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Personnalité politique
« C'est
certainement l'un des pontificats les plus importants depuis
plusieurs siècles, peut-être même dans
l'Histoire de l'Église, car il a touché à
plusieurs domaines. »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur
en sociologie des religions à l'Université
de Montréal
Jean-Paul II a instauré une dynamique nouvelle
entre l'Église et les États, notamment en prenant la parole
devant l'Assemblée générale de l'ONU
(1979 et 1995), l'UNESCO (1980) et le Parlement européen,
en soutenant l'arrivée au pouvoir d'un régime
démocratique aux Philippines, en jouant les médiateurs
entre le Chili et l'Argentine (1979), en enjoignant aux États-Unis
et à l'Irak de trouver une solution négociée (guerre du Golfe,
1991), en signant un accord avec Israël (1993), en appelant
à la paix en Bosnie-Herzégovine (1994-1995) et en appelant
au dialogue pour dénouer la crise israélo-palestinienne (notamment
en 1982, en 1984, en 1989, en 1997 et en 2000). En 2002, il
devient le premier pape à s'adresser au Parlement italien,
où il plaide notamment en faveur d'une intégration
des principes chrétiens dans les pays de l'Union européenne
et dénonce le terrorisme international. En 2003, il
se prononce contre l'intervention américaine en Irak.
Plus que ses prédécesseurs, il
a fait preuve d'ouverture à l'endroit de l'État
hébreu et de la communauté juive. Jean-Paul
II, qui va à la rencontre de nombreuses communautés
juives au cours de ses périples, devient le premier
pape à visiter une synagogue et les principaux camps
d'extermination nazis. À l'occasion du Jubilé
de l'an 2000, Jean-Paul II entreprend un voyage historique
au Proche-Orient, notamment en Israël, où aucun
pape n'est allé depuis 1964. En outre, c'est sous son
règne que le Saint-Siège signe un accord dans
lequel il reconnaît officiellement Israël (1993).
« Permettez-moi
de souhaiter que l'Organisation des Nations unies, en raison
de son caractère universel, ne cesse jamais d'être
le forum, la tribune élevée d'où l'on
évalue, dans la vérité et dans la justice,
tous les problèmes de l'homme. »
- octobre 1979
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| Le pape recevait la visite
de Mikhaïl Gorbatchev. |
Il a également multiplié les contacts avec les
chefs d'État et autres personnalités politiques, comme le
chef de l'OLP Yasser Arafat, le général chilien Augusto Pinochet
ou le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, même s'ils
étaient alors contestés par une partie de la communauté internationale.
Ses prises de position, par exemple sur les droits de la personne
ou sur le partage des richesses avec les pays en développement,
ont donné à ses voyages à l'étranger une couleur politique
ou morale. Et son anticommunisme affirmé ne l'a pas empêché
de dénoncer le matérialisme des pays occidentaux.
« Après
l'échec historique du communisme, je n'ai pas hésité
moi-même à soulever de sérieux doutes
sur la validité du capitalisme. [...] Les germes
de vérité présents dans le programme
socialiste ne doivent pas être détruits,
ne doivent pas se perdre. »
- en septembre 1993

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Un participant à
la chute du communisme
Lorsque Jean-Paul II devient pape,
la planète est en pleine guerre froide. Son pays
d'origine, la Pologne, est sous le joug de Moscou.
Or, les régimes communistes, athées, font la vie
dure au catholicisme. La nomination d'un Polonais
est donc perçue comme un risque pour la stabilité
du régime, d'autant plus qu'il a souvent tenu
tête aux autorités de Varsovie.
Signe
d'inquiétude : le KGB (services de sécurité russe)
et le comité central du Parti communiste analysent
son élection. Le succès que connaîtra son premier
voyage en Pologne, en 1979, n'est pas pour les
rassurer. En novembre, les dirigeants de l'URSS
établissent même un plan d'action sur la politique
du Vatican face aux pays socialistes.
