Introduction

L'enfant du peuple

L'homme engagé
dans la lutte ouvrière

Lula président
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Hyperliens

 

Il a dit :

« Je ne suis pas le résultat d'un scrutin. Je suis le fruit d'une histoire. Je suis en train de concrétiser le rêve de générations et de générations qui, avant moi, ont essayé sans réussir. »
(le jour de son investiture)

« Il nous faut vaincre la faim, la misère et l'exclusion sociale. Notre guerre n'est pas faite pour tuer qui que ce soit : elle est faite pour sauver des vies. »
 (le jour du lancement
du programme Faim zéro)

« Il n'est pas possible de continuer un ordre économique mondial où peu de gens peuvent manger cinq fois par jour et où beaucoup de gens passent cinq jours sans manger sur notre planète Terre. »
(à Porto Alegre)

« Nous sommes pauvres. Une partie de la faute revient aux pays riches. Mais une partie de la faute revient aussi aux élites du continent sud-américain, qui ont gouverné comme des vassaux, qui ont gouverné ce pays en subalternes, avec les pratiques de corruption les plus insensées. »
(à Porto Alegre)

Lula président

Le premier janvier 2003, Lula est devenu le 39e président du pays et le 3e désigné au suffrage universel depuis la fin de la dictature militaire, en 1985. Devant l'ampleur de la tâche qu'il a promis d'accomplir, Lula retrousse ses manches sans s'attarder sur le passé : « On ne va pas pleurer sur le lait renversé ».

 

Coup de tonnerre dans le monde

Outre la joie du peuple brésilien, l'investiture du nouveau président du Brésil a suscité beaucoup d'espoir dans les pays du Tiers-Monde et chez les « altermondialistes », qui militent en faveur d'un autre ordre économique mondial, qui serait plus juste. Mario Soares, ancien premier ministre du Portugal, a ainsi déclaré : « Cela modifie radicalement la situation, car son élection prouve qu'une autre mondialisation est possible ».

À ce propos, le quotidien français Le Monde relevait, le lundi 17 février 2003 : « L'image de Lula a davantage à voir avec celle de Nelson Mandela qu'avec celle de Fidel Castro, une manière de mettre sa misère passée au service de la réconciliation plutôt que de la revanche, de vouloir incarner l'espoir ».

L'élection de Luiz Inacio Lula da Silva a, en revanche, suscité des réactions partagées dans le monde politique, oscillant entre enthousiasme et méfiance, selon les allégeances.

Hugo Chavez

Il a reçu l'hommage de deux hommes d'État sud-américains de gauche : le président du Venezuela, Hugo Chavez, a estimé qu'avec l'arrivée de Lula au pouvoir, un « axe du bien, des hommes, de l'avenir » était en train de prendre forme en Amérique du Sud. Il répondait par cette phrase aux attaques émises par certains analystes américains après l'élection de Lula au Brésil.

Plus sobrement, Fidel Castro a insisté sur les qualités du nouveau président. « Nous sommes amis et j'admire sa persévérance. C'est quelqu'un de très bien et qui a de l'autorité. Il est bien préparé à être président », a-t-il indiqué.

Aux États-Unis, le milieu ultra-conservateur a pour sa part crié au loup devant l'élection d'un président de gauche au Brésil. En octobre 2002, le Washington Times citait par exemple Constantine Menges, ancien membre du Conseil de sécurité nationale à l'époque de Ronald Reagan : « Une nouvelle menace terroriste constituée d'armes nucléaires et de missiles balistiques peut provenir d'un axe qui comprend le Cuba de Fidel Castro, le régime d'Hugo Chavez au Venezuela et le président gauchiste du Brésil, qui tous entretiennent des liens avec l'Iran, l'Irak et la Chine. Un axe Castro-Chavez-da Silva signifierait associer les 43 ans de guerre politique de Fidel Castro contre les États-Unis avec la richesse pétrolière du Venezuela et le potentiel nucléaro-balistique et économique du Brésil ».

Devant les rumeurs persistantes de volonté nucléaire, Lula a dû rappeler que son parti était un parti « pacifiste et donc opposés à la construction de la bombe atomique de la part du Brésil ou de tout autre État ».

