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JOURNALISTE :Sophie-Hélène Lebeuf oct. 2003  Radio-Canada.ca/nouvelles
Chronologie

 

« Certains voudraient que je batte le record du pontificat de Pie IX : 32 ans.
Cela nous conduirait à 2010. Pourquoi pas ? Rendez-vous en 2011. »

— août 2000


1920 :
Karol Wojtyla naît le 18 mai à Wadowice, en Pologne, dans une famille d’origine modeste.

1929 : Il perd sa mère, Emilia Kaczorowska Wojtyla. Au cours de son enfance, puis de son adolescence, la religion tient une grande place dans sa vie, tout comme le sport. Celui qui, des décennies plus tard, se fera surnommer « le sportif de Dieu », est entre autres adepte de soccer, de natation, de ski et de bicyclette.

1932 : Son frère Edmund meurt.

1934 : Il commence à jouer dans des productions théâtrales amateurs. Pendant sa jeunesse, il se passionne aussi pour la poésie et participe à des discussions littéraires.

1938 : Il déménage avec son père à Cracovie, où il entame ses études universitaires.

1939 : Il fait un cycle de préparation militaire. Quelques semaines plus tard, l’Allemagne envahit la Pologne. La Deuxième Guerre mondiale vient de commencer.

1940 : Pour éviter la déportation, il travaille d'abord dans une mine, puis, un an plus tard, dans une usine chimique.

1940-1978 : Il écrit de nombreux recueils de poésie, essais et pièces de théâtre. Parmi les œuvres qu’il publiera sous un pseudonyme, on trouve Chant sur la splendeur de l’eau, La Carrière, Profil d’un Cyrénéen, Méditation sur la mort et La Boutique de l’orfèvre. Le dernier poème qu'il publie avant de devenir pape s'intitule Stanislas.

1941 : Son père, Karol, meurt avant que son rêve de voir son fils accéder à la prêtrise ne se réalise.

À sa mère :

Sur la pierre blanche de Ta tombe
Fleurissent les fleurs blanches
de la vie
Tant d'années déjà sans Toi
Et quelles années ?

Sur la pierre blanche de Ta tombe
Refermée depuis tant d'années
A surgi comme une ombre
Celle de la mort incompréhensible.

Sur la pierre blanche de Ta tombe
Ma mère, Amour disparu
En signe de tendresse filiale
Cette simple prière : Repose éternellement en paix !

Dédicace de « David », 1939
(Ed. Cana, Paris)

1942 : Sous l’occupation nazie, il entre au séminaire clandestin de l’archidiocèse de Cracovie. Quand les Allemands commencent à arrêter les hommes polonais, il trouve refuge dans la résidence de l’archevêque, où il restera jusqu’à la fin de la guerre, en 1945.

1946 : Dans une Pologne qui fera la lutte aux catholiques, il devient prêtre. Quelques semaines après son ordination, il poursuit ses études en théologie.

1948 : Il obtient le premier de deux doctorats.

1953 : Il commence à enseigner à l’université, tout en poursuivant ses études.

1958 : Il est nommé évêque auxiliaire de Cracovie.

Années 1960 : Il fait partie des dirigeants intellectuels qui révolutionnent l’Église avec le Concile Vatican II, amorcé en 1962.

1963 : À 43 ans, il devient archevêque de Cracovie. Pendant cette période, il tient tête aux autorités communistes de Varsovie.

1967 : Paul VI le nomme cardinal.

1969 : Il vient en visite au Canada. Il arrive à Montréal, où il est reçu par le maire Jean Drapeau.

« Je n’ai pas peur d’eux; ils ont peur de moi », répond-il à quelqu’un qui lui demande s’il craint les représailles des représentants du gouvernement polonais.
1978 : Le 18 octobre, une page de l'Histoire est tournée. Pour la première fois en 455 ans, le chef de l’Église catholique n’est pas italien. Celui qui prend alors le nom de Jean-Paul II est le premier Polonais à accéder à cette fonction. Deux jours plus tôt, les cardinaux ont pris huit tours pour choisir le 264e successeur de saint Pierre.

1979 : Son premier voyage officiel se déroule en République dominicaine, aux Bahamas et au Mexique, où il ouvre la conférence générale des évêques latino-américains. Plus tard, il fait son premier voyage officiel en Pologne, où il appelle au respect des croyances religieuses.

