Journaliste
Stéphane Bordeleau
Une politique intérieure
instable
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Affrontements violents
à Karachi entre militaires pakistanais et islamistes.
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Au Pakistan, la vie
politique s'organise autour de partis politiques issus de coalitions
plus ou moins stables. Ces partis politiques doivent de plus partager
le pouvoir avec le président de la république et
avec l'armée, qui intervient pour ainsi dire quotidiennement
dans les affaires de l'État.
Bien que le Pakistan
soit officiellement doté d'un système politique
démocratique composé d'une assemblée nationale,
d'un sénat et d'un président élus, l'histoire
politique du pays n'en demeure pas moins une succession de coups
d'État militaires, d'assassinats politiques et de destitutions.
Le plus récent épisode de cette série noire
remonte à octobre 1999, lorsque l'armée pakistanaise
a chassé du pouvoir le premier ministre Nawaz Sharif, qu'elle
a ensuite condamné à la prison à vie pour
piraterie aérienne, corruption et terrorisme. Le général
Musharraf lui succède depuis à la tête du
gouvernement.
La corruption
Très
répandue à travers toutes les classes du pouvoir,
la corruption est un véritable fléau dans la société
pakistanaise. Nombre de premiers ministres, de militaires et d'élus
de toutes sortes ont été condamnés au Pakistan
pour corruption. À un point tel que la classe dirigeante
a perdu beaucoup de crédibilité aux yeux de la population
pakistanaise, devenue sceptique et très critique face à
ses dirigeants et à la bureaucratie gouvernementale, elle
aussi fortement corrompue.
La violence interethnique
Bien que l'armée
occupe beaucoup de place dans les affaires intérieures
du Pakistan, les violences interethniques, qui ont fait jusqu'ici
des milliers de morts, perturbent régulièrement
la stabilité du pays. Ces flambées de violence surviennent
généralement entre les Sindhis et les réfugiés
musulmans mohajirs, venus de l'Inde en 1947. Ces derniers, soumis
à la majorité sindhis, revendiquent une province
séparée et autonome. La violence interethnique affecte
également les populations pathanes, baloutches et biharis.
À ces violences
ethniques s'ajoutent, le long de la frontière afghane,
des provinces dites « tribales », et dont
les populations, vivant souvent des deux côtés de
la frontière, refusent depuis des
décennies
de se soumettre à un pouvoir gouvernemental, quel qu'il
soit. Ces peuples inféodés et armés obéissent
à leurs propres règles et n'hésitent pas
à défier régulièrement le pouvoir
d'Islamabad. Très islamisées, ces populations, qui
ont combattu successivement les Britanniques et les Soviétiques
aux côtés des Afghans, sont en fait beaucoup plus
proches du régime des talibans que du gouvernement pakistanais.
Un gouvernement dont ils se méfient et contre lequel ils
n'hésiteraient pas à prendre les armes s'il permettait
aux Américains de prendre position le long de la frontière
pour éventuellement attaquer l'Afghanistan.
Le général Musharraf marche sur des
ufs
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Des manifestants pakistanais
défient leur gouvernement en brûlant un
drapeau américain.
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Le soulèvement
des ces populations est un scénario que le général
Musharraf devra à tout prix éviter car, si son gouvernement
a offert son aide aux Américains, il en va autrement de
la population pakistanaise, profondément divisée
sur la collaboration de leur pays avec les États-Unis.
Un pays qu'on leur décrit depuis l'enfance comme la cause
de tous les maux de l'islam et du monde arabe. Bien que pour l'instant
Washington se soit contenté « d'acheter »
la collaboration du gouvernement pakistanais en rééchelonnant
sa dette (38 milliards $) et en lui promettant une aide économique
importante, il n'est pas exclu qu'un jour prochain, des troupes
américaines prennent position au Pakistan pour soutenir
les troupes engagées en Afghanistan ou carrément
pour y combattre des groupes islamistes armés. Aucune option
ne semble désormais exclue à Washington pour lutter
efficacement contre le terrorisme.
Considérant
la présence en sol pakistanais de nombreux groupes islamistes
armés et d'un puissant clergé antiaméricain,
toute entreprise militaire américaine au Pakistan pourrait
entraîner de graves conséquences, pouvant aller jusqu'au
déclenchement d'une guerre civile au Pakistan, qui pourrait
alors rapidement dégénérer en une guerre
sainte risquant d'embraser toute l'Asie centrale jusqu'au Moyen-Orient.

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