Une équipe gouvernementale engagée

Le quotidien Estado, de Sao Paulo, n'a pas hésité à qualifier le gouvernement de Lula de « république de syndicalistes » : la présidence, huit ministères et au moins 53 postes-clés sont dirigés par d'anciens syndicalistes : ministères des Finances, du Travail, du Développement agraire, de la Prévoyance sociale, de la Santé, de l'Environnement, des Sports et des Villes. D'après le journal, le secrétaire de l'Économie solidaire, Paul Singer, a lui-même attesté : « Je suis dans le gouvernement des syndicalistes ».

Toutefois, fidèle à son recentrage politique, le nouveau président a également fait appel à d'autres représentants de la société civile, comme des industriels du secteur privé pour les ministères de l'Agriculture et de l'Industrie, un diplomate pour le ministère des Affaires étrangères, et un banquier pour présider la Banque centrale.
Gilberto Gil

Il a également fait appel à des représentants d'autres partis politiques. Lula a ainsi nommé le chanteur Gilberto Gil ministre de la Culture. Cette figure emblématique de la musique brésilienne est membre du Parti vert. Agnela Queiroz, du Parti communiste du Brésil (PC do B, maoïste), s'est vu attribuer le ministère des Sports. Des membres du Parti travailliste brésilien (PTB, gauche) et du Parti démocratique travailliste (PDT, gauche populiste) font également partie du gouvernement.

« Faim zéro, analphabétisme zéro, favelas zéro »

À peine deux semaines après son investiture, le nouveau président a emmené son équipe visiter le Nordeste, région très pauvre qui souffre de sécheresse, délaissée et isolée, marquant ainsi une rupture avec les autres gouvernements. Il s'est rendu dans une favela de Teresina, première étape d'un voyage de deux jours. Il a entraîné à sa suite 29 ministres et secrétaires d'État dans cette « caravane de la faim ». Il tenait à montrer à la population qu'il allait tenir ses promesses électorales.

Dans le Nordeste, la moitié de la population vit avec moins de 30 dollars américains par mois. Dans sa lutte contre la faim et la pauvreté, le président prévoit aussi associer les ONG et la société civile pour créer des conditions durables de développement, afin d'éradiquer les causes de ces fléaux.


« Combattre la faim n'est pas la tâche du ministre de la Sécurité alimentaire, José Graziano, ou la mienne seulement, mais le devoir de tous. Nous allons faire ce qui est nécessaire et ensuite ce qui est possible, et quand on s'y attendra le moins, nous erons en train de faire l'impossible », a-t-il déclaré.

Le programme « Faim zéro » propose d'éradiquer en 4 ans la malnutrition, qui frappe plus de 50 millions de Brésiliens sur 172 millions. Des mesures d'urgence seront d'abord mises en place en distribuant des cartes magnétiques donnant droit à des achats de nourriture, et en donnant aux écoles des allocations alimentaires pour les élèves pauvres, ainsi qu'aux restaurants populaires. Dans un premier temps, plus de deux millions de familles pauvres du Nordeste devraient bénéficier du programme.

La réforme agraire entend s'attaquer à la fois au problème des « sans-terre » et à la pauvreté. Elle devrait permettre l'octroi de titres de propriété aux occupants des favelas pour réduire la misère. En tout, 80 000 familles pourraient recevoir de la terre. Le gouvernement devrait également allouer de petits crédits aux travailleurs agricoles pour leur donner des outils de développement.

Pour lutter contre l'analphabétisme, le gouvernement souhaite mettre en place un compte rémunéré pour tous les enfants afin de les inciter à aller à l'école. Le ministre de l'Éducation, Cristovam Buarque, a annoncé en janvier que 62 000 personnes seraient recrutées pour alphabétiser aussi les adultes, qui seront également rétribués pour apprendre à lire.Il prévoit également une réforme de la sécurité sociale, des retraites et de la fiscalité au Brésil.

Parallèlement à ces réformes sociales, Luiz Inacio Lula da Silva veut lutter contre la corruption. Il a ainsi prévu de créer un ministère chargé de contrôler les comptes des États, afin de freiner la corruption massive du système fédéral.