1979 : Il effectue son premier voyage pastoral aux États-Unis et prononce un discours devant les Nations unies. Quelques semaines plus tard, il se rend en Turquie, où il établit un premier contact avec la communauté musulmane. Il y rencontre aussi le patriarche de Constantinople, Dimitrios 1er, chef spirituel de l’orthodoxie.

« 1979 a été un tremblement de terre. […] Le message de Jean-Paul II était à l’opposé de l’idéologie et des intérêts des autorités », dira en 1998 le général Wojciech Jaruzelski, ex-premier secrétaire du Parti communiste de Pologne.

1979 : Il publie Redemptor Hominis (Le Rédempteur de l'Homme), la première de 14 encycliques.

1980 : Il effectue son premier voyage en France et en Afrique. À Paris, il prononce un discours devant l'UNESCO.

1980 : Il appuie les revendications des grévistes polonais (le mouvement de grève mènera à la création du syndicat Solidarnósc, ou « solidarité » en polonais, qui sera le fer de lance de l'opposition au communisme).

1981 : Il effectue sa première visite en Asie.

« Le Rédempteur de l'Homme, Jésus-Christ, est le centre du cosmos et de l'histoire. Vers Lui se tournent ma pensée et mon cœur en cette heure solennelle [l'approche de l'an 2000] que l'Église et toute la famille de l'humanité contemporaine sont en train de vivre. »
extrait de l'encyclique
Redemptor Hominis
1981 : Le 13 mai 1981 (date anniversaire de l'apparition de la Vierge à Fatima, au Portugal, en 1917), il est victime d’un attentat perpétré en pleine place Saint-Pierre par un ressortissant turc. Ali Agça tire à trois reprises sur le souverain pontife, devant une foule de 20 000 fidèles. Une dizaine de jours plus tard, les médecins peuvent déclarer Jean-Paul II véritablement hors de danger, mais il gardera des séquelles de l'attentat. « Je me sens très proche des deux personnes blessées en même temps que moi. Je prie pour le frère qui m'a tiré dessus et je lui ai sincèrement pardonné », dit-il quelques jours après la tentative d'assassinat.


Un attentat qui reste mystérieux

Le 27 novembre 1979, la presse turque publie une lettre d'Ali Agça dans laquelle il menace de mort Jean-Paul II s'il ne renonce pas à sa visite à Istanbul, prévue pour le lendemain. Il accuse le pape d'initier une nouvelle croisade contre les musulmans. Un an et demi plus tard, il mettra sa menace à exécution.

Agça a-t-il véritablement agi seul comme il l'affirme tout d'abord ? Après avoir expliqué son geste par la haine, il se ravise et met en cause des compatriotes turcs trempant dans des activités mafieuses. On a pourtant trouvé dans sa pension romaine une note prétendant qu'il a tué le pape au nom de la liberté au Salvador et en Afghanistan. Tactique de diversion ? A-t-il plutôt agi pour le compte des Loups gris, un mouvement armé d'extrême droite antichristianisme et anti-Occident, dont il est un ancien militant ?

Avec la guerre froide comme trame de fond, la justice étudiera surtout la « piste bulgare » : les services secrets du pays auraient exécuté un complot ourdi par l'URSS et le KGB, les services secrets soviétiques. Agça lui-même étayera cette thèse en affirmant avoir rencontré des agents bulgares, mais certains allégueront que la CIA est intervenue pour influencer son témoignage. Lors des interrogatoires, Agça se rétracte à nouveau : il dit avoir agi seul, sans l'intention de tuer sa victime. Faute de preuves, le procès contre des Bulgares mènera à leur acquittement.

Après deux procès, trois enquêtes et des milliers de pages de rapports, le mystère entourant l'attentat contre le pape subsiste. Et la dernière explication fournie par Agça n'éclaire pas davantage : en 2000, il affirme avoir été guidé par une « force surnaturelle ».



1982 :
Il accorde une audience à Yasser Arafat, alors chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), une rencontre que désapprouve la communauté juive.

1982 : Il se rend en Grande-Bretagne et en Argentine pendant la guerre des îles Malouines, qui oppose les deux pays.

1983 : Il se rend en Haïti et en Amérique centrale, pour un voyage très politique au cours duquel il défend les droits de la personne. Peu après, la Pologne accueille le souverain pontife pour la deuxième fois. Il y plaide en faveur des syndicats libres.

1983 : En personne, il réitère son pardon à Ali Agça, condamné à l’emprisonnement à perpétuité. Sur son insistance, le président de l'Italie graciera son agresseur en juin 2000.

1984 : Il fait son premier voyage au Canada en tant que pape.

