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Journaliste
: Aïda Zénova
Intégrateur : Luc Lavigne
Dernière mise à jour : le 18 janvier
2001
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Quelques
notions
définies par le Comité sénatorial canadien sur l'aide
au suicide et l'euthanasie
Aide
au suicide : fait d'aider quelqu'un à se donner volontairement
la mort en lui fournissant les renseignements ou les moyens
nécessaires, ou les deux.
Euthanasie :
acte qui consiste à provoquer intentionnellement la mort d'autrui
pour mettre fin à ses souffrances.
Soins
palliatifs : soins destinés à soulager la souffrance
- physique, émotionnelle, psychosociale ou spirituelle - plutôt
qu'à guérir. Ils ont pour objet le confort de la personne
qui souffre.
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L'affaire
Robert Latimer
Robert Latimer,
44 ans, un fermier de Wilkie, en Saskatchewan, tue sa fille
Tracy en octobre 1993 par empoisonnement à l'oxyde de carbone. Lourdement
handicapée par une paralysie cérébrale, Tracy, qui était âgée de
12 ans, ne pouvait pas parler ni marcher, ni manger par elle-même.
Le procès de Robert Latimer a suscité un débat sur l'euthanasie
au Canada.

Le 16 novembre
1994 : Le juge Ross Wimmer, de la Cour du Banc de la Reine
de la Saskatchewan, condamne Robert Latimer à la sentence minimale,
soit la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle
avant 10 ans.

Le 25 novembre
1994 : Un juge accorde à Robert Latimer un cautionnement
lui permettant de regagner son domicile en attendant l'audition
de l'appel de sa condamnation.
Le 4 décembre
1994 : L'Association canadienne des libertés civiles demande
au ministre de la Justice du Canada d'abroger la peine de prison
imposée à Robert Latimer.
18 juillet 1995 :
Trois juges de la Cour d'appel de la Saskatchewan confirment unanimement
la condamnation pour meurtre de Robert Latimer. Un des juges écrit
toutefois que la peine d'emprisonnement de 10 ans est « cruelle
et inhabituelle », ouvrant ainsi la porte à un appel de la
sentence devant la Cour suprême du Canada. Le juge dissident, E.
D. Bayda, déclare, dans son jugement écrit, que Robert Latimer aurait
dû recevoir une peine moins lourde.
Octobre 1995 :
Le professeur Léon Schwartzenberg, cancérologue français connu pour
ses réflexions sur la mort et l'euthanasie, donne à Québec une conférence
sur le thème Penser la fin de la vie. Il prend position dans
l'affaire Robert Latimer : « Il [Latimer] a décidé de
l'endormir, ce qui me paraît un geste de compassion et d'amour.
À mon avis, ceux qui ont décidé de le condamner auraient
dû se demander s'ils auraient agi aussi bien que M. Latimer pendant
les 13 dernières années où il s'est occupé de son enfant. Il
faut aussi se rendre compte que le jugement risque de précipiter
une loi sur l'euthanasie pour empêcher de telles condamnations,
ce qui serait déplorable
»

30 octobre 1995 :
Les avocats de Robert Latimer déposent une requête en appel auprès
de la Cour suprême du Canada. Ils soutiennent que Latimer n'a pas
été informé de son droit de téléphoner pour solliciter des avis
juridiques gratuits et que la poursuite a commis de l'ingérence
dans la sélection et le travail des jurés. Une pétition signée par
17 000 personnes est déposée à la Chambre des communes
en faveur de l'appel de Latimer.
6 février 1997 :
La
Cour suprême du Canada admet que l'intervention du substitut
du procureur général auprès des candidats jurés dans le procès de
Robert Latimer est un abus de procédure flagrant et une entrave
à l'administration de la justice. Un nouveau procès est ordonné.

4 novembre 1997 :
Robert Latimer est déclaré pour une deuxième fois coupable de meurtre
non prémédité. À la lecture du verdict, Laura Latimer bondit
de son siège en s'écriant : « Non, non, non! », avant
de fondre en larmes. Robert Latimer quitte son siège pour aller
consoler sa femme. Il est passible d'une peine de 25 ans de
réclusion, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10
ans. Dans ses instructions au jury de sept femmes et cinq hommes,
le juge Ted Noble avait dit que la cause se résumait à savoir si
Robert Latimer avait tué sa fille : « Si vous êtes certains
que l'accusé a commis le crime, vous devez le condamner. »

Dans la foulée
de la condamnation pour meurtre de Robert Latimer, la ministre de
la Justice du Canada, Anne McLellan, dit envisager la possibilité
d'alléger la peine minimale de 10 ans d'emprisonnement dans
le cas de meurtres non prémédités commis dans des circonstances
exceptionnelles.

