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Timothy McVeigh :
un héros devenu terroriste

Journaliste : Sophie-Hélène Lebeuf


Sa jeunesse

Né en 1968, Timothy James McVeigh est le deuxième de trois enfants. Il a grandi à Pendleton, dans l'État de New York, en banlieue de Buffalo, avec ses parents et ses sœurs. Il connaît une enfance sage, et sa famille, de classe moyenne, fréquente l'église. Le divorce de ses parents, en 1986, met un terme à une union mouvementée, ponctuée de plusieurs séparations. Le garçon choisit alors de vivre avec son père, tandis que les filles vont habiter avec leur mère.

La même année, il termine l'école secondaire. Élève aux résultats moyens, il s'inscrit à un programme de deux ans dans un collège en administration. Intelligent mais peu sociable, il abandonne l'école et accumule des d'emplois qui l'intéressent plus ou moins. À cet âge, il se passionne pour l'informatique - il fera même du piratage - et les armes. Plus jeune, il pratiquait déjà le tir avec son grand-père.

Il aime lire, particulièrement les revues sur les armes, les guides sur la préparation aux catastrophes, comme les accidents nucléaires, et les ouvrages d'extrême droite portant notamment sur le deuxième amendement de la Constitution américaine (relatif au droit de posséder des armes à feu). The Turner Diaries, un livre culte du néo-nazisme, est une de ses lectures favorites. L'ouvrage relate l'histoire d'un homme qui proteste contre la restriction des armes personnelles en bombardant un immeuble fédéral…

Il a dit...

« Je ne peux pas expliquer ce que je suis maintenant par l'absence de mes parents, mais je dis que j'ai très peu de souvenirs d'interactions avec eux. »



Sa vie militaire

Timothy McVeigh s'engage dans l'armée à 20 ans, sans éprouver de difficultés avec la discipline. Il devient même un soldat modèle. Il accède rapidement au rang de sergent. C'est lors de son passage dans l'armée qu'il rencontre Terry Nichols, lui aussi condamné pour l'attentat d'Oklahoma City. En 1991, pendant la guerre du Golfe, McVeigh est canonnier à bord d'un véhicule de combat. Meilleur tireur de son peloton, il se démarque en menant à bien une mission dangereuse. Son courage et son habileté lui valent plusieurs médailles, dont l'Étoile de bronze.

À son retour des combats, il est invité à l'épreuve de sélection des forces spéciales de l'armée, connues sous le nom de Bérets verts. Trois jours plus tard, il renonce à relever le défi, et abandonne la carrière militaire peu après. Un jour, il se dira déçu par la culture militaire, par l'aspect violent des entraînements. Certains membres de sa famille croient même que la vie militaire a radicalement changé sa personnalité, qu'il a été ébranlé d'avoir tué des gens.


Avant l'attentat

Le retour à la vie civile se fait difficilement. Il retourne chez son père et se trouve un emploi comme garde de sécurité, qui ne lui plaît pas particulièrement. Dénonçant les inégalités sociales et les limites de la démocratie capitaliste, il écrit des lettres d'opinion hargneuses à des journaux locaux. Il critique l'interventionnisme de l'État, convaincu que le gouvernement s'immisce dans la vie privée des gens en restreignant la possession des armes. Il commence alors à arpenter les États-Unis du Nord au Sud, fréquentant les foires spécialisées d'armes à feu pour en faire le commerce de même que pour y vendre de la documentation antigouvernementale et des guides sur la préparation aux catastrophes. Il développe des contacts avec certaines organisations paramilitaires et se joint brièvement au Klu Klux Klan.

Certains événements de l'actualité, comme le siège de Waco mené contre les Davidiens par le FBI en 1993, accentuent la haine qu'il nourrit envers le gouvernement. Lors de l'événement, il passe d'ailleurs quelques jours dans cette petite ville du Texas pour protester contre les méthodes du FBI. À partir de ce moment, le discours de Timothy McVeigh se radicalise davantage. Et, lorsque le Congrès adopte, en 1994, la loi sur le contrôle des armes à feu, il est convaincu que d'autres raids sont prévus et qu'il représente une cible potentielle. Il commence peu à peu à planifier l'attentat d'Oklahoma City. Il croit que son geste mobilisera les partisans des armes et le sacrera martyr de la cause de l'extrême droite.


L'âme américaine

« L'arbre de la liberté doit être rafraîchi de temps à autre avec le sang des patriotes et des tyrans. »
Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis et un des principaux auteurs
de la Déclaration d'indépendance (1776).

Le patriotisme, l'importance de l'individu, la décentralisation des pouvoirs, le droit de porter des armes à feu, la valorisation des fondateurs du pays, autant de valeurs chères aux Américains. Paradoxalement, l'Américain le plus détesté par les siens puise dans les racines de son peuple l'inspiration de son combat. Lorsqu'il a commis l'attentat d'Oklahoma City, Timothy McVeigh portait un t-shirt avec cette citation de Jefferson.