1987 : Il effectue un voyage au Chili, où il rencontre le général Augusto Pinochet.

1987 : Au cours de son troisième voyage dans son pays natal, il réitère son soutien au syndicat Solidarnósc et accorde une audience au général Jaruzelski.

1989 : Il reçoit au Vatican le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, auprès de qui il plaide en faveur de la liberté de culte et de conscience en URSS.

1991 : Il écrit au président des États-Unis, George Bush père, et à son homologue irakien, Saddam Hussein, pour qu’ils trouvent une solution négociée à la crise du Golfe.

1992 : Le pape commence à éprouver des problèmes de santé et à montrer des signes de fatigue. Tumeur bénigne à l’intestin (1992), fracture à l’épaule droite (1993), douleur à la hanche et fracture du col du fémur droit (1994), appendicectomie (1996) : il doit être hospitalisé et opéré à plusieurs reprises. De plus, les symptômes de la maladie de Parkinson se font de plus en plus évidents. Fidèle à la tradition selon laquelle le pape est en parfaite santé jusqu’à sa mort, le Saint-Siège a souvent démenti les rumeurs relatives à sa santé.

1994 : Il multiplie les appels pour la paix en Bosnie-Herzégovine.

1994 : La revue Time le sacre homme de l’année.

1995 : Alors qu'il célèbre ses 75 ans (l'âge auquel les évêques sont contraints de démissionner), il réitère sa volonté de rester aux commandes de l'Église.

« C'est Dieu qui m'a donné cette mission d'évêque de Rome [le rôle de pape] et c'est Lui qui me la reprendra », dit-il.
1995 : Trois millions de fidèles se réunissent à Manille, aux Philippines, pour assister à la messe de clôture de la XVe Journée mondiale de la jeunesse. Cette foule est la plus nombreuse de tout le pontificat de Jean-Paul II.

1996 : Le pape subit une appendicectomie.

1996 : La revue Newsweek le sacre homme de l’année.

1997 : Jean-Paul II se déplace dorénavant avec une canne et présente des difficultés d'élocution. Le Vatican admet finalement qu'il souffre de la maladie de Parkinson.

1998 : Il devient le premier pape à se rendre à Cuba, où il rencontre Fidel Castro. Il plaide notamment en faveur de la liberté des dissidents.

2000 : L'arrivée du nouveau millénaire lui donne l'occasion de réaliser un rêve caressé de longue date : celui de mener l'Église lors du Grand Jubilé célébrant 2000 ans de christianisme. À cette occasion, il continue de répandre la parole de Dieu, poursuit le dialogue avec les autres Églises chrétiennes et les autres religions, et mène une vaste série d'activités tout au cours de l'année.
2000 : À la mi-janvier, des propos de Mgr Karl Leahmann, président des évêques d'Allemagne, suscitent un débat au sein de l'Église en relançant le débat sur une éventuelle démission du pape : « Je fais personnellement confiance au pape pour avoir le courage et la force de dire, au cas où il aurait le sentiment de ne plus être capable de diriger l'Église avec responsabilité : je n'y arrive plus comme cela serait nécessaire. » Les rumeurs selon lesquelles sa santé chancelante pourrait l'amener à se retirer dans un monastère polonais pour finir ses jours circulent. Certains membres du clergé croient pourtant qu'il devrait céder sa place à un cardinal plus jeune, ou du moins y réfléchir. « Jamais ce que [Dieu] exige de nous n'est au-dessus de nos forces. Lui-même nous demande d'avoir la force d'accomplir ce qu'Il attend de nous », répond Jean-Paul II.

2000 : En mars, il demande publiquement pardon à Dieu pour tous les péchés et crimes commis depuis l'avènement du christianisme. Quelques semaines plus tard, il effectue un voyage historique en Terre sainte, notamment en Israël, où aucun pape n'est allé depuis plus de 30 ans. Il visite plusieurs hauts lieux des religions juive, musulmane et chrétienne.

2000 : En mai, il révèle le troisième secret de Fatima, une prophétie qu'il interprète comme annonçant l'attentat perpétré contre lui en 1981.

2000 : Il béatifie deux de ses prédécesseurs, Jean XXIII et Pie IX. Dans le cas de ce dernier, la décision indispose les juifs mais aussi plusieurs catholiques, à cause de son conservatisme et de certains comportements jugés par plusieurs comme étant antisémites.

2001 : Lors d'un voyage qui le mène notamment en Syrie, il devient le premier pape à pénétrer dans une mosquée, celle des Omeyyades.

