années 1990, les observateurs reconnaîtront le rôle joué par le pape.

C'est remarquable ce qu'il a fait avec Pologne, avec la chute du Mur de Berlin. Jean-Paul II est un " politicien prophétique ", comme dit l'auteure américaine Jo Renee Formicola, professeur de sciences politiques. Dans cette étude des croyances de Jean-Paul II, de sa foi par rapport à sa pratique politique, elle le met au niveau de Martin Luther King, Gandhi, Mgr Tutu, de grands personnages religieux qui ont eu un impact politique et prophétique. »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur titulaire en sociologie des religions à l'Université de Montréal (M. Vaillancourt s'intéresse notamment aux questions religieuses, particulièrement celles qui touchent le Vatican et la papauté.)

 

Défenseur des démunis

« Sa contribution la plus grande, c'est son attitude vis-à-vis la société : contre la société de consommation, pour le respect de la personne humaine, l'importance donnée aux jeunes, etc. Plusieurs critiquent son attitude par rapport aux femmes. C'est vrai qu'il y a une ambiguïté par rapport aux femmes. Mais, sous un autre aspect, il a une grande ouverture vis-à-vis des personnes faibles de la société. »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur en sociologie des religions à l'Université de Montréal

Pardon, justice, paix, tolérance religieuse, engagement dans des causes humanitaires : le message de Jean-Paul II prône des valeurs universelles. À de nombreuses reprises, Jean-Paul II dénonce par ailleurs ce qu'il appelle la « culture de la mort », une culture qui se manifeste selon lui dans les guerres, la violence, le terrorisme, l'usage des drogues, l'avortement, l'euthanasie, etc.

Un autre thème cher à ses yeux : l'amour des enfants. Par exemple, à Noël 2001, il consacre l'essentiel de son message à la souffrance des enfants, principales victimes des guerres, et implore pour chacun d'eux le respect auquel il a droit, indépendamment de sa race et de sa nation. « C'est le petit Palestinien et le petit Israélien. C'est l'enfant des États-Unis et l'enfant d'Afghanistan. C'est le fils du Hutu et le fils du Tutsi. C'est donc tout enfant qui, pour le Christ, est quelqu'un. » « Aujourd'hui, ma pensée se tourne vers tous les enfants du monde : nombreux, trop nombreux sont les enfants qui, dès la naissance, sont condamnés, sans faute de leur part, à souffrir les conséquences des conflits inhumains. »

«  Sauvons les enfants pour sauver l'espérance de l'humanité ! »

Par son discours, Jean-Paul II se fait la voix des opprimés, des démunis et des exclus de la société, se faisant un ardent défenseur des droits de la personne. Au fil des décennies, il n'hésite pas à se prononcer sur les questions politiques de l'heure. Tour à tour, il soutient la libération de l'Europe de l'Est, défend les droits des prisonniers et des travailleurs, dénonce les dictatures, appelle à la paix au Proche-Orient. Mais ses positions sont souvent contraires aux politiques de Washington : il condamne le commerce des armes et la peine de mort, réclame l'effacement de la dette des pays pauvres, dénonce les attaques contre l'Irak et la Yougoslavie, l'embargo sur Cuba, le néolibéralisme, et réclame une mondialisation plus humaine ainsi qu'un partage plus équitable des ressources.

« La race humaine est confrontée à de nouvelles formes d'esclavage qui sont plus subtiles que celles du passé. Et, pour bien trop de personnes, la liberté reste un mot dénué de sens. »
- décembre 1998, à propos du capitalisme

 

... et de la morale

Parallèlement, Jean-Paul II reste intransigeant sur plusieurs questions morales, particulièrement en ce qui concerne la sexualité, ce qui ne manque pas de faire réagir les féministes. Ses positions conservatrices sur le divorce, l'homosexualité, la contraception, l'avortement, la chasteté avant le mariage, le lien indissociable entre sexualité et procréation, le célibat des prêtres, notamment, sont contestées par une partie des catholiques, particulièrement en Occident. Les plus progressistes lui reprochent spécialement de s'opposer à l'utilisation du condom, malgré la propagation endémique du sida en Afrique.

Aux féministes, qui dénoncent également la place réduite qu'occupent les femmes au sein de l'Église, en raison notamment de leur impossibilité d'accéder à la prêtrise, il rétorque que, bien que la femme soit l'égale de l'homme, elle doit néanmoins assumer une vocation différente, celle de la maternité, un rôle qui doit se refléter dans l'ensemble de sa vie. Ses prises de position se retouvent entre autres dans Mulieris dignitatem (lettre apostolique de 1988) et dans Lettre aux femmes (publiée en 1995, en vue de la Conférence de l'ONU sur les femmes. Il se prononce également sur de nombreuses questions éthiques, en condamnant par exemple les manipulations génétiques et le clonage.

« Les gens commencent en disant qu'il est conservateur en matière de morale, de sexualité et de la place des femmes. Ça dépend aussi ce qu'on entend par conservateur, ce n'est pas un réactionnaire. Mais il y a un domaine où il est plus conservateur : dans ses nominations épiscopales et dans la façon dont il a tenu plus ou moins le pouvoir de façon centralisée autour de lui. »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur titulaire en sociologie des religions à l'Université de Montréal

 

Un homme de communications

Charismatique, Jean-Paul II a fait de ses visites à travers le monde de grands événements médiatiques, réussissant à rassembler des centaines de millions de fidèles. Les médias ont d'ailleurs fait une vedette de ce pape populaire qui maîtrise l'art de la communication et parle plus de cinq langues. En 1994, la revue Time l'a même sacré homme de l'année, tout comme Newsweek deux ans plus tard.

