Situation canadienne
Les points de vue des provinces
Le Canada est affecté par des disparités
régionales importantes. Par exemple, l'Alberta émet
cinq fois plus de gaz à effet de serre (GES) par habitant
que le Québec et le niveau de vie dans les provinces
de l'Atlantique, qui commencent à peine à exploiter
leurs gisements pétroliers et gaziers, est sous la moyenne
nationale. Les provinces ont donc des vues très divergentes
sur la mise en oeuvre du protocole de Kyoto.
Le Manitoba et le Québec sont les deux
seules provinces en faveur du protocole de Kyoto. L'Alberta
s'y oppose fermement, tandis que les autres provinces demeurent
inquiètes des impacts sur la compétitivité
et la croissance économique canadiennes. Les provinces
s'interrogent également sur la répartition des
objectifs de réduction de GES.
Il faut dire que l'effort à fournir ne
sera pas le même pour tout le monde. L'Alberta, qui possède
une forte industrie pétrolière et gazière,
produit 29 % de toutes les émissions canadiennes.
Elle est suivie de l'Ontario, qui en produit 28 %, et du
Québec, qui en produit 13 %.
Lors
d'une réunion tenue en 2002 à Halifax, en Nouvelle-Écosse,
les provinces ont adopté une position commune qui comprend
12 points. Les provinces voulaient, entre autres, qu'on choisisse
1990 plutôt que 2010 comme année de référence
pour la réduction des gaz à effet de serre. On
ne voulait pas favoriser les entreprises qui ont l'intention
de continuer à polluer jusqu'en 2010 aux dépens
de celles qui ont déjà commencé à
faire des efforts pour réduire leurs GES.
Elles réclamaient aussi que le fédéral
signe des ententes particulières avec chacune d'entre
elles afin que les réalités économiques
qui diffèrent d'une province à l'autre soient
prises en compte.
Le fédéral considère qu'il
a tenu compte de la position des provinces dans le plan de mise
en uvre qu'il a déposé en novembre 2002.
L'Alberta, qui possède une importante
industrie pétrolière et gazière, prétend
que la mise en uvre du protocole de Kyoto entraînera
la perte de 450 000 emplois, créera des hausses
d'impôt sur le revenu, provoquera des augmentations du
coût de l'essence et causera une fuite des investisseurs
dans le secteur énergétique.
Le
Québec, où l'hydroélectricité constitue
la principale source d'énergie, s'est prononcé
depuis longtemps en faveur du protocole de Kyoto. Cependant,
l'Assemblée nationale a rejeté à l'unanimité
le plan fédéral de mise en application. Les députés
estiment que ce plan exige trop du secteur manufacturier par
rapport à l'industrie pétrolière.
Québec voudrait négocier avec Ottawa
une entente bilatérale pour la mise en uvre du
protocole. Cette entente devrait prendre en compte les efforts
déployés au cours des dernières années
par les industries québécoises, en particulier
les alumineries.
Le gouvernement de la Saskatchewan a rejeté
le plan fédéral soumis le 21 novembre parce
qu'il ne tenait pas suffisamment compte des revendications provinciales.
Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, où la production
de gaz naturel est en plein développement, a adressé
le même reproche à Ottawa. La Colombie-Britannique
et le Nouveau-Brunswick souhaitent également en savoir
davantage avant d'aller de l'avant.