« 1979
a été un tremblement de terre. [...] Le message
de Jean-Paul II était à l'opposé de l'idéologie
et des intérêts des autorités. »
- Général Wojciech Jaruzelski,
ancien dirigeant de Pologne, 1998
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| Jean-Paul II
avec Lech Walesa, principal leader du mouvement
de contestation polonais. |
Quand, en août 1980, une grève mène
à la création de Solidarnósc (solidarité, en polonais),
le syndicat qui deviendra le fer de lance de l'opposition
au régime communiste polonais, Jean-Paul II appuie
les revendications des grévistes et soutient le
syndicat. Il écrit aussi au dirigeant soviétique,
Leonid Brejnev, pour défendre la souveraineté
de la Pologne.
Dès le début de la décennie, les
médias soviétiques dépeignent Jean-Paul II comme
une menace à la stabilité du régime communiste,
en Pologne comme en URSS et dans les autres pays
membres du pacte de Varsovie. Lorsque l'empire
communiste s'effondrera, à l'aube des années 1990,
les observateurs reconnaîtront le rôle joué par
le pape.
C'est
remarquable ce qu'il a fait avec Pologne, avec
la chute du Mur de Berlin. Jean-Paul II est
un " politicien prophétique ",
comme dit l'auteure américaine Jo Renee
Formicola, professeur de sciences politiques.
Dans cette étude des croyances de Jean-Paul
II, de sa foi par rapport à sa pratique
politique, elle le met au niveau de Martin Luther
King, Gandhi, Mgr Tutu, de grands personnages
religieux qui ont eu un impact politique et
prophétique. »
- Jean-Guy Vaillancourt,
professeur titulaire en sociologie des religions
à l'Université de Montréal
(M. Vaillancourt s'intéresse notamment
aux questions religieuses, particulièrement
celles qui touchent le Vatican et la papauté.)
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Défenseur des démunis
« Sa contribution
la plus grande, c'est son attitude vis-à-vis la société
: contre la société de consommation, pour
le respect de la personne humaine, l'importance donnée
aux jeunes, etc. Plusieurs critiquent son attitude par rapport
aux femmes. C'est vrai qu'il y a une ambiguïté
par rapport aux femmes. Mais, sous un autre aspect, il a
une grande ouverture vis-à-vis des personnes faibles
de la société. »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur en
sociologie des religions à l'Université de
Montréal
Pardon, justice, paix, tolérance religieuse,
engagement dans des causes humanitaires : le message
de Jean-Paul II prône des valeurs universelles. À
de nombreuses reprises, Jean-Paul II dénonce par ailleurs
ce qu'il appelle la « culture de la mort »,
une culture qui se manifeste selon lui dans les guerres, la
violence, le terrorisme, l'usage des drogues, l'avortement,
l'euthanasie, etc.
Un
autre thème cher à ses yeux : l'amour des enfants. Par exemple,
à Noël 2001, il consacre l'essentiel de son message à la souffrance
des enfants, principales victimes des guerres, et implore
pour chacun d'eux le respect auquel il a droit, indépendamment
de sa race et de sa nation. « C'est le petit
Palestinien et le petit Israélien. C'est l'enfant des États-Unis
et l'enfant d'Afghanistan. C'est le fils du Hutu et le fils
du Tutsi. C'est donc tout enfant qui, pour le Christ, est
quelqu'un. » « Aujourd'hui, ma
pensée se tourne vers tous les enfants du monde : nombreux,
trop nombreux sont les enfants qui, dès la naissance, sont
condamnés, sans faute de leur part, à souffrir les conséquences
des conflits inhumains. »
« Sauvons
les enfants pour sauver l'espérance de l'humanité ! »
Par
son discours, Jean-Paul II se fait la voix des opprimés, des
démunis et des exclus de la société, se faisant un ardent
défenseur des droits de la personne. Au fil des décennies,
il n'hésite pas à se prononcer sur les questions politiques
de l'heure. Tour à tour, il soutient la libération de l'Europe
de l'Est, défend les droits des prisonniers et des travailleurs,
dénonce les dictatures, appelle à la paix au Proche-Orient.
Mais ses positions sont souvent contraires aux politiques
de Washington : il condamne le commerce des armes et la peine
de mort, réclame l'effacement de la dette des pays pauvres,
dénonce les attaques contre l'Irak et la Yougoslavie, l'embargo
sur Cuba, le néolibéralisme, et réclame une mondialisation
plus humaine ainsi qu'un partage plus équitable des
ressources.
