Introduction

L'enfant du peuple

L'homme engagé
dans la lutte ouvrière

Lula président
1,
2

Hyperliens

 

Il a dit :

« Je ne suis pas le résultat d'un scrutin. Je suis le fruit d'une histoire. Je suis en train de concrétiser le rêve de générations et de générations qui, avant moi, ont essayé sans réussir. »
(le jour de son investiture)

« Il nous faut vaincre la faim, la misère et l'exclusion sociale. Notre guerre n'est pas faite pour tuer qui que ce soit : elle est faite pour sauver des vies. »
 (le jour du lancement
du programme Faim zéro)

« Il n'est pas possible de continuer un ordre économique mondial où peu de gens peuvent manger cinq fois par jour et où beaucoup de gens passent cinq jours sans manger sur notre planète Terre. »
(à Porto Alegre)

« Nous sommes pauvres. Une partie de la faute revient aux pays riches. Mais une partie de la faute revient aussi aux élites du continent sud-américain, qui ont gouverné comme des vassaux, qui ont gouverné ce pays en subalternes, avec les pratiques de corruption les plus insensées. »
(à Porto Alegre)

L'homme engagé dans la lutte ouvrière

Le réformateur

Après plusieurs années de militantisme, Luiz Inacio Lula da Silva est élu à la direction du Syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo et de Diadema en 1969. Sa progression au sein de l'organisation est très rapide. En 1972, lors des élections suivantes, il en devient premier secrétaire. En 1975, il est élu président du syndicat avec 92 % des voix, représentant alors 100 000 travailleurs.

Manifestation en faveur des syndicalistes emprisonnés

Lula donne une nouvelle direction au mouvement syndical brésilien. Il est réélu président du syndicat en 1978 et il conduit les grandes grèves de la fin des années 70 qui vont contribuer à ébranler le pouvoir militaire. Il rassemble d'énormes foules jusque-là muettes.
Les grands mouvements de grève brésiliens commencent en 1979. En mars de cette année-là, 170 000 métallurgistes bloquent l'ABC Paulista, le bassin industriel. Ils sont réprimés par la police.

Manifestation en faveur des
syndicalistes emprisonnés

En 1980, une nouvelle grève des métallurgistes éclate. Le gouvernement fédéral réagit et fait emprisonner Lula pour 31 jours, ainsi que d'autres dirigeants syndicaux, en s'appuyant sur la loi de sécurité nationale. Mais cette réaction ne bloque pas les efforts du mouvement, déjà bien lancé. Conscient d'un grand vide dans la classe politique du pays, Luiz Inacio Lula da Silva décide de fonder le Parti des travailleurs en 1980, pour faire valoir les revendications politiques et citoyennes des ouvriers.

En 1983, il participe à la fondation de la CUT, Centrale unique des travailleurs. Réunissant plus de 20 millions d'affiliés, cette centrale devient l'une des plus puissantes du monde.


Fondateur d'un nouveau parti politique de gauche

Alors que le Brésil traverse un processus d'ouverture politique, lent et graduel, Lula fonde le Parti des travailleurs le 10 février 1980. Il le fait avec d'autres syndicalistes, des intellectuels, des hommes politiques et des représentants de mouvements sociaux comme des leaders ruraux et religieux. Il n'a pas vraiment de lien avec les partis communistes clandestins.

Dès sa fondation, le PT se prononce pour le socialisme, pour la réforme agraire abolie par la dictature, et prône une politique de désengagement vis-à-vis du Fonds monétaire international et de la dette, ce qui effraie les tenants du capitalisme, tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur.

En 1982, le PT est bien implanté sur presque tout le territoire national. Lula se présente cette année-là au poste de gouverneur de Sao Paulo. L'ascension du « garoto », ou gamin des quartiers pauvres, continue. En 1984, il participe à la campagne « diretas ja », qui demande l'élection du président de la République au suffrage universel direct. En 1986, il est élu député fédéral avec le plus grand nombre de votes du pays et siège à l'Assemblée constituante.

À partir de 1992, Lula est conseiller de l'Institut citoyenneté, organisme non gouvernemental créé après l'expérience du gouvernement parallèle, qui se consacre aux problèmes de la société civile brésilienne : la faim, le logement, ou les conséquences de la corruption. Il se fait le chantre de la conquête des droits de citoyenneté pour tout le peuple brésilien.

La course à la présidence

À la tête de son parti, il se lance dès 1989 dans la course à la présidence de la République, après 29 ans sans élection au suffrage universel direct pour cette charge. Il perd l'élection au second tour, contre Fernando Collor de Mello, avec une faible différence de voix. Il apparaît à l'époque comme un métallo sans cravate, la barbe mal taillée, et son discours socialiste effraie les dirigeants économiques du pays.

M. Collor, au contraire, issu d'un milieu aisé, apparaît comme le chouchou des industriels, à qui il promet la privatisation de grands pans de l'économie. Deux ans plus tard, Luiz Inacio Lula da Silva mène une campagne qui aboutit à la procédure d'empêchement («impeachment») du président Fernando Collor de Mello, accusé de corruption.

Fernando Henrique Cardoso

En 1994 et 1998, il est à nouveau candidat à la présidence de la République brésilienne. Il est battu par le sociologue Fernando Henrique Cardoso, qui a lui aussi lutté contre la dictature.

Mais sa quatrième candidature à la présidence, en 2002, sera la bonne : elle découle en grande partie d'un recentrage du programme du PT. Lula prend ses distances avec les dirigeants les plus radicaux du Mouvement des sans-terre, qui réclament une accélération de la réforme agraire.

Il s'engage également à respecter les conditions imposées par le Fonds monétaire international et à rembourser la dette (elle atteint 260 millions de dollars américains), ce qui rassure les investisseurs et calme légèrement leurs attaques. Cette modération du programme permet à Lula d'aller chercher des voix au sein des classes moyennes, parfois effrayées par l'étiquette de gauche attribuée au candidat.

À ceux qui lui demandent pourquoi ce recentrage, Lula explique :
« Le monde et le Brésil ont changé, le Parti des travailleurs
et moi-même avons changé ».

Lors de la dernière semaine de juin 2002, en vue des élections présidentielles, la convention nationale du PT approuve une ample alliance politique (avec le PL, PcdoB, PCB et PMN), recentrage qui a pour base un programme cherchant à régler les problèmes vitaux du peuple brésilien.

Symbole du recentrage, le vice-président candidat est le sénateur José Alencar, du PL de Minas Gerais, un magnat du textile qui se proclame lui-même le porte-parole du capitalisme. Parallèlement au recentrage politique, Lula accepte de lisser un peu son image : il porte dorénavant un costume-cravate plus conventionnel et fait tailler sa barbe et ses cheveux.

Le 27 octobre 2002, le jour même de ses 57 ans, avec presque 53 millions de voix, Luiz Inacio Lula da Silva est élu président de la république fédérale du Brésil.
Les sympathisants de gauche, portant les drapeaux rouges frappés de l'étoile blanche du PT, ont célébré la victoire de Lula aux endroits où les Brésiliens fêtent leur victoire au soccer. Les bars ont été pris d'assaut et la fête a duré toute la nuit.

« L'espoir l'a emporté sur la peur. Les Brésiliens ont voté sans peur
d'être heureux »,
a-t-il déclaré le jour de son élection,
devant une foule en liesse.