Écologie politique
Les
rapports que la civilisation occidentale a entretenus jusqu'ici
avec la nature sont caractérisés par deux courants
principaux. Le premier courant a pour origine la Révolution
française et, avant elle, la philosophie de Descartes
selon laquelle il nous faudrait devenir « comme maîtres
et possesseurs de la nature ». Dans cette conception
rationaliste, la nature vierge évoque le chaos et suscite
l'effroi. C'est pourquoi elle doit être maîtrisée,
cultivée, « humanisée ».
Seule une nature artificielle, où l'harmonie des figures
géométriques renvoie à l'idée d'un
ordre divin, peut fonder une communauté de droit et de
respect mutuel entre les hommes. Les jardins à la française
sont l'archétype de cette vision.
Le
second courant s'enracine dans le romantisme tel qu'il s'est
développé dans l'Allemagne du XIXe siècle,
et s'inscrit en réaction au premier. Ici, la nature véritable
est liée à « l'authenticité
originaire dont la civilisation des sciences et des arts, pour
parler comme Rousseau, nous a fait perdre le sens ».
Autrement dit, le naturel est ce qui n'est pas encore dénaturé
par l'homme. Contre la civilisation occidentale, il faut renouer
avec nos origines perdues.
L'équilibre entre
la population et la production agricole
Dans
son Essai sur le principe de population, publié
en 1789, l'économiste britannique Thomas Malthus
soutenait l'idée que la population augmente plus
rapidement que la capacité de production agricole
et prévoyait que ce déséquilibre
conduirait l'humanité vers une crise, les ressources
alimentaires ne suffisant plus à répondre
à la demande.
La crise annoncée
par Malthus ne s'est jamais produite, mais nous avons
conservé le terme « malthusianisme »
pour exprimer les préoccupations concernant l'équilibre
entre la population et la production agricole. L'enseignement
de Malthus est que l'humanité doit composer avec
les limites naturelles de son environnement et prendre
les mesures nécessaires pour assurer son bien-être
collectif.
|
Ce
n'est pas un hasard si ce qu'on appelle aujourd'hui l'écologie
politique est traversée, pour ainsi dire, des mêmes
deux courants. Le premier courant le plus répandu
est sans doute moins doctrinaire. Il part de l'idée
qu'à travers la nature, c'est encore et toujours l'homme
qu'il s'agit de protéger, fût-ce de lui-même.
L'environnement n'est pas considéré comme doué
d'une valeur intrinsèque : les droits de l'homme
demeurent premiers par rapport à ceux de la nature. Il
s'agit donc d'une conception « humaniste »,
voire anthropocentriste, de la nature. Cette dernière
n'a pas de droits; ce sont les humains qui ont des devoirs envers
elle et, en dernière instance, envers eux-mêmes.
Le second courant se rattache à ce que le monde anglo-saxon
a l'habitude d'appeler « l'écologie profonde »
(deep ecology), par opposition à « l'écologie
superficielle » (shallow ecology), liée
au premier courant.
L'écologie
profonde invite à un renversement de la perspective anthropocentriste
de l'écologie superficielle : l'homme ne se situe
pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s'inscrit
au contraire dans l'écosphère comme la partie
s'insère dans le tout. L'écologie profonde exerce
une critique radicale de l'humanisme, et tout particulièrement
de la Déclaration des droits de l'homme, qui fait de
celui-ci la source et le destinataire de toutes les valeurs
morales et politiques. Afin de bien marquer la rupture avec
la tradition libérale qui accorde toujours préséance
au développement sur l'environnement, ses principes se
présentent comme étant « inhumanistes »
ou « suprahumanistes ». Comme le déclarait
un jour une représentante de Greenpeace, lorsqu'on s'est
engagé dans la mauvaise direction sur une autoroute,
il ne sert à rien de ralentir; il faut carrément
faire demi-tour !
|
Pour Steven Guilbault,
l'écologie est une façon de vivre
« L'écologie,
c'est ce que je mange, c'est comment je m'habille. [
]
C'est une attitude, une façon d'être »,
explique le responsable de la Campagne climat et énergie
de Greenpeace Canada dans cette entrevue. Juste avant
l'ouverture de la Conférence de Bonn, Steven Guilbault
et un autre membre de Greenpeace ont escaladé la
tour du CN à Toronto et ont déployé
une bannière pour protester contre l'attitude de
l'administration Bush et du gouvernement canadien en ce
qui concerne le dossier des changements climatiques. <
audio
>
|