13 novembre
1997 : L'avocat de Robert Latimer, Me Mark Brayfod, plaide
que la sentence de prison à vie, avec 10 ans sans possibilité
de libération anticipée, est cruelle et inusitée. Dans le but de
réduire la sentence, il demande au magistrat une exemption constitutionnelle.
Me Brayford souligne qu'il y a consensus sur le fait que la
peine ne correspond pas au crime.

Vu le caractère
particulier du crime, Me Brayford demande au juge Ted Noble
de faire preuve de clémence, d'autant plus que le jury recommande
une sentence d'un an de prison.

1er décembre
1997 : Robert Latimer obtient une exemption constitutionnelle
du juge Ted Nobel, de la Cour du Banc de la Reine. Le magistrat
estime que la peine d'emprisonnement à vie constitue une peine cruelle
et inhabituelle, et donc contraire à la constitution. Il condamne
Robert Latimer à un an de prison et à une autre année de confinement
sur sa ferme.
Mais, lors de
l'appel interjeté avec succès par la Couronne à l'automne
1998, on invoque l'argument voulant que les personnes handicapées
seront menacées si le jugement est validé. Dans leur décision unanime,
les juges de la Cour d'appel de la Saskatchewan qualifient le meurtre
commis par Robert Latimer d'« inexcusable » et imposent
l'emprisonnement à vie. Robert Latimer porte cette dernière décision
en appel devant la Cour suprême. Il accuse la Couronne d'avoir « frauduleusement
mal rapporté les faits » au public. À part l'appel de sa peine,
Robert Latimer en appelle aussi du jugement qui le reconnaît coupable.
La Couronne appuie la demande d'appel en Cour suprême en expliquant
qu'elle permettra de tirer au clair les exemptions constitutionnelles
dans les cas de peines minimales.
6 mai 1999 :
La Cour suprême accepte d'entendre l'appel de Robert Latimer. En
attendant les décisions des tribunaux, il est en liberté sous cautionnement.

18 janvier
2001 : La Cour suprême du Canada rend son verdict : elle
confirme la peine de prison à perpétuité de Robert Latimer, sans
possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans. Dans
une décision unanime, le plus haut tribunal du pays rejette donc
la demande d'exemption constitutionnelle de l'accusé. L'application
de cette exemption lui aurait permis de ne purger que deux ans de
prison et aurait ouvert la porte à la notion controversée de meurtre
par compassion. Selon
la Cour, la sentence n'est ni cruelle, ni inusitée, ni disproportionnée
pour le crime le plus grave en droit, celui de meurtre.
Le dernier recours
de Robert Latimer serait d'obtenir la clémence de la ministre de
la Justice, Ann McLellan.

« Les
juges ont pris cette décision parce qu'ils ne comprennent
pas ce qu'ils font. Ils me disent que je n'ai pas compris ce que
j'ai fait. »
Faits
marquants du débat sur
le suicide assisté et l'euthanasie
1990 :
Le Dr Jack
Kevorkian, 68 ans, du Michigan (États-Unis), appelé
« docteur suicide », aide son premier patient à mourir.
Depuis, il a pratiqué sa spécialité, qu'il qualifie de « guerre
contre la souffrance », sur plus de 130 personnes.

Le Dr Kevorkian
est accusé plusieurs fois de meurtre et acquitté. Le 6 mars
1996, la Cour d'appel de Californie statue que la loi de Washington
qui interdit le « suicide médicalement assisté » est illégale
parce qu'elle viole le 14e amendement de la Constitution
américaine, qui garantit la liberté individuelle : « Un
adulte sain d'esprit a totalement le droit de choisir une mort humaine
et digne
»