« La race
humaine est confrontée à de nouvelles formes d'esclavage
qui sont plus subtiles que celles du passé. Et, pour bien
trop de personnes, la liberté reste un mot dénué de sens. »
- décembre 1998, à propos du capitalisme
... et de la morale
Parallèlement, Jean-Paul II reste intransigeant
sur plusieurs questions morales, particulièrement en ce qui
concerne la sexualité, ce qui ne manque pas de faire réagir
les féministes. Ses positions conservatrices sur le
divorce, l'homosexualité, la contraception, l'avortement,
la chasteté avant le mariage, le lien indissociable
entre sexualité et procréation, le célibat des prêtres,
notamment, sont contestées par une partie des catholiques,
particulièrement en Occident. Les plus progressistes lui reprochent
spécialement de s'opposer à l'utilisation du condom,
malgré la propagation endémique du sida en Afrique.
Aux féministes, qui dénoncent également
la place réduite qu'occupent les femmes au sein de
l'Église, en raison notamment de leur impossibilité
d'accéder à la prêtrise, il rétorque
que, bien que la femme soit l'égale de l'homme, elle
doit néanmoins assumer une vocation différente,
celle de la maternité, un rôle qui doit se refléter
dans l'ensemble de sa vie. Ses prises de position se retouvent
entre autres dans Mulieris dignitatem (lettre apostolique
de 1988) et dans Lettre aux femmes (publiée
en 1995, en vue de la Conférence de l'ONU sur les femmes.
Il se prononce également sur de nombreuses questions
éthiques, en condamnant par exemple les manipulations
génétiques et le clonage.
« Les
gens commencent en disant qu'il est conservateur en matière
de morale, de sexualité et de la place des femmes.
Ça dépend aussi ce qu'on entend par conservateur,
ce n'est pas un réactionnaire. Mais il y a un domaine
où il est plus conservateur : dans ses nominations
épiscopales et dans la façon dont il a tenu
plus ou moins le pouvoir de façon centralisée
autour de lui. »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur titulaire
en sociologie des religions à l'Université
de Montréal
Un homme de communications
Charismatique,
Jean-Paul II a fait de ses visites à travers le monde de grands
événements médiatiques, réussissant à rassembler des centaines
de millions de fidèles. Les médias ont d'ailleurs fait une
vedette de ce pape populaire qui maîtrise l'art de la communication
et parle plus de cinq langues. En 1994, la revue Time
l'a même sacré homme de l'année, tout comme Newsweek
deux ans plus tard.
Jean-Paul
II a également su tirer profit de la technologie, en amenant
le Vatican à faire des transmissions par satellite et à produire
des vidéocassettes. Soucieux de ne pas rater le virage Internet,
le Saint-Siège ouvre son premier site en 1996. Trois ans plus
tard, la compagnie Sony met en vente un disque intitulé Abba
Pater : sur fond musical, le pape lit des psaumes, des évangiles
et des prières.
« Jean-Paul
II voit dans le Jubilé un moment propice à la communication.
Il a compris l'importance des médias et des événements. »
- Mgr Jean-Claude Turcotte (dans L'actualité,
1er mai 1998)

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« Jean-Paul
II aime beaucoup Jean XXIII et Paul VI, des papes
progressistes : ce n'est pas pour rien qu'il s'appelle
Jean-Paul. C'est en leur honneur. S'il avait voulu
donner un coup de barre plus à droite,
il se serait appelé Pie XIII ! »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur en sociologie
des religions à l'Université de
Montréal
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Un État à
gouverner
Avec son millier d'habitants
et ses 0,44 kilomètres carrés, le
Vatican est le plus petit État du monde. Il s'agit
également de l'État où le
taux de natalité est le plus bas...
Même s'il s'agit d'un État
neutre, le Vatican entretient des relations diplomatiques
avec 172 des 189 membres de l'ONU. C'est plus
du double qu'avant l'arrivée de Jean-Paul
II à la tête du
Saint-Siège.
