Conférence de Bonn (2001)
La sixième conférence des Nations unies sur les changements
climatiques, qui s'est tenue à Bonn du 16 au 27 juillet, était
absolument déterminante pour la survie du protocole de Kyoto.
Depuis que le président George W. Bush avait annoncé que les
États-Unis ne signeraient pas cet accord sur la réduction des
gaz à effet de serre, la communauté internationale était sous
l'emprise d'un certain émoi. Allait-on encore permettre que
les intérêts économiques d'une nation, fût-elle la plus puissante
du monde, priment sur la survie de la planète? La possibilité
d'un échec était d'autant plus réelle que plusieurs pays, dont
le Canada, l'Australie et le Japon, ont menacé jusqu'à la toute
fin de ne pas ratifier l'accord sans les États-Unis.
Après
l'annonce du président Bush, l'Union européenne a dépêché sa
commissaire à l'Environnement aux États-Unis pour tenter de
convaincre les Américains de revenir sur leur décision. Margot
Wallström craignait que le refus des États-Unis, suivi par celui
du Japon, du Canada et de l'Australie, ne crée une énorme pression
sur tous les autres pays industrialisés, qui hésiteraient à
assumer seuls les coûts de la mise en application du protocole.
L'Union européenne a également dépêché au début de juillet des
émissaires au Japon.
À l'ouverture de la conférence de Bonn, l'atmosphère est au
pessimisme. Les négociations piétinent rapidement et les participants
évoquent publiquement son échec. On estime que les négociations
pourraient débloquer au Sommet de Gênes, en Italie, où sont
réunis au même moment les dirigeants des sept pays les plus
industrialisés, plus la Russie (G8).
Malgré leur retrait du protocole, les Américains participent
aux négociations de Bonn parce qu'elles s'inscrivent dans le
cadre des conférences de suivi de la Convention de Rio, premier
accord sur les changements climatiques qu'ils ont ratifié en
1992. Les Américains interviennent donc sur certaines questions,
comme l'aide financière accordée au tiers-monde pour affronter
les conséquences des changements climatiques.
En revanche, les Américains assistent sans intervenir aux discussions
sur la prise en compte des puits de carbone (absorption des
gaz à effet de serre par les forêts et les terres agricoles).
Ils considèrent que ce sujet extrêmement controversé, à l'origine
de l'échec de conférence de La Haye en novembre 2000, relève
exclusivement du protocole de Kyoto.
Dans l'espoir de débloquer les négociations, le président de
la réunion, le Néerlandais Jan Pronk, désigne un groupe restreint
de 35 ministres chargé de clarifier les principaux
points de désaccord entourant la ratification du protocole de
Kyoto. Le Canada et ses alliés disent vouloir obtenir un compromis
pour en arriver à un accord avec les États-Unis. Au terme de
24 heures de négociations intensives, les participants
annoncent finalement le lundi 23 juillet au matin qu'ils
ont enfin réussi à conclure un accord politique.
Pour parvenir à cette entente, l'Union européenne a dû faire
de nombreuses concessions sur ses propres positions. Devant
la pression exercée par le Canada, l'Australie, le Japon et
la Russie, elle a notamment consenti à reconnaître l'importance
des forêts comme un facteur déterminant dans la lutte contre
les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, l'entente
retient le principe des pénalités, mais leurs règles d'application
ne seront décidées qu'après l'entrée en vigueur du protocole
de Kyoto.
Les pays développés ont annoncé la création d'un fonds pour
aider les pays en développement à faire face aux changements
climatiques et à gérer leurs émissions de gaz à effet de serre.
Leur contribution s'élève à 410 millions de dollars américains
par année d'ici 2005.
Les groupes environnementaux du monde entier ont salué l'entente,
considérée comme historique. Ils se sont déclarés soulagés que
le protocole de Kyoto ait survécu aux pressions des États-Unis,
même s'ils déplorent certains reculs par rapport au texte original.
Les décisions adoptées à Bonn doivent maintenant être formellement
adoptées à la septième Conférence des parties à la Convention
sur les changements climatiques (COP7), qui aura lieu à Marrakech,
au Maroc, du 29 octobre au 9 novembre 2001. La Conférence
de Marrakech devrait permettre la mise en place des institutions
nécessaires à l'application du protocole de Kyoto.
Pour entrer en vigueur, l'accord sur la réduction des GES
doit être ratifié par la moitié des 38 pays industrialisés
signataires d'ici 2002. À ce jour, 37 pays ont ratifié
le protocole, dont un seul pays industrialisé, la Roumanie.