Septembre 1998 :
Le Dr Jack Kevorkian enregistre sur bande vidéo les dernières
minutes de Thomas Youk, 52 ans, qui souffre de la maladie de
Lou Gehrig et qu'il aide à mourir. La scène est diffusée à l'émission
60 Minutes du réseau de télévision CBS.
En novembre, le médecin est formellement accusé de meurtre prémédité.
Le 13 avril, Jack Kevorkian est condamné à la prison. La poursuite
propose une peine d'emprisonnement de 10 à 25 ans. C'est la
première fois que le Dr Kevorkian est condamné dans une cause
de suicide assisté. Il porte sa cause en appel, mais reste incarcéré
jusqu'à ce que l'appel soit entendu.
1992 :
Sue
Rodriguez, une Canadienne de la Colombie-Britannique, atteinte
de sclérose latérale amyotrophique (maladie incurable qui attaque
le cerveau et la moelle épinière et bloque certaines fonctions comme
la marche, la parole, la respiration) demande à ce qu'on autorise
quelqu'un à l'aider, légalement, à mourir. La Cour suprême du Canada,
par 25 voix contre 4, refuse. Sue Rodriguez est morte en février
1994, avec l'aide d'un médecin anonyme.
1993 :
Nancy B., une jeune Québécoise, gagne une dure bataille en Cour
supérieure en obtenant le droit d'être débranchée des appareils
qui la maintiennent en vie à l'Hôtel-Dieu de Québec. Elle est victime
du syndrome de Guillain-Barré et ne peut tolérer l'idée de vivre
paralysée et alitée dans un hôpital pendant des années. Elle est
débranchée et meurt dans la plus grande discrétion. Le président
de l'Association des médecins à l'époque, le Dr Augustin Roy,
déclare que « le patient est le seul juge lorsqu'il s'agit
de sa vie ».
1993 :
Le parlement de La Haye, aux Pays-Bas, décide d'autoriser l'euthanasie
dans certaines conditions : le patient doit souffrir de douleurs
physiques insupportables, son désir de mort doit être « durable »
et sa volonté de mourir exprimée librement. Aucun droit légal à
l'euthanasie n'est cependant adopté.
Février 1994 :
DeathNet
fait son apparition sur le web. Créé par la Right to Die Society
of Canada, ce site fournit une vaste documentation sur les aspects
juridiques, médicaux et culturels de la mort. Aussitôt, le site
se retrouve au centre d'une nouvelle polémique, notamment parce
qu'il fait la promotion de Departing Drugs, un livre sur
les médicaments et les méthodes permettant l'« auto-délivrance ».
« Hautement recommandé pour les personnes atteintes de maladies
incurables qui souhaitent contrôler leur fin », souligne DeathNet.
Les adversaires du suicide assisté et de l'euthanasie font pression
sur les fournisseurs d'accès pour qu'ils empêchent leurs abonnés
de se connecter à DeathNet. Le site est toujours accessible.
Août 1994 :
En France, Jeanne-Marie Préfaut tue « par amour » (tout
comme Robert Latimer) sa fille de 23 ans, Sophie, atteinte
d'une forme d'autisme particulièrement aiguë. Le 23 février
1996, elle est condamnée à cinq mois de prison avec sursis. À la
lecture de la sentence, le public se lève et salue la décision par
un tonnerre d'applaudissements.
20 octobre 1994 :
Pour la première fois dans le monde, la télévision néerlandaise
montre la mort réelle d'un homme par euthanasie. Cees Van Wendel,
atteint de myopathie, reçoit, le jour de ses 62 ans, une injection
mortelle d'un médecin.
Décembre 1994 :
Publication des résultats d'un sondage Gallup effectué auprès
de 1002 Canadiens adultes : 50 %
sont d'accord pour mettre fin à la vie d'un enfant s'il souffre
d'une maladie incurable, 35 % sont contre et 15 % n'ont
pas d'opinion. 76 %
sont en faveur du suicide effectué avec l'assistance d'un médecin,
16 % s'y opposent et 8 % n'ont aucune opinion.
Juin 1995 :
Un
comité spécial du Sénat canadien sur l'euthanasie et
l'aide au suicide se prononce sur la question après des mois de
débats à la fois philosophiques, médicaux et juridiques. La majorité
des membres du comité refuse de décriminaliser l'euthanasie et l'aide
au suicide.
22 septembre
1996 : En Australie, le premier patient à avoir recours à la
loi sur les droits du malade en phase terminale meurt à son domicile.
Cette loi, adoptée par le Parlement du Territoire du Nord en mai
1995, est entrée en vigueur le 1er juillet 1996.
Hyperliens
Fédération
mondiale des sociétés pour le droit de mourir dans la dignité
Euthanasia
World Directory
Les associations qui prônent le suicide assisté, les lois, les nouvelles,
etc. (en anglais)
Le
suicide assisté et le droit au Canada
Chapitre d'un livre écrit par une infirmière, Marilynne
Seguin (il y est question, entre autres, des cas de Sue Rodriguez
et de Nancy B.)
Latimer
Watch
Couverture de l'affaire Robert Latimer par le Conseil des Canadiens
avec déficiences
Euthanasia.com
Site qui répertorie une multitude d'articles et d'hyperliens sur
le suicide et l'euthanasie (en anglais)
Dernière mise
à jour : le 18 janvier 2001
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