2001 : Dans la foulée des attentats qui secouent les États-Unis, en septembre, Jean-Paul II enjoint aux Américains et à la communauté internationale de ne pas céder à la haine et présente ses condoléances aux familles des victimes.

2001 : En novembre, le pape envoie pour la première fois un courriel, adressé au clergé partout dans le monde, dans lequel il présente ses excuses pour les sévices sexuels commis par des membres de l'Église catholique.

« Nous devons nous assurer que Dieu n'est jamais l'otage des ambitions humaines », déclare-t-il après les attentats du 11 septembre.
2002 : En janvier, quelque 200 représentants de confessions religieuses issus de tous les continents — chrétiens orthodoxes, protestants, musulmans, juifs, bouddhistes, hindouistes, sikhs, etc. — répondent favorablement à son invitation et se réunissent à Assise pour condamner les guerres menées au nom de Dieu et la violence perpétrée en Son nom.

2002 : Les signes de vieillissement, notamment ses difficultés d'élocution, se font de plus en plus évidents. Affaibli par une douleur arthritique au genou, Jean-Paul II est contraint de renoncer à certaines activités entourant les festivités de Pâques (par exemple le chemin de croix du Vendredi saint), dérogeant ainsi à la tradition. Il célèbre tout de même la messe pascale, réitérant son appel à la paix au Proche-Orient.

2002 : Une visite à l'étranger le mène notamment en Bulgarie, où il déclare n'avoir « jamais cru à la prétendue filière bulgare » soupçonnée de la tentative d'assassinat dont il fut victime en 1981.

2002 : À la suite d'accusations portées contre plusieurs membres du clergé américain, il rencontre 13 cardinaux américains pour discuter de la pédophilie au sein du clergé et exprime sa solidarité envers les victimes. « Il n'y a pas de place dans le sacerdoce pour ceux qui blessent les enfants », déclare-t-il.

2002 : En juillet, Jean-Paul II entreprend un périple en Amérique, qui l'amène notamment dans la métropole canadienne de Toronto, à l'occasion de la XVIIe journée mondiale de la jeunesse. Au Mexique, il canonise Juan Diego Cuauhtlatoatzin, faisant de lui le premier saint d'origine amérindienne.

2002 : En août, il effectue son huitième périple dans son pays natal, la Pologne.

2002 : En novembre, Jean-Paul II devient le premier pape à s'adresser au Parlement italien.

2003 : En juin, il se rend en Croatie, effectuant ainsi son 100e voyage officiel à l'extérieur de l'Italie.

2003 : Tryptique de Rome, la première œuvre poétique de Jean-Paul II à être publiée depuis le début de son pontificat, entre en librairie.

2003 : En octobre, le pape célèbre ses 25 ans à la tête de l'Église catholique.

2004 : Son pontificat devient le 3e de l'histoire de l'Eglise par sa durée.

Février 2005 : Le Saint-Père est hospitalisé d'urgence à deux reprises au cours du mois pour des problèmes de santé aigus découlant d'une infection du système respiratoire. La détérioration de l'état de santé de Jean-Paul II donne lieu à des spéculations sur une éventuelle abdication de ses fonctions papales.

Publications:

Au cours de son pontificat, Jean-Paul II a écrit cinq livres: Entrer dans l'espérance (1994), Don et Mystère: en ce 50 anniversaire de mon ordination sacerdotale (1996), Triptyque de Rome (2003), Levez-vous et allons ! (2004), Mémoire et identité (2005).

27 mars 2005 : Pour la première fois dans l'histoire de son pontificat, Jean-Paul II ne peut célébrer la messe de Pâques, ni prononcer les paroles de la traditionnelle bénédiction urbi et orbi, qui clôt cette fête importante chez les catholiques. Il fait quelques signes de croix pour les fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre.

30 mars 2005 : Le pape Jean-Paul II apparaît une dernière fois à la fenêtre de ses appartements pour bénir les fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre. Il tente de s'adresser à la foule, mais sa voix est inaudible.

1er avril 2005 : Les médecins placent Jean-Paul II sous assistance respiratoire, à la suite d'un arrêt cardiaque provoqué par une infection généralisée.

2 avril 2005 : Le Vatican annonce que l'état du pape est « gravissime ». Il souffre d'une forte fièvre et perd plusieurs fois conscience.

2 avril 2005, 21 h 37, heure du Vatican : Karol Wojtyla, le pape Jean-Paul II, s'éteint à l'âge de 84 ans, après 26 ans de pontificat.

 

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