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| En compagnie du leader palestinien,
Yasser Arafat. |

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Et l'environnement ?
« On n'en entend pas parler, mais
c'est intéressant ce qu'il a fait sur les
questions de l'environnement. Il a créé
une nouvelle pensée sociale qui n'existait
pas avant dans ce domaine. Dans son message au
corps diplomatique du Vatican au début
de l'année, il parle de l'environnement.
Il en parle aussi dans plusieurs textes. Il a
fait des rencontres à Assise sur l'environnement,
il a nommé des patrons de l'environnement.
Il parle de la beauté de la création,
de développement durable, de protection
de la nature, des humains qui ont besoin de la
nature, etc. C'est tentant de négliger
l'environnement quand on parle de développement,
mais lui non. Dans l'Histoire de l'Église,
il n'y a jamais eu ça. Encore aujourd'hui,
plusieurs dans l'Église n'ont pas une position
aussi avant-gardiste sur l'environnement que Jean-Paul II. »
- Jean-Guy Vaillancourt, professeur titulaire
au Département de sociologie à l'Université
de Montréal (M. Vaillancourt s'intéresse
notamment à l'environnement et aux questions
religieuses, particulièrement celles qui
touchent le Vatican et la papauté)
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Il a dit :
« L'acte contraceptif
est intrinsèquement illicite : la norme morale
est telle qu'elle ne peut souffrir d'exception. »
« Une nation qui tue
ses propres enfants n'a pas d'avenir. »
« La vocation de la femme
est la maternité : hier, aujourd'hui et toujours. »
« Un féminisme erroné
peut mettre en danger la foi de l’Église. »
« Il faudra toujours
éviter les chemins qui ne respectent pas la dignité
et la valeur de la personne. Je pense en particulier
à d'éventuels projets ou aux tentatives de clonage
humain, dans le but d'obtenir des organes pour
la greffe : de telles procédures ne sont pas moralement
acceptables, mêmes si elles ont des buts louables,
du moment qu'elles impliquent la manipulation
et la destruction d'embryons. »
29 août 2000
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«
Il existe une autre beauté. Cette beauté,
c'est vous, les enfants. L'enfant est la beauté
de l'existence humaine. […] Le Seigneur Jésus
l'a confirmé par ses actes. […] Nous, les
adultes, devons toujours avoir le regard fixé
sur la beauté de l'enfant. Jésus ne
nous a-t-il pas dit : Si
vous ne devenez pas comme des enfants, vous n'entrerez
pas dans le Royaume des cieux ?
Nous avons besoin des enfants pour qu'ils nous conduisent
vers Dieu, vers le Royaume céleste. »
juin 1991 |
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« Les
peuples puissants le [sont] chaque jour davantage,
et les peuples faibles, chaque jour plus dépendants. »
- lors d'un voyage à Mexico (1999)
« [L'humanité
doit] bannir l'usage insensé des armes, le recours
aux violences et à la haine qui ont cruellement
marqué les personnes, les peuples, les continents. »
- 25 décembre 1999
« Dans
plusieurs pays, les prisons sont surpeuplées.
Certaines comportent quelques commodités, dans
d'autres, les conditions de vie sont très précaires,
pour ne pas dire indignes de l'être humain. »
- juillet 2000
« J'appelle
à une mobilisation globale des consciences contre
les forces négatives guidées par des intérêts
pervers et qui visent à faire du monde un théâtre
de guerre. »
- 1er janvier 2002
« Nous
nous découvrons enveloppés par la
tendresse de Dieu et, en même temps, engagés
activement à aimer Dieu et nos frères. »
- 25 décembre 2001
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« Dans le monde d'aujourd'hui,
les toits sont presque toujours envahis par une
forêt d'émetteurs et d'antennes qui transmettent
et reçoivent des messages de tous genres vers
et des quatre coins du monde. Il est très important
de faire en sorte que, parmi ces nombreux messages,
celui de Dieu soit lui aussi entendu. »
« Le nouveau monde du
cyberespace est une exhortation à la grande aventure
d'utiliser son potentiel pour proclamer le message
de l'Évangile. »
- 22 janvier 2002
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