Certains partisans d'extrême droite croient que le gouvernement américain, qu'ils estiment contrôlé par les Noirs et les Juifs, ourdit une conspiration avec l'ONU pour désarmer les Blancs américains. À lui seul, l'État du Michigan compterait 12 000 miliciens prêts à prendre les armes pour se défendre contre l'armée ou le FBI.



Accusé, reconnu coupable, condamné à mort

Rapidement arrêté, il comparaîtra devant un tribunal fédéral sous 11 chefs d'accusation, notamment ceux de meurtre et de conspiration. Il y est jugé pour le meurtre des agents du FBI, puisque le meurtre de civils relève de la juridiction de l'État d'Oklahoma. Il plaide non coupable à tous les chefs d'accusation. Il demeure impassible tout au long du procès, même à la lecture du verdict. Reconnu coupable et condamné à mort en 1997, il renonce à toute procédure d'appel en décembre 2000, disant préférer la mort à l'emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Pour illustrer la violence du gouvernement envers son propre peuple, il réclame la diffusion publique de son exécution et la présence d'un célèbre écrivain opposé à la peine de mort lors de son exécution. Peu avant la date prévue du moment fatidique, il se confie à deux journalistes qui rédigent sa biographie. Pour la première fois, il reconnaît sa culpabilité. N'exprimant aucun remords, il prétend qu'il ignorait la présence d'une garderie dans l'immeuble, mais déplore que la mort des enfants ait détourné l'attention de son message antigouvernemental.

Puis, coup de théâtre : à cinq jours de l'exécution, un vice de procédure du FBI en force le report au 11 juin. On découvre que l'organisation a omis de transmettre aux avocats de la défense des milliers de documents concernant l'affaire Timothy McVeigh. Il dit avoir perpétré l'attentat pour se venger des abus de pouvoir du FBI; voilà que l'organisation lui offre le prétexte pour lui livrer une dernière bataille. À la lumière des derniers événements, ses avocats demandent un nouveau report, mais le tribunal fédéral de Denver rejette la requête. Ils en appellent aussitôt de la décision, mais leur requête est rejetée. Timothy McVeigh met alors un terme à toutes les procédures d'appel, perdant ainsi le combat qu'il a mené contre les autorités gouvernementales dans les dernières années. À moins que son exécution ne fasse de lui un symbole pour le mouvement d'extrême droite... Quant au peuple américain, la mort de McVeigh suffira-t-elle à panser ses blessures?

Il a dit...

« Je me rendais compte que quelqu'un pourrait avoir emmené son enfant au travail. Mais si j'avais été certain qu'il y avait une garderie, je n'aurais peut-être pas appuyé sur le bouton. Cela fait beaucoup de dommages collatéraux*. »

*L'expression « dommages collatéraux » utilisée par McVeigh, un ancien soldat, est un terme militaire qui désigne les victimes civiles.



L'attentat d'Oklahoma City

Le 19 avril 1995, à 9 h 03 du matin, une bombe de deux tonnes, cachée dans un camion, explose devant un immeuble fédéral d'Oklahoma City, qui abrite notamment une garderie. Les dégâts sont d'une telle ampleur qu'il faut plusieurs jours pour dresser le bilan exact de l'attentat, le plus meurtrier de l'histoire des États-Unis : 168 morts, dont 19 enfants et 8 agents du FBI, et plus de 500 blessés. Les premiers soupçons se portent sur la communauté islamique. Les autorités fédérales découvrent rapidement que cette piste est erronée et, à la surprise générale, recherchent plutôt deux Américains de souche. Timothy McVeigh et Terry Nichols - des Blancs - sont arrêtés dans les jours qui suivent.



La fin

« Timothy McVeigh était un meurtrier sans pitié. Nul ne s'ennuiera de lui. Mais la façon dont il est mort est triste, pathétique et moralement incorrecte. »
-
Lord Russell-Johnston, président du Conseil européen

« Les victimes de l'attentat à la bombe d'Oklahoma City ont obtenu non pas vengeance mais justice. Et un jeune homme a affronté le destin qu'il s'était choisi il y a six ans. »
- le président des Etats-Unis, George W. Bush

Timothy McVeigh a été déclaré mort le 11 juin 2001, à 7h14 (heure de l'État d'Indiana), à la suite de l'injection mortelle qui lui a été administrée. À sa demande, aucun membre de sa famille n'a assisté à l'exécution. Il avait plutôt choisi comme témoins personnels deux avocats et Lou Michel, le coauteur de sa biographie. Les autorités ont également autorisé dix journalistes et autant de représentants des victimes de l'attentat à assister à l'exécution. Réunis à Oklahoma City, quelque 300 proches des victimes ont suivi l'exécution de Timothy McVeigh en circuit fermé.

 

« Je suis le maître de ma destinée.
    Je suis le capitaine de mon âme. »
- Extrait d'Invictus (Invaincu),
un poème de William Ernest Henley

Même si la loi lui accordait le droit de livrer un dernier message avant de mourir, le condamné a préféré ne rien dire. Il a toutefois fait remettre aux témoins Invictus, un poème d'un auteur du XIXe siècle.


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