Jean-Paul II a également su tirer profit de la technologie, en amenant le Vatican à faire des transmissions par satellite et à produire des vidéocassettes. Soucieux de ne pas rater le virage Internet, le Saint-Siège ouvre son premier site en 1996. Trois ans plus tard, la compagnie Sony met en vente un disque intitulé Abba Pater : sur fond musical, le pape lit des psaumes, des évangiles et des prières.

« Jean-Paul II voit dans le Jubilé un moment propice à la communication. Il a compris l'importance des médias et des événements. »
- Mgr Jean-Claude Turcotte (dans L'actualité, 1er mai 1998)

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© Radio-Canada.ca

 


« Jean-Paul II aime beaucoup Jean XXIII et Paul VI, des papes progressistes : ce n'est pas pour rien qu'il s'appelle Jean-Paul. C'est en leur honneur. S'il avait voulu donner un coup de barre plus à droite, il se serait appelé Pie XIII ! »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur en sociologie des religions à l'Université de Montréal

 


Un État à gouverner

Avec son millier d'habitants et ses 0,44 kilomètres carrés, le Vatican est le plus petit État du monde. Il s'agit également de l'État où le taux de natalité est le plus bas...

Même s'il s'agit d'un État neutre, le Vatican entretient des relations diplomatiques avec 172 des 189 membres de l'ONU. C'est plus du double qu'avant l'arrivée de Jean-Paul II à la tête du
Saint-Siège.


En compagnie du leader palestinien, Yasser Arafat.

 


Et l'environnement ?

« On n'en entend pas parler, mais c'est intéressant ce qu'il a fait sur les questions de l'environnement. Il a créé une nouvelle pensée sociale qui n'existait pas avant dans ce domaine. Dans son message au corps diplomatique du Vatican au début de l'année, il parle de l'environnement. Il en parle aussi dans plusieurs textes. Il a fait des rencontres à Assise sur l'environnement, il a nommé des patrons de l'environnement. Il parle de la beauté de la création, de développement durable, de protection de la nature, des humains qui ont besoin de la nature, etc. C'est tentant de négliger l'environnement quand on parle de développement, mais lui non. Dans l'Histoire de l'Église, il n'y a jamais eu ça. Encore aujourd'hui, plusieurs dans l'Église n'ont pas une position aussi avant-gardiste sur l'environnement que Jean-Paul II. »

- Jean-Guy Vaillancourt, professeur titulaire au Département de sociologie à l'Université de Montréal (M. Vaillancourt s'intéresse notamment à l'environnement et aux questions religieuses, particulièrement celles qui touchent le Vatican et la papauté)

 


Il a dit :

« L'acte contraceptif est intrinsèquement illicite : la norme morale est telle qu'elle ne peut souffrir d'exception. »

« Une nation qui tue ses propres enfants n'a pas d'avenir. »

« La vocation de la femme est la maternité : hier, aujourd'hui et toujours. »

« Un féminisme erroné peut mettre en danger la foi de l’Église. »

«  Il faudra toujours éviter les chemins qui ne respectent pas la dignité et la valeur de la personne. Je pense en particulier à d'éventuels projets ou aux tentatives de clonage humain, dans le but d'obtenir des organes pour la greffe : de telles procédures ne sont pas moralement acceptables, mêmes si elles ont des buts louables, du moment qu'elles impliquent la manipulation et la destruction d'embryons. »
29 août 2000

 

 


«  Il existe une autre beauté. Cette beauté, c'est vous, les enfants. L'enfant est la beauté de l'existence humaine. […] Le Seigneur Jésus l'a confirmé par ses actes. […] Nous, les adultes, devons toujours avoir le regard fixé sur la beauté de l'enfant. Jésus ne nous a-t-il pas dit :  “  Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux ” ? Nous avons besoin des enfants pour qu'ils nous conduisent vers Dieu, vers le Royaume céleste. »
juin 1991


« Les peuples puissants le [sont] chaque jour davantage, et les peuples faibles, chaque jour plus dépendants. »
- lors d'un voyage à Mexico (1999)

« [L'humanité doit] bannir l'usage insensé des armes, le recours aux violences et à la haine qui ont cruellement marqué les personnes, les peuples, les continents. »
- 25 décembre 1999

« Dans plusieurs pays, les prisons sont surpeuplées. Certaines comportent quelques commodités, dans d'autres, les conditions de vie sont très précaires, pour ne pas dire indignes de l'être humain. »
- juillet 2000

« J'appelle à une mobilisation globale des consciences contre les forces négatives guidées par des intérêts pervers et qui visent à faire du monde un théâtre de guerre. »
- 1er janvier 2002

« Nous nous découvrons enveloppés par la tendresse de Dieu et, en même temps, engagés activement à aimer Dieu et nos frères. »
- 25 décembre 2001


« Dans le monde d'aujourd'hui, les toits sont presque toujours envahis par une forêt d'émetteurs et d'antennes qui transmettent et reçoivent des messages de tous genres vers et des quatre coins du monde. Il est très important de faire en sorte que, parmi ces nombreux messages, celui de Dieu soit lui aussi entendu. »

« Le nouveau monde du cyberespace est une exhortation à la grande aventure d'utiliser son potentiel pour proclamer le message de l'Évangile. »
- 22 janvier 2002

La Journée mondiale de la jeunesse (pour en savoir plus)
 
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